‹ Princesses de lettresChapitre 34 sur 53 · Guerra di Sesso, dans le Marzocco du 11 juin · texte numérisé non relu

Guerra di Sesso, dans le Marzocco du 11 juin

treindre aux travaux méthodiques d'une éducation complète. M"'^ Neera doit avoir trouvé la raison qui rend souvent la conversation des illettrées plus captivante que celle des institutrices. Il faut qu'une femme en sache suffisamment pour comprendre, point assez pour enseigner. Rien ne saurait suppléer à l'absence de moyens naturels. L'esprit i'éminm, ïauthoress le compare à une alouette. Or, c'est Dieu, ce n'est pas le travail qui donne à l'alouette ses ailes, sa voix légères. Il faut se garder de la mettre à l'école de la cage ; elle aurait si vite fait de perdre sa gaîté ! Parmi celles qui créèrent des œuvres durables, combien étaient instruites ? Les deux plus célèbres : George Sand et Georges EUot passèrent leur jeunesse à battre le beurre et à préparer des conserves. « Croyez à mon expérience. J'ai utihsé la majeure partie de ma vie à étudier l'âme de mes sœurs, et j'en suis arrivée à cette conclusion, raconte l'Italienne, que nous ne parvenons à nous illustrer dans une carrière libérale qu'à la condition de nous arracher du corps notre cœur d'amante et nos entrailles de mère. Ah ! mieux vaudrait plaindre ces malheureuses que les admirer ! » C'est, avec d'autres paroles, la vérité que Porto-Riche a placée sur les lèvres de l'un de ses Don Juan : « Au

fond de tout talent de femme, il y a un bonheur manqué ! » Le cas de M"® Neera ne serait guère pour nous contredire. Ceux qui m'ont lu jusqu'ici savent qu elle avait le droit de s'écrier : Croyez à mon expérience /...

Cependant, ne trouvant pas que les raisons sentimentales soient péremptoires, elle ajoute * « Le travail intellectuel de la lemme est un vol commis au préjudice de Ihomme futur. »

J'éprouve le besoin de répéter que c'est une romancière qui parle ; la femme, par la loi de nature, semblerait donc vouée à cette tâche sublime de sacrifier son intelligence à l'homme qui doit naître d'elle. « En considérant la question sous cet angle, il est facile de découvrir combien Georges Ehot et George Sand, elles-mêmes, donnèrent peu à l'humanité, en comparaison des mères obscures de Léonard et de Dante. Je voudrais pouvoir établir une statistique des mères de grands hommes. Presque toujours, on trouverait une lemme supérieure qui ne produisit rien ^ » La femme doit se borner à transmettre aux générations montantes les trésors accumulés par les générations disparues. Elle est la gardienne sacrée de l'intelligence humaine.

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