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Citons ses travaux sur Ludovic Ariosle diplo

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un économiste de bonne volonté ; sa sœur, M"^« Errera \ a publié des études d'art non dépourvues de mérites. Ces détails, afm de marquer que le milieu dans lequel grandit, en sagesse et en stature, la blondeur de M"^ Hélène Goldschmidt, sans être dédié aux choses de l'esprit, n'y demeurait point hostile.

« Dès que je fus en état d ecriie proprement, c'est-à-dire sans fautes d'orthographe, puisque Sainte-Beuve a raison d'affirmer que l'orthographe est la propreté du style, je fus en état de rimer... Ma facilité me valut même, dans notre cercle famihal, une célébrité qui aurait pu me jouer des tours pendables, si j'avais eu l'ingénuité de la prendre au sérieux... Pas de fêtes, d'anniversaires, sans que je n'y allasse d'une odelette. Aux moindres solennités, un sonnet suffisait, et je me contentais d'une strophe pour les joies de chaque jour. La première poésie tant soit peu originale dont ma mémoire ait conservé le titre s'appelait Fleurs sèches. En italien, c'était délicieux, parce que l'harmonie des syllabes italiennes est, à elle seule, si mu-

maU et la Mise à Vindex des œuvres de Machiavel (2 broch., Bruxelles, 1904, et Liège, 1905).

1. On peut voir à Bruxelles au Musée du Cinquan^ lenaire, une curieuse collection d'étoffes anciennes recueillies par cette dame.

sicale, que, n'eûl-on rien de joli à dire, la mélodie des paroles suffirait à charmer ! Notez en outre, alîn d'expliquer le double état intellectuel de ma pensée, que je fus, dès mon enfance, habituée à me servir indifféremment de la langue de Dante et de celle de Leconte de Lisle. A la maison, j'entendais l'une et l'autre. Si les serviteurs étaient toscans, mon institutrice, M'^^ Bonnard, était de la Suisse romande... En réalité, mon éducation fut bilingue. Cela suffit à me donner des clartés de plus de choses que n'en reçoivent, d'habitude, les jeunes filles... Grâce à la complicité d'un professeur, je fus admise à suivre bientôt les cours d'un collège de jeunes gens ! » A ces mots, M"'^ Guillaume Béer se met à rire, de son rire clair de blonde : (( Vous voyez que je suis un produit de la coédiication, et cela, à une époque où le mot n'existait pas encore. J'ajouterai que, vu le lieu et ma famille, et le reste, cela devenait exceptionnel et paraît aujourd'hui invraisemblable. Mes amies et moi, nous formions un intraitable clan de cérébrales, résolues à pousser leur éducation au delà des limites permises ; — Horresco relerens — nous prîmes même des leçons de latin ! Et, comme la fièvre d'apprendre nous gagnait en travaillant, nous nous engageâmes, les unes vis-

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à-vis des autres, à ne point nous marier avant vingt et un ans révolus 1 Mais les demoiselles décident et l'amour les mène ! Etant venue, vers ma dix-septième année, visiter, à Paris, un vieil oncle, je me laissai persuader de prolonger jusqu'au mariage un séjour qui ne devait, en projet, durer que deux semaines. Il s'en fallait d'une quarantaine de mois que je fusse en droit de fausser compagnie au latin ! »

Par bonheur, les formalités conjugales n'interrompirent pas l'éducation de cette intelligence. C'est même l'une des meilleures preuves de l'activité sincère d'un esprit auquel les idées paraissent plus naturelles que les images. Cette personne qui, dans des domaines divers, avait reçu du ciel le lot que plusieurs en sont d'ordinaire à se partager, loin de s'éblouir sur ses mérites, ne fut pas longue à comprendre que, si elle voulait avoir un jour du talent, il fallait qu'elle commençât par acquérir de la culture. Or, la culture ne vient à personne en rêvant. Avec cette allégresse qui est une des attitudes caractéristiques de cette Prolessional Beauly, elle se mit au travail. « C'est la vérité, — me déclare, je n'écrirai pas la meilleure de ses amies, — cette carrière témoigne d'une énergie peu commune. La première fois que je vis cette

opulente confrère, il y a longtemps, elle me fit l'effet d'une très jolie personne dont le développement laissait beaucoup à désirer. Mais, depuis, d'année en année, mon jugement s'est modifié, et je reconnais qu'elle est aujourd'hui, l'une des authoress les mieux informées de sa génération. »

