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Rosa davurica Pallas

C'est Pallas qui, vers la fin du siècle dernier (Flora Rossica, I, p. 61), a le premier décrit cette Rose. Lindley (Rosar. Monogr., p. 52) en reproduisant la diagnose de Pallas, nous dit que les spécimens qui se trouvent dans l’herbier de ce botaniste ne correspondent pas avec cette diagnose et paraissent être une variété du R. reversa. Nous verrons plus loin, en étudiant les variétés du R. davurica que les spécimens de l'herbier de Pallas ont pu appartenir au R. davurica. Trattinnick (Rosac. Monogr., 11, p. 170) à reproduit, à son tour, la diagnose et la

description de Pallas, et quoique ne paraissant pas avoir vu la plante, il la range à côté du À. cinnamomea ; il dit : « Sine dubio R. cinnamomeae proxima et quasi media inter fastuosam et cinnamomeam. » Sprengel (Syst. veget., IT, p. 548), de même que Ledebour (F1. Ross., IF, p. 76), considère le À. davurica comme un synonyme du R. cinnamomea. Seringe (Prodr., IE, p. 606) qui n’a pas vu l'espèce, range celle-e1 non loin du R. cinnamomea et dit : « Aff. R. cinnamomeae, sed stipulae angustae et aculei patentes longi. »

Ces différents auteurs ne nous apprenaient donc rien de nouveau sur la plante de Dahourie et ce n’est qu’en 1846 que Meyer (Ueber die Zimmtrosen, pp. 27-29) nous renseigne amplement sur le R. davurica. Ce monographe considère la plante de Pallas comme une variété du R. cinnamomea, qu'il décrit sous le nom de daurica ; il divise cette variété en deux sous-variétés : a. lancifolia, à laquelle il rapporte le R. davurica, b. microphylla, à laquelle il donne pour synonyme les R. Willdenowii Spr., R. arenaria Sievers et R. microphylla Wild. Meyer dit : CR. daurica a reliquis R. cinnamomeae varietatibus differt foliolis septenis angustioribus obscure serratis subtus glandulosis. » Il caractérise de la façon suivante ses deux sous-variétés :

a. lancifolia : foliolis majoribus 10-15 lin. cire. longis.

b. microphylla : foliolis parvis 5-7 lin. longis margine recurvatis.

Lorsque j'ai vu pour la première fois des échantillons du À. davurica (herbier royal de Berlin), je crus avoir affaire à une espèce inédite, que je décrivis, dans mes cahiers de notes, sous le nom de R. Maximowicziana. Ge nom s’appliquait à des échantillons recueillis par M. Maximowiez, en 1851, dans la province de l'Amour près de

Kisi, où la plante est commune. Dans le même herbier de Berlin, un échantillon de la même espèce recueilli par C. Wilford en 1859 sur les côtes de la Mandschourie, fut étiqueté par moi sous le nom de R. Wilfordii. A cette époque, j'étais loin de soupçonner la polymorphie du R. davurica et, me basant sur des caractères en apparence très-marqués, J'avais cru pouvoir admettre comme espèces des formes qui ne sont réellement que des variétés. Plus tard, l'examen que J'ai fait des matériaux des herbiers du Muséum de Paris et de M. Cosson et surtout des herbiers de St-Pétersbourg qui sont extrèmement riches en Roses du nord de l'Asie, m'a démontré surabondamment l'inanité de mes deux créations provisoires.

Il est à remarquer que cette espèce varie beaucoup dans sa taille et que selon la vigueur des pieds, les aiguillons affectent des formes plus ou moins différentes. Comme dans le À. cinnamomea et plusieurs autres types de la section des Cinnamomeae, les pousses dites radicales ou plutôt les tiges sont chargées, sur une étendue plus ou moins considérable, d’aiguillons sétacés nombreux. Si l'arbrisseau reste grêle et petit, il peut arriver que certains ramuscules florifères soient envahis par des aiguillons grèles, plus ou moins sétacés et épars. C'est le cas qui m'a été offert par la forme que j'avais désignée sous le nom de R. Wüilfordii. D'autre part, les aiguillons stipulaires sont soumis à une assez grande variabilité, qui parait tenir à l’âge ou à la vigueur des axes. Tout en restant grèles dans leurs diverses formes, ils sont très-petits et courts, ou bien ils sont allongés ; ils peuvent avoir la pointe plus ou moins arquée ou droite, un peu dirigée vers le bas, horizontale ou mème relevée.

