An Ilalian Garden (sonnet), page
femme semble n'avoir été mise au monde que pour l'amour. Ces lignes ne manqueront point de susciter la verve de ]\liss Alary. Elle dira : Ce bon critique, il perd la tète !... Hélas ! que n'a-t-elle perdu son cœur, l'exquise femme î Je l'eusse admirée, si c'avait été pour un vivant ; je l'eusse vénérée, si c'avait été pour Dieu. Au contraire, elle ne résista même point à traiter avec humour les récits évangéliques ! Misères et grandeurs littéraires ! Lisez et dites-moi si les cantiques d'un Christina Rossetti ne chantent pas plus justes que ces grinçantes ironies ? Evidemment, elles aidèrent à rapprocher cette jeune personne de son premier mari, auteur d'une fâcheuse Légende Divine I...
Ne voilà-t-il pas qu'elle s'avise d'aller, un dimanche de la Pentecôte, rêver de tendresse sous les haies fleuries. Les inexorables cloches la réveillèrent ; elle se relève avec un soupir. <( J'avais oublié, dit-elle sarcastiquement, j'avais oublié que je devais mourir. )> Ou bien, elle nous contera que les anges, jouant à la balle avec les pommes de l'arbre de vie, en jetèrent une, par mégarde, au-dessus des barrières du ciel. « Un vieux prêtre la vit tomber près de sa chapelle. Du pied, il la repoussa, en disant : « Pouah ! la sale pomme ! »
Pourtant, avec le temps, qui lait mûrir le blé, comme disent les Italiens, elle comprit qu'elle avait perdu plus qu'elle ne s'imaginait à oublier la foi de ses aïeules, et sans pousser le courage jusqu'aux blasphèmes de .AI""" Ackermann (la meilleure poétesse philosophique que la mentalité féminine ait jusqu'ici produite), elle glissa, telle un cadavre, du pont du l)atcau de cette vie, dans l'océan de la mort ; elle tomba dans le pessimisme sans raisons : « Un Christ est mort en vain, sur chaque étoile. Pour l'œil, les étoiles ; pour la poitrine, les immensités de l'air. Pour l'espérance, par delà ce monde sombre qui souffre, rien dans l'abîme, rien dans les années sans fm ! » La foi de Miss Robinson, la voici : « J'abandonne, comme impuissantes, des prières qui m'aidaient jadis, et mon âme, qui n'a plus de père, ne s'incline qu'avec une foi plus grande devant le Divin non révélé. »
Vingt années plus tard, dans le volume qu'elle consacra à son second mari, elle ne laissa point échapper l'occasion de reparler de ces sujets. Emile Duclaux qui, sur ce point, comme sou» tous les autres, fut supérieur à James Darmesteter, alors qu'il passait les soirées avec la frêle Anglaise qui embellit le soir de sa carrière, lui reprochait précisément, paraît-il, le vague
de ces idées religieuses (elle dit monistes). Et femme, délicieusement femme, elle ajoute : (( Aiais voilà, croyait-il du fond de l'âme à ce que si rarement il semblait promettre ? ou n'offrait-il qu'une généreuse fantaisie pour consoler l'universelle douleur ? Qui me le dira ?... Duclaux paraissait animé dune foi supérieure à celle qu'il a pu me communiquer... On est peutêtre incroyant pour ne pas voir assez loin ^ ! »
Oui, c'est cela : en amour, en religion, en tout, elle na pas vu assez loin, ^lary Robinson l Elle a sacrifié l'heure, la vie qui passent à la pensée qui demeure. On s'attend toujours à quelque chose qui ne viendra jamais : élan, révolte, extase ; la désillusion est impossible à celer. Que ne s'est-elle souvenue, — cette veuve délicieuse, — de la noble réponse que lui adressait son second mari sur la terrasse d'Olmet, par les soirées illuminées d'étoiles des mois brillants :
« Lâ-haut, petite amie (et la main du vieux savant s'élevait vers le firmament lumineux de constellations), là-haut, il y a place pour toutes les manifestations de la vie !... »