PRÉPARATIFS DE VOYAGE
N jour, le prince Kozakokoff se prit à constater avec tristesse que les rhumatismes de la princesse Loukéria, son épouse, n’avaient pas diminué depuis 1850, mais que, par contre, la surdité de son fils aîné, le prince Ivan, s’était notablement accentuée depuis l’émancipation des serfs. D’autre part , son second fils, le prince Egor, n’avait jamais complètement recouvré l’usage de ses jambes à partir du jour déjà ancien où un pompier — fâcheuse précipitation! — lui avait déposé une commode sur la tête, pendant que ce pauvre jeune homme contemplait un incendie avec l’adorable naïveté de l’adolescence.
Toutes ces considérations lui suggérèrent l’idée de faire un voyage en Allemagne ; il n’avait gardé qu’un vague souvenir de ce pays, à peine entrevu lors de cette fameuse guerre d’Orient, où il s’était couvert de gloire à la tête de la garnison d’Arkhangel, sur la mer Blanche. C’est, en effet, dans cette citadelle — qui n’a jamais été prise... que par les glaces — qu’il avait attendu