V. la Vie Nuancée
leiïient pour son bonheur, mais pour celui aussi de tous ceux qui attendent de son activité, multipliée par l'influence propice, de nouvelles, de perspicaces, de mystiques analyses sur la vie intérieure de la chrétienne moderne.
Le champ à peu près illimité, à portée des investigations de cette érudite qui, pour n'avoir point passé son agrégation, en sait plus et le sait mieux que bien des agrégés ; ce champ à perte de réflexions, cette catholique, par scrupule religieux, l'a volontairement circonscrit. Elle n'a point entrepris l'étude des passions ; elle n'a point dépassé les limites du dogme. A pratiquer de tels exercices spirituels, son intelligence se développait cependant. Elle acquérait en profondeur ce qu'elle perdait en étendue. Ses derniers livres sont émaillés de réflexions sur l'âme, d une sagacité étonnante. Les folies de la tête ou du cœur lui échappent ; la frénésie d'action d'une sainte Catherine de Sienne l'a, par exemple, complètement désorientée. Cette étude est révélatrice. Une Christina Rossetti, toute protestante qu'elle fût, lui demeure plus compréhensible, quoiqu'elle l'aime sans doute moins, par principe catholique, que cette dominicaine ambassadrice, théologienne et quelque peu socialiste, dont on a pu dire qu'elle votjail toutes
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choses à travers un voile de sang. Dès qu'il s'agit d'existences cloîtrées par le devoir ou la makdie, AP^ Félix-Faure-Goyau trouve, et avec une abondance merveilleuse des remarques, des images si profondes, si justes, si belles, qu elle mérite ces paroles du Claudio Cantelmo des Vierges aux Rochers : « C'est pour cela que je l'aime, parce qu'elle possède un jardin, une maison et une cellule de la connaissance de soimême... »
J'évoque cette femme probablement du Tiers Ordre, dont l'été dédaigne les astuces de la coquetterie. Je revois ses yeux purs, j'entends sa voix froide et je répète : Oui, une philosophe de la vie intérieure et du progrès moral, et qui, lorsqu'elle le voudra, écrira sur ces difficiles matières des traités qui achèveront de la mettre au rang où la tiennent d'ores et déjà ses amis.
APPENDICE
« Quiconque ne voit guère n'a guère à dire aussi. Mon voyage dépeint vous sera d'un plaisir extrême. Je dirai : J'étais là, telle chose m'advint. Vous y croirez être vous-même !... Je vous désennuierai !... )> Toutes les femmes pensent comme le pigeon de La Fontaine. Aussi, les impressions de voyage sont-elles un genre où elles excellent. Sans remonter aux sensations d'Allemagne de M°^' de Staël-Corinne ou aux sensations de \'enise de M"^' Sand-Indiana, on se rappelle que M""^ Alphonse Daudet a vu Londres avec des yeux de Parisienne, et y[me ]^QQYSi, Paris avec des yeux de Milanaise, et que ce fût plein d'enseignements. Lombroso écrit : « L'intelligence féminine étant avant tout concrète, on discerne pourquoi nos compagnes ont acquis une juste réputation dans ce domaine, le premier mérite d'une étude des sociétés ou des contrées étrangères étant de relever préci-
sèment le plus grand nombre possible de détails caractéristiques^... )>
Par malheur, à force d'entendre dire que la femme naissait géographe, comme Ricquet-à-la- Houppe coiffé, d'excellentes personnes encombrèrent le marché littéraire des récits de leurs villégiatures. Que ne s'ingèniaient-elles plutôt à imaginer des recettes de cuisine ? Les randonnées, c'est mortel à entendre raconter, tandis qu'une tarte croustillante se laisse toujours croquer avec agrément. Pour avoir chance d'intéresser le lecteur, il faut avoir visité des pays extrêmes, comme cette demoiselle Delphine Menant, qui parcourut des collines du Guzerate, sur lesquelles nul Français n'avait posé le pied depuis Anquetil Duperon, en 1758, ou posséder, .par décret de naissance, une sensibilité particulière, le don des images, comme la Comtesse des Comtesses, celle qui sut voir, avec des yeux nouveaux, des lieux aussi fatigués d'être explorés que l'Italie ou l'Ile-de-France ! Reste enfin l'alternative de voyages historiques. Il y a, certes, dans les proses, les poésies de globetrotteuse, de W^^ Félix-Faure-Goyau, des indi-