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A mon frère, vVec ardiin sisîiinl, uclobre

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et interroger les Brahmanes qui visitèrent, à plusieurs reprises, les théosophes de Paris. Ainsi le monde de la philosophie bouddhique, que son éducation avait ignoré, lui fut-il révélé ; des lectures préférables instruisirent ensuite sa curiosité. Enfm, M. Edouard Schuré — cet artiste admirable — allait être le Virgile de cette âme, laquelle, après être descendue par charité dans l'enfer du péché terrestre, gravissait avec un inlassable courage, la colline du perfectionnement moral. Alais laissons Emilie de Morsier exprimer la foi qui la soutint dans cette ascension vers la Lumière et vers la Vérité :

u Non, le Sauveur n'est pas un être extérieur, personnel, ayant apparu une seule fois sur la terre. Il est vivant depuis le commencement du monde ; il est la vie même du monde ; toute spiritualité vient de lui. Il est le Dieu s'incarnant progressivement dans l'humanité... De même, la rédemption ne s'est pas produite une fois pour toutes, elle s'accomplit incessamment par l'action de l'âme sur l'âme. Chaque homme peut devenir virtuellement un sauveur, s'il accomplit complètement la loi d'amour. Ainsi, sera renversée la notion égoïste du salut individuel, obtenu par une croyance de l'intelligence seule.

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L'homme ne peut se sauver, c'est-à-dire vivre comme esprit, qu'en se donnant constamment pour tous ^ ! . . . »

Pas davantage que je n'ai discuté les théories sociales de M""^ de Morsier, il ne me semble urgent de juger ses croyances religieuses. Un portrait, pour qu'il soit exact, doit rappeler un miroir. Devant l'image particuhèrement belle que réfléchit celui-ci, sachons éviter l'indiscrétion. Si l'un de mes lecteurs souhaitait une autre conclusion, qu'il la déduise d'après son Credo. Les catholiques diront, et ils n'auront pas tort : « Mieux vaut se soumettre au dogme ! » Les protestants répliquent : « Mais elle était des nôtres ! » Cela n'est pas vrai ; elle n'était plus des leurs. Son ardent besoin d'amour, de liberté, tendait vers d'autres sommets!... Quelques jugements quil convienne donc de formuler sur les affirmations de ces croyances, je

1. Etablissons une dernière fois que ces déclarations si graves extraites du volume sur Parsifal ne sont, en réalité, que d'exactes paraphrases du Catéchisme bouddhique (voir paragraphe 104). « Aucun homme ne peut être débarrassé par un autre. Chacun doit se sauver lui-même. Le Bouddha ne nous a montré que le chemin dans lequel chacun peut se faire son propre rédempteur. » Et dans Soutta-Pitakarriy tout le sermon de Bénarès.

dois préciser qu'Emilie de Morsier fit, par sa mort, la preuve de leur excellence sociale et morale... Lorsque la maladie fut là, terrible, celle qui enlève plus de vivants à l'humanité que la tuberculose et la vieillesse, Emilie se coucha, prête au départ. Bientôt, comme le racontaient ses proches, un lit de camp, selon ses désirs, était dressé dans la bibliothèque encombrée de souvenirs. Elle s'y étendit, les mains lasses, les lèvres pâlies, tenaillée dans sa chair par l'inexorable brûlure, et, d'un lundi à un vendredi, quatre fois vingt-quatre heures laissèrent tomber leurs minutes dans le sablier du temps, sans qu'elle adressât la parole à ceux qui veillaient sur son agonie, u C'était le viatique nécessaire pour éviter le désespoir de la dernière heure!... » écrira M""^ Bogelot. Enfin, quand on eut compris que tout espoir devait être abandonné, la consigne fut levée ; on avertit l'amie qui, vingt années, avait travaillé à ses côtés, à l'œuvre admirable. La première parole d'Isabelle Bogelot fut : <( Au moins, je la reverrai vivante !... » Et, du fond de Billancourt, cette noble compagne accourut... « Ah ! me raconte cette femme de plus de cœur que d'imagination, je reverrai toujours la scène emblématique : la librairie, le soleil, ma bonne et tendre

