‹ Primitiae monographiae rosarumChapitre 84 sur 174 · Rosa sericea Lindl · texte numérisé non relu

Rosa sericea Lindl

C'est encore Lindley qui a eu l'honneur d'établir (Ros. Monogr., p. 105, tab. 12) cette curieuse espèce. Celle-ci ne doit pas être rangée dans la section des Caninae comme l'avait fait le monographe anglais, car elle constitue à elle seule une section bien distincte de toutes les autres et qui n’a, au surplus, aucun rapport avec celle des Caninae.

Outre d'assez nombreux caractères morphologiques qui ‘lui sont propres, ce type nous présente une particularité biologique des plus curieuses. C’est ainsi que le long des tiges et des branches, il se développe presque toujours, à l’aisselle des feuilles, un bourgeon qui donne naissance à une ou deux feuilles entourées d'’écailles à leur base. A l’aisselle de la feuille supérieure ou de la feuille unique, se produit une seule fleur, ou bien, ce qui est plus rare, se trouve le rudiment d’un bourgeon. Dans ce dernier cas, pendant l'été, ce bourgeon développe ses feuilles qui forment bientôt rosette. Remarquons que rarement le bourgeon de première génération s’allonge en branche à entre-nœuds plus ou moins allongés.

Mais revenons au bourgeon florifère. Celui-ei développe done une ou deux feuilles et se termine, sans bractée, par une fleur unique. Entre celle-ci et la feuille unique ou la supérieure, se montre un bourgeon qui, pendant le même été, se développe en une rosette de feuilles. C’est ce bourgeon qui prolonge l'axe florifère, et celui-ci ne

s’allonge d'ordinaire que très-lentement et par une suite d’entre-nœuds extrémements courts et, pourrait-on dire, presque nuls. Au temps de la floraison, la fleur parait bien terminale, comme du reste elle l’est en réalité, mais bientôt le bourgcon axillaire, en se développant, rejette le pédicelle sur le côté. A la maturité, celui-ci plus ou moins flexueux et réfléchi, semble être né, par une sorte de partition de l’axe, en face d’une feuille et n’a à sa base ni feuille, ni bractée. La fleur occupe alors une position

semblable à celles des cymes unipares feuillées. La succes-.

sion ininterrompue de bourgeons continuant les ramuscules florifères, rend, comme je l’ai dit, ceux-ci très-ridés, plus ou moins incurvés et ceux d’entr’eux qui mesurent de 25 à 50 millimètres de longueur sont déjà fort äâgés et ont pu fleurir 10 ou 12 fois.

Diverses espèces à fleurs dépourvues normalement de bractées comme le À. pimpinellifolia, entre autres, nous offrent parfois l'exemple de ce singulier développement, mais il n'est qu'exceptionnel. Ainsi dans ce dernier type, il se montre entre le pédicelle et sa feuille un bourgeon ou un rudiment de bourgeon, mais ce n'est que très-rarement qu'on voit celui-ci se développer la même année et rejeter le pédicelle sur le côté ; encore ce bourgeon développe-t-il des entre-nœuds plus ou moins allongés, et on ne peut méconnaitre, à première vue, sa nature axillaire. On peut ajouter que ce bourgeon, qu’il se développe la même année ou l’année suivante, est souvent florifère, et que les ramuscules auxquels il donne naissance s’épuisent ou s’atrophient après un petit nombre de générations.

Sous le point de vue du développement des axes florifères, on peut dire que le R. sericea présente quelques

rapports avec le R. pimpinellifolia ; quelques autres points de contact existent encore entre ces deux types. C’est ainsi que les feuilles du R. sericea sont à nombreuses paires de folioles, comme dans le R. pimpinellifolia, que les folioles sont petites et rappellent beaucoup la forme de celles de ce dernier; les stipules ont, comme dans celui-ci, les oreillettes d'ordinaire dilatées brusquement et très-divergentes ; les axes sont souvent abondamment sétigères ; enfin le col du réceptacle est dépassé par une collerette de poils.