Quant aux folioles, leur forme est également sujette à

des variations, comme on doit s’y attendre du reste, d’une espèce assez largement dispersée. Dans les échantillons de la forme que j'avais appelée R. Maximowicziana, les folioles des feuilles inférieures des ramuseules florifères sont obovales, à dents larges et ne commençant que vers la moitié ou les deux tiers supérieurs, à dent terminale dépassée par les deux dents latérales supérieures. C'est cette forme singulière que Pallas a eu en vue dans plusieurs passages de la phrase suivante : « Foliola..…. lanceolata, basi integerrima, a medio versus apicem sensim profondius serrata, quaedam fere Spireae chamaedrifolia similia, subretuso-crenata, pleraque acuta. » Les folioles peuvent être assez amples et passer par une suite de transitions aux presque microscopiques dimensions de la variété microphylle que Sprengel a appelée R. Willdenowii et que j'ai décrite dans le 2° fascicule de ces Primitiae, pp. 49-51. P

Maintenant se pose la question d'autonomie. Le R. davurica constitue-t-il bien un type spécifique distinct, ou n'est-il qu'une variété, une race orientale du À. cinnamomea ? Il est incontestable qu'il y a entre ces deux plantes beaucoup de traits de ressemblance qui semblent, en tous cas, dénoter une origine commune ; mais, d'un autre côté, il existe des différences qui paraissent justifier la séparation spécifique des deux formes, dont le facies général est assez différent.

Dans le À. davurica, les feuilles des ramuscules florifères sont ordinairement 5-7-foliolées, rarement 9-foliolées et celles des tiges, 7-11-foliolées, rarement 15-foliolées, tandis que dans le À. cinnamomea, les feuilles des ramuscules florifères sont 5-5-foliolées, très-rarement 7-foliolées et celles des tiges 5-7-foliolées. Les stipules ne sont pas

(57) 951 aussi dilatées que dans le R. cinnamomea. Il faut aussi tenir compte de la glandulosité des folioles, qui est générale ou presque générale dans le R. davurica, tandis qu'elle n'est que très-exceptionnelle dans le R. cinnamomea. Il existe encore d’autres différences d'un ordre secondaire.

Je suis actuellement disposé à conserver le R. davurica comme une espèce distincte du À. cinnamomea. Plus tard, quand j'aurai l'occasion de traiter celui-ci dont l'étude approfondie reste à faire, je reviendrai sur les caractères qui le séparent du type de Pallas.

A cause de la ressemblance générale de ces deux espèces et de la confusion qu’en ont faite les voyageurs et certains auteurs, il est difficile de dire où se termine l'aire de dispersion du R. cinnamomea et si cette aire envahit celle du R. davurica. Meyer signale encore le R. cinnamomea var. intermedia sous-var. serrata aux bords de l'Irtysch près de Semipalatinsk, et plus à l’est près d'Irkutzk, et la sous-var. serrulata, « in sylvis cis et trans baicalensis. » M. de Bunge (F1. Alt., IE, p. 227) indique également le R. cinnamomea près de Semipalatinsk. Quant à cette dernière localité, je n'ai vu, ni dans l'herbier de Meyer, ni dans celui de l'Académie de St-Pétersbourg, d'échantillons du vrai R. cinnamomea qui en proviennent ; peut-être Meyer s'est-il simplement appuyé sur le témoignage de M. de Bunge, ou peut-être a-t-1l considéré comme R. cinnamomea le n° 560 de la distribution de Karelin et Kiriloff que nous savons appartenir au À. laxa et non au R. cinnamomea. Je suis porté à croire que M. de Bunge a pris une forme du R. laxa pour le vrai R. cinnamomea. L'habitation d’Irkutzk me parait également suspecte, attendu que des échantillons conservés dans lherbier de

l'Académie de St-Pétersbourg recueillis par Turezaninow à [rkutzk et auxquels Meyer semble faire allusion, me paraissent appartenir à une forme du R. davurica.