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amie. Je fus atterrée de l'expression d'un visage si loin déjà de notre terre. A peine osai-je poser les yeux sur cette martyre. Mes genoux fléchirent ; je laissai tomber dans mon cœur les larmes qui montaient à mes paupières. Pieusement mes lèvres s'approchèrent des doigts émaciés. A ce contact, les yeux d'Emilie se rouvrirent ; sa voix murmura ces paroles qui lurent les dernières qu'elle prononça en ce monde : // laut du courage, cest vous qu'on est allé chercher pour en avoir... Mais le courage ne sullii pas, il laut encore la loi !... oui, nous avions le courage et la loi !... et cest ce qui a lait la lorce et le bonheur de ma vie !... »

M"' Bogelot ajoute : « Cette simple phrase est le résumé de toute une vie. Elle croyait à mon courage et n'ignorait pas la douleur des siens... Je quittai cette maison où j'avais connu la joie et les grandes envolées, en emportant sur mon cœur ces paroles écrites qui sont considérées comme le testament moral d'Emilie de Morsier ! »

Le calendrier marquait le 10 janvier 1896.

Après ce tableau, où il y a autant d'ombres que de rayons, nous serons moins surpris d'entendre celte femme d'élite s'écrier, avant l'heure tra-

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gique de la mort, dans l'heure radieuse de la vie :

« Oui, ceux qui veulent parvenir au pays de la Vérité doivent d'abord traverser le désert.

« — Quel désert ?

(( Il faut rester seul, sans amour, sans tendresse, dans le silence du cœur, où pas une voix ne se fait entendre, toujours seul, même dans le désespoir, avec le calme de la mort.

« — Mais, après ?

(( Après, viendra le repos, la quiétude parfaite qui suit la complète renonciation, — mais il faut entrer aussi dans le chemin !...

(( Quel chemin 1

(( Il n'y a pas de chemin plus grand que la haine, pas de douleurs pires que les passions, pas de duperie égale à celle des sens. Entre d'abord dans le chemin ! Il commence à y marcher, celui qui sait fouler aux pieds l'offense reçue!... Entre dans le chemin!... Là, jaillissent des eaux qui guérissent de tout mal, qui étanchent toute soif !... Là s'épanouissent des fleurs immatérielles qui tapissent de joie le présent; là les heures les plus douces se succèdent sans fm, dans l'immuable stabihté de l'absolue félicité !...

(( — Est-ce tout ?

MAbAME EMILIE DE MORSIER l3Ô

(( Non, ce n'est pas tout... mais un autre vous dira la suite !...

(( — Quel autre ?

« Celui que je dois rencontrer, — celui que je cherche à travers les mondes î...

(( — Et pour me conduire où ?

Vers le seuil lumineux des sphères éternelles

Où l'esprit aperçoit des vérités nouvelles,

Vérités que parfois entrevoient en rêvant

Le poète inspiré, le Sage, le Savant,

Fleurs divines que Dieu sème à travers les mondes !

Et c'est pour les cueillir, près des sources fécondes.

Qu'à l'homme voyageur, il a donné la Mort K

Maintenant que, par la mort, Emilie de Morsier a franchi le seuil, puisse-t-elle avoir trouvé les vérités attendues par sa foi et, près des sources paisibles, dans l'azur inaltérable, puisse-t-elle les cueiUir en chantant!... Sa vie de sacrifice et de courage, son ame dédiée à la pitié et à l'idéal ont mérité cette récompense.

1. Projet de roman, V« Cahier (inédit, communiqué par la famille).

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MADAME JEAN DORNIS '

O lumineuse lleur de la chaude Italie /...