Si l'on réfléchit aux multiples tentations que l'élégance de Paris offrait à cette élégante, ou appréciera davantage sa sagesse. Elle était assez belle pour que ses moindres essais fussent assurés de ne jamais manquer de flagorneurs. Il lui eût suffi, dans le cadre historique de ses salons bleu et or, rose et or, blanc et or, car nous sommes au pays de l'or, — il lui eût suffi de jouer la moindre saynète pour s'entendre comparer à la Duse. Toutes les académies, plus ou moins heureuses, de femmes, qui se croient promues à l'immortalité parce qu'elles ont quelques milliers de francs de prix à décerner, ne demandaient qu'à l'accueilUr. M'^^ Dornis eut longtemps la philosophie de savoir répondre non. « Ne manquez pas de le dire, me déclara-t-elle sincère; j'ai horreur de ce battage à vide, de ces vains grelots de la publicité !... A mon .avis, pour une femme qui écrit, payer de sa personne, c'est se déprécier !»

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Elle s'était contentée d'ouvrir sa maison aux gens de lettres. Saurait-on lui reprocher d'avorr voulu connaître ceux dont elle appréciait les œuvres ? D'autant que M"^^ Dornis s'est gardée à carreau des distributeurs d'eau bénite. Son salon, plutôt académique, et très Revue des Deux et même de tous les Mondes littéraires qui comptent sur le marché parisien, — continue la tradition, — cette vieille, cette précieuse tradition du xvnf siècle, qu'ont soutenue, durant le xix""". M""" Ancelot, M""* Valdor, la princesse Mathilde, et plus tard M""* Aubernon de Nerville, M"""* de Bonnière, la comtesse de Loynes, et d'autres, trop vivantes, heureusement, pour être citées dans ces notes.

Ainsi, le sort prépara-t-il la rencontre de l'olympique poète, dont l'œuvre n'est qu'un hymne à la beauté, et de celle qui en paraissait la radieuse incarnation. Leconte de Lisle avait

soixante-treize ans lorsqu'il fut présenté à la jeune femme qui, par un culte d'affectueuse admiration, allait embellir les trois dernières années de sa dure carrière, au point de pouvoir être appelée la Bettina de ce nouveau Gœthe. Dans une page célèbre des Poèmes Barbares, l'artiste de l'île de la Réunion évoque la bouche de pourpre, les yeux d'améthyste, les boucles blondes de l'amoureuse de sa jeunesse (certaine demoiselle de Lanux). Des vers dorés décrivent cette première bien-aimée c( sous un nuage de fraîche mousseline, s'en venant à la ville, en manchy de rotin, au pas rythmé de ses Hindous... » On a pu écrire que le souvenir de cette morte traîna sur toute l'existence de ce créole, comme une de ces écharpes odorantes empreintes de <( parfums impérissables », dont les Asiatiques gardent le secret. Or, le fantôme apparu à ses prunelles d'adolescent, il devait être accordé au tragique rimeur des Erynnies de le voir revivre d'une nouvelle jeunesse, devant ses yeux de vieillard. M""® Dornis, discrète au point de décourager la curiosité, n'a raconté cette illusion sentimentale que parce que l'écrivain la lui avait maintes fois avouée. Elle ajoute, avec tact : '( Leconte de Liste sut reconnaître le cher fantôme, et lui sourire, dans des vers qu'il au-

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rait — disait-il — voulu faire lire à tous, pour qu'à la Un on connût son cœur i. »

Toi par qui j'ai senti, pour des heures trop brèves, Ma jeunesse renaître et mon cœur refleurir Sois bénie à jamais !

Ce roman peu connu, mais qui gagnerait à l'être, car il honore également ces deux âmes d'élite, je souhaite que M"^' Dornis le raconte. On se rappellera, alors, qu'en décrivant, dans son Parnasse contemporain, le salon de Leconte de Lisle, peu luxueux, mais toujours en ordre, comme une strophe bien composée, Catulle Mendès n'eut garde d'oublier « la jeune femme, dont la présence, au miKeu du respect ami, ajoutait sa beauté à la poésie éparse ».

Elle est rose, elle est blonde avec des ijeux songeurs. Le charme est dans sa voix, ses lèvres sont deux

[fleursj Elle marche, et son pa^ a la grâce d'une aile ^.

1. Leconte de Lisle intime, p. 33 (voir Poèmes Barbares (édition Lemerre), p. 190. Derniers Poèmes (édition Lemerre), p. 84 et 85, et Leconte de Lisle, par MM. Marins et Ary Leblond (édition du Mercure de France), p. 43.

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