Mais à côté des ressemblances, il existe des différences très-caractéristiques. Les aiguillons du ÆÀ. sericea sont régulièrement géminés et ont une forme ordinairement bien différente de ceux du R. pimpinellifolia, et ce qui est propre au À. sericea, c'est d’avoir une fleur tétramère, exemple unique dans tout le genre. C’est ce caractère singulier qui avait fait donner par Roxburgh le nom de tetrapetala à ce type. Lindley, décrivant pour la première fois celui-ci sur des échantillons d’herbier et ne soupconnant sans doute pas qu'un Rosa püt être tétramère, lui a assigné une fleur pentamère. Il paraïtrait cependant que la fleur peut se présenter sous le type pentamère, mais ce doit être très-rarement, car les nombreux spécimens que Jai étudiés ne m'ont offert aucune fleur pentamère. Quelles que soient les différences existant entre le R. sericea et le R. pimpinellifolia, la place naturelle du premier est à côté du second ou du moins dans son voisinage.

Ainsi que je l’ai développé amplement dans le 2: fascicule, le R. sericea est un type précieux pour démontrer d'une façon péremptoire que le démembrement à l'infini de nos types européens n'a pas sa raison d’être. En ce qui

concerne le genre Rosa, la notion de l'espèce s’est peu à peu pervertie en présence des travaux des botanistes qui se sont bornés à envisager et à décrire les formes de leur canton, de leur province ou de leur pays. Pour revenir au sentiment du vrai, il faut nécessairement que les auteurs de monographies partielles quittent le champ européen, laissent momentanément de côté toutes ces formes secondaires dont la valeur a été exagérée par des auteurs n'ayant pu exercer leur activité que dans un champ restreint, et qu'ils étudient, sur de riches séries, les espèces bien caractérisées que nous offre surtout l'Asie. Ils découvriront bientôt que la forme du fruit, que les dents des folioles, que la glandulosité des feuilles, etc., ne peuvent guère offrir de caractères solides pour l'établissement des espèces. Je ne reviendrai done pas sur les variations affectées par les divers organes du R. sericea et je renvoie le lecteur au 2° fascicule des Primitiae.

Avant d'aborder les détails concernant la distribution géographique du À. sericea, je dois dire un mot d’un magnifique pied de l'espèce que j'ai vu cultivé contre un mur dans le Jardin de Kew. Ce pied atteignait près de 4 mètres de hauteur et couvrait une large superficie du mur. Il est probable que ce développement extraordinaire est dü en grande partie à un sol fertile et au palissage, et que, dans sa patrie, le R. sericea, du moins si j'en juge par les échantillons d’herbier, forme un buisson peu élevé, à croissance assez lente et dans le genre du R. pimpinellifolia.

Lindley, d'après des échantillons envoyés par Wallich, signalait le R. sericea dans le Gossain Than. Depuis cette époque, les montagnes de l'Himalaya ayant été explorées par d'intrépides botanistes, le R. sericea a été constaté

Sonate ER ST |

dans diverses provinces de cette région montagneuse. Je vais tout d’abord renseigner les localités que m'a fourni l’'herbier de M. von Schlagintweit. Province de Garwal : Kharsali via Rana down the Jamna Valley to Kutnor. 8900 to 6109 eng. f. Gaurikund via Trijugi Narain and Maser Tal to Bilung. 6500 to 7217 eng. f. Sukki across the Bamsuru and Chaia Pass to Karsali (Passes between the Bhargiratti and Jamna Valleys. (9000-15400 eng. f. Provincede Kamaan : Bageser to Munshari via Kathi and Namik. 5000 to 7800 eng. f. Environs of Milum(chief place of the district of Johar) 11200 to 12100 eng. f. Province de Sikkim : Environs of Darjiling. 6000 to 8000 eng. f. Singhalila ridge from Tonglo to Falut. 9000 to 12000 eng. f. MM. Strachey et Winterbottom ont distribué l'espèce provenant de Milam ou Malam et de Jola (Kamaan. 11500 feet), et MM. Hooker et Thomson l'ont distribuée de la province de Sikkim (9000 to 14000 feet). D'après ces indications, l'espèce occuperait une aire étendue dans l'Himalaya. L’herbier du Jardin botanique de St-Pétersbourg en renferme des échantillons recueillis en 1872 par M. Przewalski en Chine (partie boréo-occidentale), dans la région boisée du bassin du Tetung (province de Kansu).

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