The New Arcadia. Love among îhe saints
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Comme il est dur, comme il est étrange de mourir ainsi que des feuilles tournant dans la tempête !... Seule pour l'éternité ! Faudra-t-il en devenir folle ou faire face à la tempête avec un courage de désespoir qui, lui aussi, succombera et se brisera un jour? Faudra-t-il se traîner en avant, avec une égale patience, jusqu'à la fm ? >- Peu à peu, l'émotion gagne la chanteuse ; sa douleur fmira par éclater en imprécautions admirables : « L'amour est un oiseau qui se brise la voix à chanter ; l'amour, c'est la rose épanouie qui s'effeuille ; l'amour, c'est le cœur brisé, c'est l'adieu, ce sont les mains qui se tordent. Ah ! n'aimez jamais !... »
Vous avez reconnu, sous d'autres paroles, les vers inoubhables de Desbordes-Valmore :
Amour, divin rôdeur, glissant entre les âmes,
Sans te voir de mes yeux, je reconnais tes flammes...
C'est lui ! Sauve qui peut, voici venir les larmes !
Ce n'est pas tout d'aimer, l'amour porte des armes...
C'est le roi, c'est le maître, et pour le désarmer
Il faut plaire à l'amour — ce ri'esiî pas ioul d'aimer !
Désormais, la poésie de Miss Robinson ne sera qu'une perpétuelle invocation à la mort, que la plainte musicale d'une âme qui conserve à peine la force de vivre. « Toutes les espérances, toutes les réalités, sont tombées comme un manteau
tombe des épaules. » Ce n'est pas la mélancolie à phrases éclatantes de lord Byron, ce n'est pas la tristesse résignée de Rossetti, c'est l'anéantissement d'une àme qui n'a même plus la force de maudire son bourreau adorable. <( Parmi les ruines de lœuvre inachevée, je m'assieds et je me demande : A quoi bon ? » Comme l'abandonnée de ï Ancien Testament, Mary Robinson fut longtemps sans vouloir être consolée.
Ces plaintes, formes passagères, comme l'image de celle qui les nota, de la passion aussi éternelle que la vie et la femme — car qui dit femme dit amour ! — rapprochent les mains anxieuses de cette fragile Anglaise des franches et nerveuses mains de la pauvre Isabelle Kaiser, des mains ointes de parfums asiatiques d'Hélène Vacaresco. Ces trois ardentes poétesses de l'amour le plus pur, la douleur, à travers les années et les frontières, en a fait, un instant, comme trois sœurs. Pareilles à des clochers d'église, leur âme, au contact de la vie, donna à une certaine heure la même note, mais le son ne fut point le même ; il y a la cloche d'or, il y eut la cloche d'argent. Miss Robinson fut la cloche de cristal. A chaque strophe, il semblait que son âme allait se briser !... Hélas ! depuis que je notais ces choses, l'impitoyable vie s'est
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chargée de détruire la cloche délicieuse !... La cloche d'argent, elle aussi, s'est tue ; seule, Ta cloche d'or, du haut des clochers roumains, continue à égrener des mélopées, dont l'angoissante répétition îail songer aux appels des muezzins.
Avant d'accpiérir la Irisfe sagesse de tourner son aile au vent et de s'endormir satisfaite, de quelque côté qu'il s'avisât de souffler, Mary hobinson devait essayer quelques-unes des compensations sentimentales qu'offre la vie aux cœurs déçus par l'amour. L'amitié d'abord, mais, selon le mot de La Rochefoucauld, elle devait reconnaître que « l'amitié n'était que l'amour sans ailes » !... Ce jugement sévère estil équitable?... Nous n'avons le droit de pénétrer dans la vie privée de nos semblables que lorsque la mort a passé. Oui n'entend qu'une voix, n'entend qu'une opinion. L'autre, les autres témoins donneront, sans doute ici, plus tard, des avis différents, jusqu'à paraître divergents.
Il ne lui restait ensuite d'espoir qu'en cette charité dont le maladif apôtre disait : Quand je parlerais les langues des hommes ef des anrjes, quand f aurais le don de prophélie, la fiçienre des rnijslères, la eonnai^sance de iout,
si je n'ai pas la charité, /e ne suis rien !... Avec une bonne volonté, assez dépourvue de conviction, elle essaya de se faire tout à tous ; elle écrivit la Nouvelle Arcadie, ce livre de charité sociale. Car, dans cette Arcadie nouvelle, à l'inverse de l'ancienne, ce ne sont pas des bergers enrubannés à la Watteau qu'elle rencontrera, chantant leurs amours en strophes alternées, tandis que leurs dociles troupeaux broutent des prairies d'herbe et de fleurs, éternellement fraîches, sous des cieux aussi bleus que les porcelaines de la manufacture de Sèvres, non ! (( elle a trouvé l'ignorance, la fièvre et le péché accroupis autour du foyer » !... Sur la paille pourrie d'un sinistre grabat, pleurait un enfant affamé, et la mère remerciait Dieu de ce qu'un autre mourait !...