C'est ainsi que la beauté de celle dont nous allons décrire l'intelligence fut heureusement évoquée dans des vers inédits, par le plus parfait poète que le xix* siècle ait connu depuis Victor Hugo, — ce Leconte de Liste, dont le souvenir, séduction glorieuse à joindre aux séductions délicieuses de la femme, aux séductions sérieuses de l'esprit, met comme une au-

1. ŒUVRES : La Voie douloureuse, Calmann-Lévy, 1894. — Leconle de Lisle intime, Lemerre, 1895. — Les Frères d'élcctiony Ollendorf, 1896. — La Poésie iîalienne, 1898 (couronné par l'Académie française). — La Force de vivre, 1901. — Le Voile du Temple, 1906. — Le Théâlre ilalien contemporain, 1907. — La Penser, de Leconte de Lisle, 1909. — ARTICLES, non réunis, dans Le Figaro, où M"^® Dornis a parlé, avec sagacité, d'Edouard Rod, d'Edouard Schuré, etc., etc.

réole littéraire à l'entour de celle que les Derniers Poèmes baptisèrent : <( la rose de Louveciennes... » !

T^jme Dornis appartient au groupe, que le cosmopolitisme croissant de notre civilisation rend d'année en année plus nombreux, des femmes qui ne se contentent pas d'écrire dans la langue qu'elles parlèrent à leur berceau. A côté de M"^ Mary Robinson, dont les ouvrages sont tantôt en anglais, tantôt en français ; de M"^ Isabelle Kaiser, notant ses proses et ses vers tour à tour dans la langue de Gœthe et dans celle de Voltaire ; de M"^ Yacaresco, qui peut mettre trois idiomes au service de sa sensibilité ; à côté de la Suissesse de Rome qu'est M"^ Dora Mélégari ; de la Londonienne de Paris qu'est W' Delphine Menant, et d'autres!... M"'" Jean Dornis, cette Florentine, dont le mariage fit une Parisienne, répète le cas toujours curieux d'une cosmopolite traduisant les pensées d'une civilisation dans la langue d'un autre peuple.

f( Oui... c'est exact, j'ai aligné des vers en italien, mais pour la prose, le français me sert uniquement î... Je me suis mariée si jeune, que l'Italie n'est plus pour moi qu'un beau souvenir ! . . , »

(L'autre ^nn^e. jç pio suis, en eftçl l^igsé r^^

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conter, à Florence, que M""^ Dornis ne garde pas assez mémoire d'être née sur les bords de l'Arno. On m'a dit : « C'est très mal de sa part de nous oublier de la sorte ! )^)

J'en conviendrai tout de suite, il est extrêmement difficile de parler de cette dame. Elle est si mondaine, que beaucoup lui dénient le droit d'avoir du talent. Sa position parmi les comblés de la fortune est, pour d'autres, un obstacle non moins infranchissable. Est-ce justice ? Dans la voie difficile de l'art sérieux, Marie Baschkirtseff, avant elle, avait éprouvé les inconvénients, plus graves qu'on ne serait tenté de les supposer, de l'énorme richesse. Je voudrais, en évitant toute hyperbole, comme tout dénigrement, parler de cette femme comme si elle n'était qu'une ouvrière en lettres.

« Je suis venue au monde, à Florence... » La voix, l'attitude sont altières... Nous suivons, à longues enjambées, les chemins de verdure de ce parc de Louveciennes, dont les familiers de Saint-Germain aperçoivent, à l'horizon, les omlîrages historiques. Avec condescendance, l'Italienne parisianisée, qu'a rendue célèbre ce pseudonyme inexplicable de Jean Dornis, me raconte donc qu'elle a vu le jour dans la ville du lys rouge. Par sa mère, elle appartient aux barons Franchetti, c'est-à-dire qu'elle est cousine du compositeur auquel échut l'honneur de transformer en opéra, la Fille de Jorio de d'Annunzio 1. Son frère, M. Fabio Goldschmidt 2, est

1. Son plus célèbre opéra s'intitule Azraël ; il a aussi composé un Chrislophe Colomb qui, lors des fêtes du cinquième centenaire de la découverte de l'Amérique, fut chanté en grande pompe, à Gênes d'abord, puis dans les principaux théâtres de la Péninsule. Allégé d'un acte (le IIP, évidente réminiscence de V Africaine) ce Chrislophe Colomba obtenu, en 1909, assez de succès à Monte-Carlo, pour qu'il soit possible d'espérer qu'il fasse sous cette nouvelle forme, comme le héros de l'histoire, le tour du monde.

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