‹ Princesses de lettresChapitre 35 sur 53 · La Parle délia donna, dans le Marzocco du 4 juin · texte numérisé non relu

La Parle délia donna, dans le Marzocco du 4 juin

C'est à ses mains pures que Dieu confia la lâche d'entretenir, à travers les siècles, la flamme de l'esprit. Silencieuse et dévouée, humble, c'està-dire supérieure, elle sera celle qui console, qui encourage, celle qui inspire : sa mission est admirable ; elle sera l'amante, elle sera la mère. « Il y a un nom de femme au fond de toute gloire ! » Et, si c'est parfois celui de l'amante, c'est plus souvent celui de la mère ! La religion de M°^^ Neera manque, par malheur, de connaissances et de bases dogmatiques. Elle a depuis longtemps, à supposer qu'elle l'ait jamais su, oubhé le catéchisme, le pauvre, l'humble catéchisme ; elle se fût aperçue, sinon, que la tâche magnifique qu'elle attribuait à la femme était précisément celle que lui conférait le christianisme. Ces droits idéaux qu'elle propose à ses sœurs, n'est-ce pas de devenir le sanctuaire et Varche de Fintelligence, le reluge et la consolatrice de l'homme ? N'est-ce point avec ces paroles mêmes que l'Eglise a coutume de célébrer Celle qui, ayant été bénie entre toutes les femmes, reste et restera le Modèle et l'Exemple parfaits?...

Sans exposer les opinions originales que M'"^ Neera professe sur le mariage, dont elle doute que l'amour soit la base, — je la félicite

de sa hardiesse — ou sur r.adultère qu'elle ne juge point avec l'indulgence coutumière à ses confrères (elle va jusqu'à traiter l'épouse infidèle de voleuse domestique, et jusqu'à déclarer, avec arguments de son choix, que la faute qui reste simple délit, pour l'homme, sera toujours chute grave pour la lemme), je voudrais encore dissiper un malentendu que ces analyses d'idées ont peut-être soulevé.

D'aucuns se seront demandés perfidement si co\ écrivain en serait encore à croire que tout allât pour le mieux dans le meilleur des mondes et si, d'aventure, dans son excès d'humilité, M°^° Neera s'aveuglerait jusqu'à tenir la femme pour inférieure à l'homme. Or, j'ai le regret de l'ajouter pour ceux qui eussent aimé voir cette Milanaise pousser jusqu'à l'absurde ces théories de naguère, plutôt que d'aujourd'hui, — l'écrivain lombarde n'est point tombée dans de tels travers. Après avoir consacré tout un chapitre à discuter, —- et avec quel esprit ! — les raisons qu'avancent certains physiologistes, — allemands d'ordinaire, — pour essayer de prouver que la nature de la femme est inférieure à celle de l'homme, elle conclut par ces belles paroles de Mazzini : « L'homme et la femme sont deux notes inégales, de nature diverse, sans les-

quelles l'accord humain ne semble pas possible. )) Avec clairvoyance, elle s'est plue à repéter que le développement de ses sœurs devait, comme celui de ses frères, obéir à la loi de progrès. Seulement, à ceux qui s'efforcent de rendre ces développements pareils, elle a répondu qu'il était préférable qu'ils demeurassent parallèles. L'un comnie l'autre perdront plus qu'ils ne gagneront à vouloir acquérir les mêmes qualités, les mêmes occupations et les mêmes pensées. Bien loin d'apaiser ce que les philosophes appellent (( la guerre des sexes », le féminisme qui va se propageant par tous les pays de la vieille Europe et de la jeune Amérique, en attendant qu'il ne gagne les trois autres parties du globe, — le féminisme ne parvient qu'à en accentuer les péripéties, qu'à en exaspérer l'horreur !... Au lieu d'exciter la concurrence et la haine, le féminisme, pour faire œuvre efficace, devrait donc apporter des paroles d'apaisement et d'amour. Le premier point à gagner serait d'obtenir que les deux termes de l'éternelle équation vitale consentissent à se connaître et à s'apprécier, en dehors de l'œuvre de chair, en dehors même de toute préoccupation sentimentale.

Vous comprenez raftitudo do M'"' Noera ?

Ayant senti que ces Eves nouvelles sont « riches en savoir, mais pauvres en bon sens, et par trop dépourvues de ce sentiment domestique qui est la force de l'épouse et la base de la famille », elle a poussé un cri d'alarme. Elle a dénoncé ces doctrines séduisantes, mais fausses, qui, écritelle encore, « offrent à la femme, le rôle de la mouche du coche )>, et, généreusement, avec une ardeur tout italienne, elle a pleuré des larmes sur « cette humanité future, à laquelle on voudrait ravir le saint idéal de la mère ».

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