Alors, elle a pris peur ; ses mains diaphanes ont essayé de panser ces blessés ; curieuse, elle s'est penchée sur les misères de ce monde ; et voici quelques-uns des misérables dont elle a plaint les misères : Des vieillards ayant vécu côte à côte quarante années de bons et mauvais jours, et que la règle de l'asile sépare inexorablement ; une mère qui, d'ignorance, empoisonne son bébé avec du plomb fondu ; une idiote, née de gens mal portants, en un lieu
malsain ; « Belle et fraîche comme l'aube, elle n'avait de la femme que le masque ; jour et nuit, son esprit sommeillait. » Dans les ténèbres de sa vie, sa joie unique, son unique rêve était d'aller en canot. « Elle, si vaillante, elle aimait à sentir le bateau voler sous ses puissantes ramées !... »
Miss Robinson osa davantage. Imperturbable, elle est descendue (car tout est pur pour les pures) aux derniers cercles des enfers d'ici-bas. Elle aperçut une jeune fille abandonnée par ses frères, dont le père fut un sac à vin, et qui, la pauvre ! de paresse, préféra se faire inscrire à la police, parmi les prostituées. Dans son rêve pénible, elle la voit passer ivre de whisky, tlu fard aux joues, des fleurs flétries dans les cheveux, « hurlant d'obscènes chansons », et, angoissée, Miss Robinson se demande : <( Oui répondra pour le crime ? Sera-ce la victime, l'amant ou les frères ? ou moi qui n'ai pas fait un geste ? » Enfin, voilà la famille des Rother. (( Elle habite, là-bas, une vieille masure rouge, nichée sous les sapins ; à l'entour des fleurs de bruyère sont toutes rouges ; rouges sont aussi les toits qu'embrase le soleil des soirs et, dans le val et sur la hauteur, la terre est encore rougeâlre, mais le sang du cœur des Rother est tout
blanc. )) Le forfait, le monstrueux forfait accompli, la poétesse s'écrie : « Oui, je le crois. Dieu connaît nos péchés, j'ai distingué, vers l'Ouest, un signe dans le ciel. N'est-il pas étrange q^io le ciel, impassible à la vue de tant de misères, pâlisse devant un crime ? Et cependant, je le jure, le soleil, ce soir-là, reflétait de Vhorreur ! » -\Iais, cette nature gracieuse, ou plutôt gracile, n'avait ni la force, ni la foi qui font les apôtres. C'est très joli de ceindre un tablier blanc, de s'improviser infirmière, — c'est presque aussi amusant que de chanter l'opéra-comique, — mais, la première fièvre tombée, pour vivre la vie d'abnégation, de patience et de sacrifices que réclame un tel ministère. — le plus magnifique qu'il soit donné à la femme d'embrasser, — il faut autre chose que des sourires, et des larmes, et des fleurs, et des rêves, il faut l'amour, l'absolu, l'absorbant amour, celui qui ne se détourne de la créature que pour s'adresser au Créateur : en un mot. il faut la foi. qu'elle soit catholique, comme chez M"* Félix-Faure- Goyau. dont l'activité, la générosité sont admirables, qu'elle soit protestante, comme chez M™^ Edmond de Pressensé qui est morte, — à la lettre, morte, victime de son dévouement, — qu'elle «oit bouddhiste . rommo chez. Emiliç de
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Morsier, dont j'ai insuffisamment dit l'âme et la vie de lumière, qu'elle soit ?...
Mary Robinson, par malheur, ne croyait plus, à supposer qu'elle ait jamais cru. (( Depuis le jour de mon enfance, ma vie se traîne le long des sentiers de la mort. Oh ! qu'ils sont poudreux ! J'attends toujours que les années me laissent enfin reprendre haleine et, qu'au lieu de soupirer tristement, je puisse chanter. Mais, hélas ! les années m'ont fait un mal cruel, elles 111 ont enlevé la loi des bienheureux, et depuis, sur la terre des hommes, j'erre, pareille à un fantôme, exilée au pays des ombres. En vérité, c'est trop m'attarder ici-bas ; c'est prendre trop longtemps la place d'autrui, pour languir et pour soupirer. Ayez pitié ! ô vous, mes sœurs î fileuses éternelles ! ayez pitié ! Lâchez les fils emmêlés, rompez l'écheveau d'un seul coup, je vous en supplie ! Et filez quelque autre fil plus fort et plus parfait ^ »
Cette Miss Robinson est un bien rare exemple de femme incrédule. Chez un homme, il y a mille raisons d'oublier les dogmes ; mais, chez une jeune fille, une vierge !... un tel état d'âme indispose. La nature féminine semble créée pour prier : car prier, c'est encore aimer, et la