‹ Princesses de comédie et déesses d'opéraChapitre 45 sur 65 · LA CHANTERIE · texte numérisé non relu

LA CHANTERIE

Une des grappes dorées des espaliers de l'Opéra. Il se présenta beaucoup de vendangeurs. Le vin fut-il bon? L'ivresse ne dura pas. Selon le journal de la police écrit pour Louis XV, quoique la Chantarie ne fût pas des plus belles, les hommes avec elle étaient toujours dupés et toujours amoureux. Est-ce parce qu'elle dansait bien? Je ne le crois pas.

La Chanterie posa dans l'atelier de Boucher pour les vierges. On connaît les vierges de Boucher.

Voltaire lai consacra trois vers dans un sizain :

Ah ! Camargo , que vous êtes brillante !

Mais que SalIé, grands dieux, est ravissante! Que vos pas sont légers, et que les siens sont donx! Elle est inimitable , et vous êtes nouvelle :

Les Nymphes sautent conune vous.

Mais les Grâces dansent comme elle.

Ce fut Garoargo qui inventa les japons coorts, invention utile, selon Grimm, parce qu'elle met les amateurs en état de juger avec connaissance de cause des jambes des danseuses ; cela faillit occasionner un schisme très-dangereux, a Les jansénistes du parterre criaient & Thérésie et au scandale, et ne voulaient pas souffrir les jupes raccourcies; les molinistes, au contraire, soutenaient que cette innovation nous rapprochait de Tesprit de la primitive Eglise, qui répugnait à voir des pirouettes et des gargouillades embarrassées par la longueur des cotillons. La Sorbonne de TOpéra fut longtemps en peine d'établir la saine doctrine sur ce point de discipline qui partageait les fidèles. Enfin le Saint-Esprit lui suggéra, dans cette occasion difficile, un tempérament qui mit tout le monde d'accord : elle se décida pour les jupes raccourcies; mais elle déclara en même temps, article de foi , qu'aucune danseuse ne pourrait paraître au théâtre sans caleçon. Cette décision est devenue depuis un point de discipline fondamental, dans l'Église orthodoxe, par l'acceptation générale de toutes les puissances de l'Opéra et de tous les fidèles qui fréquentent ces lieux saints. »

Selon un prophète : u Mademoiselle Cécile, d'une figure charmanie, de la taille la plus noble et la plus svelle, ayant à peine quinze ans accomplis , semble destinée par la nature à remporter le prix de son art. 11 parait impossible de réunir i cet âge plus de grâces et plus de précision , des développements plus heureux et plus faciles, une exécution plus riche et plus brillante. On dirait, au moins jusqu'à présent, qu'il ne tient qu'à elle d'exceller dans le genre de mademoiselle Heynel ou dans celui de mademoiselle Guimard; de les réunir l'un et Tantre, ou d'j briller tour à tour. On a remis pour son début l'acte de la Danse, où la danseuse chante et danse. 11 n'y a point d'allusion flatteuse dans le rôle qu'elle y joue que le parterre n'ait saisie et applaudie avec transport, n

Le prophète s'est trompé. Mademoiselle Cécile , qui chantait et qui dansait , fit un faux pas et perdit sa voix.

CIFOLELLI.

11 y avait déjà deux comédiennes pleines de grâce an Théâtre- Italien : on appela la Cifolelli la troisième Grâce. A cette époque-4à , on ne prodiguait pas encore trop le mot de dixième Muse ou de huitième merveille.

CATINON.

Catinon se nommait mademoiselle Fonsquier. C'était une enfant de bonne famille qui voulait jouer la jolie comédie du théâtre; et alors la comédie était fort belle au Théâtre-Italien. Catinon jouait si bien les Angélique et les Silvia, que la louange usa pour elle tous ses madrigaux et tous ses concettî. En effet, la poésie avait beaucoup à faire avec Catinon : cette Angélique déclamait d'un ton superbe ; cette Silvia dansait à un degré supérieur : et Catinon composait elle-même ses ballets.

Aujourd'hui les temps sont moins prodigues de Câlinons.

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