‹ Princesses de comédie et déesses d'opéraChapitre 42 sur 65 · OPÉRA · texte numérisé non relu

OPÉRA

Ce fut au mariage du roi que Topera fut introduit en France parle cardinal Mazarin. Gomme le remarque Voltaire, puisqu^un cardinal avait introduit la comédie , il fallait bien que ce fût on cardinal qui introduisit Topera.

Lulli, un Ilalien, créa la musique française. On ne dit plus aujourd'hui, comme il y a cent ans, que Lulli mettait en plainchant les poèmes de Quinault, au lieu de les mettre en musique. Lulli fut un grand maître comme Rameau. Mais la musique française ne fit jamais taire en France la musique italienne , qui mit plus d'une fois le feu aux quatre coins de Paris : les Bouffons répondaient à Castor et Pollux de Rameau, par la Serw padrona de Pergolëse, comme aujourd'hui ils répondent par Guillaume Tell ou le Trovatore à la Muette ouk la Juive.

Un jour, la Comédie et la Chanson, deux Muses très-françaises, voulurent donner un spectacle nouveau. Elles tentèrent cette gaie aventure avec Le Sage , Piron , Fuselier, et les disciples de Lulli , comme Mouret. Mais ce fut du mariage spirituel de Vadé et de Dauvergne que naquit l'opéra- comique : jusqu'aux Tr<h queurs on n'avait inventé que la comédie à ariettes. A ses commencements, ru)péra-comique voulait rire et non émouvoir. C'était la gaieté en action. Qu'il y a loin des Traqueurs à Richard Cœur de lion. Comme de Richard Cœur de Uon à Zampa!

Au commencement , on chantait peut-être fort bien à FOpéra , mais les actrices ne disaient pas leurs noms avec Fimpertinence moderne. Aujourd'hui, elles disent toutes leurs noms, par-dessus les toits; mais chantent-elles?

Donc beaucoup de noms dignes de survivre sont tombés dans tt la nuit des temps ». Je m'aventure un peu au hasard à travers les débris de ce gai campo santo, qui réunit TOpéra, les Bouffons et T Opéra-Comique.

J'ai peint en pied Sophie Arnould. J'a» oublié bien des bistoriages.

Quand le buste de mademoiselle Clairon fut mis en vente, mademoiselle Arnould en doubla la première enchère, a II n'y eut personne qui se permit d'enchérir sur elle, et' le buste lui fut adjugé. Toute l'assemblée applaudit à différentes reprises. » Qui donc lui envoya sur-le-champ le quatrain suivant :

Belle déesse de la scène.

Tout Paris t*a cédé le buste de Clairon :

Il a connu les droits d'une sceor d'Apollon

Sur un portrait de Melpomène.

Elle avait le secret, cette sœur d'Apollon, de chanter sans voix.

L'abbé Galiani , au spectacle de la cour, voyant tout le monde s'extasier autour de lui sur la voix de mademoiselle Arnould, s'écria : En effet , c'est le plus bel asthme que foie jamais entendu!

Ce bel asthme soufflait dans un corps diaphane. Mais sur la scène , Sophie Arnould se métamorphosait.

tt Mettez à souper mademoiselle Ménard, fraîche, jeune, piquante , à côté de mademoiselle Arnould , celle-ci vous paraîtra un squelette auprès d'elle; mais au théâtre, ce squelette ^era plein de grâce , de noblesse et de charme , tandis que la fraîche et piquante Ménard aura l'air gaupe. »

C'est un livre à faire que la théorie dé la perspective théâtrale.

Les poètes étaient plus caressants :

Quand de Psyché moorante au milieu de Forage , Amonld, les yeux en pleors, me vient oflnr Tiniage,

Et frémit sons la nue où brillent mille éclain , Pois-je entendre sa voix dans le fracas des airt? J'aime à voir son eflroi lorsque la foudre gronde , Et ses regards errants sur les gouffres de Tonde; Ses sons plaintifs et sourds me pénètrent d'borreur; Et son silence même ajoute à ma terreur.

Grftce à Tillosion , je sens trembler la terre ; Cet airain, en roulant, me semble un vrai tonnerre : Ces flots que Fart soulève et sait assujettir, 'Sont des flots écumants tout prêts à Tenglootir; Et lorsque le flambeau des pâles Euménides Eclaire son désordre et ses grâces timides, J*ëprouve sa frayeur, je frissonne, et je croi Entendre tout Fcnfcr rugir autour de moi!

Page 1