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Grands Ecrivains d'oulrc-Manche, p

n'a été, chez nous, qu'historienne des livres et des âmes, ce fut avec une grâce !... Je ne crois pas exagérer en affirmant que ses volumes sur les Grands Ecrivains cV outre-Manche, que ses biographies du chroniqueur Froissart, d'Ernest Renan (dont l'admirable fille est son amie)", de son deuxième mari, — - ce dernier ouvrage ne devant être mis en vente que lorsque nous n'y serons plus, — constituent d'inimitables merveilles.

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Trois, elles sont trois, en France, les (( Princesses de Lettres », qui ont consacré leur activité à faire connaître des âmes et des vies étrangères. Il y a W' Arvède Barine, il y a i\I"^ Félix-Faure-Goyau, il y a M"^^ Duclaux.

« Un jour sur le mont Ida, trois déesses ! »

Les flonflons d'Offenbach vous aviseraient, s'il en était besoin, qu'il ne faut pas tenir, pour raisons d'Etat, ces comparaisons de fantaisie.

Vous vous souvenez de M^" Barine ; nous avons déploré ses sévérités sur plusieurs princesses et grandes dames, sur plusieurs bourgeoises et femmes de peu, dont les quartiers de vertus furent, hélas ! aussi douteux que rares. Voilà trente ans et plus qu'elle répétait avec esprit : « Le réel nous est suspect, la terre méprisable... toujours ma bouche s'est imposée aux injustes désirs de l'ambition et de la volupté, mes ennemies !.., Je (lois avouer, pourtant, quçi

la vie est un labyrinthe où les plus courageuses se perdeni, sans la prudence !... » Vous apercevez le bout du casque de Minerve ?

M'"' Félix-Faure-Goyau ne vous est point inconnue, ni ses pures méditations sur la vie intérieure et le progrès moral. « Espère en ton épée, espère en toi-môme, et non au casque, î la lance ou au bouclier !... » C'est-à-dire et non pas aux dogmes derrière lesquels aime à s'abriter la faiblesse intelleclueîle de la femme. Vous pressentez Junon. Cette période du poète fera image : « Afin que ses beautés paraissent plus aimables, elle ne leur laissait d'austérité qu'autant qu'il était nécessaire d'en conserver pour la gravité que réclamait le sceptre placé entre sa main. » \'ous allez entendre avec quel parti pris elle parlera des héroïnes de la Divine Comédie ! La vertu seule a des charmes pour cette femme de bien. L'unique malheur est que la vertu reste sur cette terre bien rare et le plus souvent négative !...

Mais les livres de M""* Robinson sont sur la table : « Où est ton âme ? Où sont tes affections ? Serais-tu sans amour ? » Il suffira de feuilleter quelques centaines de pages anglaises et françaises, pour apprendre où furent les affections, quels heurs et malheurs éprouvèrent les défuntes

amours de la théologique Marguerite d'Angoulême, d'Emilie Bronté qui, mieux que l'héroïne trop vantée, mériterait l'épithète de rebelle, pour connaître l'âme multiple d'un Jehan Froissart, d'un Ernest Renan, d'un Emile Duclaux, d'autres encore. Ces êtres qui vécurent et pensèrent avec une intensité épargnée à la plupart des mortels, Miss Robinson, sans les juger, les a aimés, avec l'exacte perception cependant de leurs grandeurs et de leurs misères, et la philosophie bien rare de conclure que celles-ci ne leur furent pas moins naturelles que celle-là. Tandis que M'"" Barine juge toujours, souvent avec injustice, — afin de mieux gagner à sa cause le lecteur, elle cédera, volontiers, à la perfidie toute féminine de caricaturer ceux qu'elle prétend condamner, — tandis que M°^^ Félix- Faure-Goyau idéalise, idéalise jusqu'à oublier les conditions de l'humanité moyenne et si cela témoigne en faveur de l'âme de cette dame, cela enlève à ses études le grain de sel. Pourtant, elleaime ses modèles, tandis que M"^' Barine se borne à les observer ; mais pourquoi les aimet-elle comme ses désirs voudraient qu'ils fussent ? Mary Robinson n'a raison, sur ses rivales, que parce qu'elle est plus indulgente, d'une indulgence si complète, qu'un cœur de femme

peut seul être indulgent, avec cette douceur-là. Nous préférons donc les pages qu'elle a écrites à celles qu'écrivirent les autres... Je répéterai avec le poète dont je viens de citer plus d'un vers : Or, c'est d'Ovide qu'il s'agit \ car la poésie latine n'est pas, — en vérité ! — l'apanage exclusif de ces dames ! <( Quittez la solitude des forêts et recherchez les délicieux entretiens de cette femme ! »

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