D'après ce que j'ai vu, il est probable que le vrai R. cinnamomea ne dépasse guère à l’est la chaine de l'Oural, si ce n’est vers ses parties les plus septentrionales et qu'un intervalle assez considérable le sépare du R. davurica.

D'après Meyer, le R. davurica habite « in Dauriae et Mongoliae transalpinae locis aprieis et betulis ubique (Pall.); ad fluvium Argun (Turez.), prope Nertschinsk (Sosnin). » Dans l'herbier de l'Académie de St-Pétersbourg, j'en ai vu de nombreux échantillons provenant de la Mandschourie et de l'ile Sachalin. Dans l'herbier du Jardin botanique de St-Pétersbourg, certains échantillons qui me laissent toutefois quelques doutes me font croire que cette espèce s'étend jusqu'au Kamtschatka; elle existe à Ochotsk. M. l'abbé David l’a recueillie aux environs de Gehol(Schehol), dans la Mongolie orientale. Sur l'étiquette qui accompagnait les échantillons envoyés au Muséum de Paris, M. David avait écrit : « Tiges d’un mètre, dressées ; fleurs d’un rose foncé, odorantes. C’est la seule espèce du pays. »

49bis. Rosa amblyotis Meyer.

Le R. amblyotis a été distingué par Meyer dans sa monographie des Cinnamomeae. Erman l'avait recueilli au Kamtschatka et l'avait signalé sous le nom de À. camtschatica. D'après Meyer, Pallas (F4. Ross., IE, p. 76) l'avait désigné sous le nom de R, cinnamomea Kamtscha-

Co97 339 tica spontanea ramis glabris. Son créateur dit : « Species certe bene distincta, inter R. cinnamomeam et R. rugosam media; à priore stipulis bracteisque tenuissimis membranaceo-scariosis decoloribus obtusissimis optime dignoscitur ; a posteriore facillime distinguitur ramis aculeisque glabris, foliolis mollibus tenuibus planis aliisque notis. » (Ueber die Zimmtrosen, p. 51). I lui assigne pour habitation : « In Kamitschatka, ut videtur frequens prope Petropawlowsk (Mertens), ad fluvium Tagil, nec non in planitie inter Chartsehinsk et Schiwelutsch (Erman). »

Avant de discuter la valeur de cette forme, je dois dire que j'ai vu non-seulement les matériaux étudiés par Meyer, mais encore d’autres dont il n’est pas fait mention dans sa monographie. C’est ainsi que dans l’herbier de l’Académie de St-Pétersbourg, j'ai étudié des échantillons du R. amblyotis recueillis dans File Sachalin par M. F. Schmidt en 1860, et dans l’herbier du Jardin botanique de St-Pétersbourg, des spécimens récoltés au Kamtschatka par Peters et Stewart sous le nom de R. Kamischatica.

Notons que Meyer à réuni le R. davurica au R. cinnamomea, de facon que les caractères différentiels qu'il fait valoir pour son R. amblyotis sont aussi bien opposés au R. davurica qu'au R. cinnamomea.

Meyer assigne à son À. amblyotis des aiguillons stipulaires (des ramuscules florifères) subulés, droits à pointe redressée, tandis qu'il attribue à son R. cinnamomea (incl. R. davurica) des aiguillons subulés, recourbés ; or, dans le R. davurica, 11 existe des formes à aiguillons stipulaires à pointe droite et redressée, et du reste dans le R. amblyotis, 11 se trouve que les aiguillons peuvent ne pas avoir la pointe relevée et même les aiguillons peuvent faire

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