PENSÉES DIVERSES
^^^tilho 2. Une éducatiou sainte fait de la vertu réelle une chimère.
Ce qu'il faut d'abord, c'est un citoyen de la terre.
3 . . . . La morale a seule le droit de commander absolument à la pédagogie ; elle la veut tout entière à son service : telle est ridée à laquelle il faut s'élever. Ni le maître ni l'élève ne doivent craindre le travail et l'effort : l'un et l'autre fournissent au contraire, quand par hasard la nécessité ne s'-en impose pas, l'occasion d'un exercice excellent pour apprendre à trouver la force, l'énergie et la suite qu'exige la morale. Seulement, cette idée de suite disparaîtrait tout-à-fait si on voulait tourmenter la jeunesse en lui imposant arbitrairement des victoii*es sur elle-même.
fhid. 4- Ce qui détermine l'éducation, ce n'est pas le moins du
monde ce vernis qu'on appelle la culture générale^ mais c'est ce qui apparaît à l'homme comme un but élevé et lointain : par exemple un cercle d'action dans l'État ou dans l'Église, ou bien l'érudition, le bonheur domestique, l'activité paisible et les profits de la vie rustique, et môme les jouissances qu'on peut goûter dans un milieu étendu, etc.
ibui. 5. U éducation pratique consiste à introduire l'élève dans des
relations sociales qui ont pour lui de la valeur, mais à la condition que la sévérité morale en soit la loi fondamentale . . . Tout d'abord, il ne comprendra pas cette sévérité, mais plus tard il en sera reconnaissant.
ibid. 6. L'enfant doit tout considérer comme son œuvre, il faut
qu'il ait la volonté de devoir à lui-même sa propre culture. A cet égard, la période entre dix et quatorze ans est importante, car c'est alors que l'enfant sent bien profondément qu'il voudrait posséder les bienfaits de l'éducation. Auparavant, à partir
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de six ans, il est difHciie d'éveiller et de maintenir cet esprit chez Tenfant, et, à l'âge de dix-sept ans, il n'y a plus d'éducation proprement dite possible, sauf tout au plus chez ceux qui, se voyant négligés, éprouvent vivement le désir de se laisser encore élever; encore cela ne dure-t-il pas longtemps, ou tout au moins cela ne dure-t-il qu'autant qu'ils ne se sentent pas capables de poursuivre eux-mêmes l'œuvre de leur éducation.
^*^g 7 La morale, considérée comme simple loi de censure,
n'est pas un principe d'activité constante et complète : or, c'est pourtant un tel principe qu'il faut à la pédagogie.
fàid. 8. La surveillance, la défense qui réprime, la contrainte, la
menace par laquelle on empêche, ne sont que des procédés négatifs de Téducation. Rien ne montre l'absurdité de l'ancienne pédagogie comme sa prédilection pour la contrainte. Rien ne trahit la faiblesse de la pédagogie actuelle comme son enthousiasme pour la surveillance. 11 faut qu'elle se trouve dans un grand embarras pour recommander exclusivement un moyen aussi dangereux, aussi insuffisant, et aussi coûteux. Empêcher les fautes n'est bon qu'à la condition de substituer toujours à l'activité contrariée une autre activité. L'homme ne doit pas être trop bête, ni trop incapable, ni trop paresseux pour le vice, sinon la vei^tu disparait du même coup.
ibid. 9. Il y a une grande différence entre le travail de celui qui
apprend un métier et de celui qui reçoit l'instruction scolaire. Celle-ci rend l'homme , pendant très longtemps , passif à un tel point que la première question qui doit s'imposer à l'esprit est celle-ci : quelle réaction succédera, chez l'élève, à cette action
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constante da maître ? C'est là qu'est la vraie question pédagogique. L'ouvrier, au contraire, exerce une action plus personnelle. Ici, le travail se passe surtout dans la tète de celui qui apprend, car il peut facilement exécuter tel ou tel tour de main : l'eBsentiel, c'est qu'on lui en montre la succession et les effets.
10. Chez tous ceux dont le caractère est déjà fixé (individus égoïstes, avares ou sensuels d'une façon conséquente), la morale vient trop tard.
II. La jeunesse ne croit pas volontiers combien la vie devient tout-à-coup sérieuse.
13. Ce qu'on trouve de naturellement bon chez l'enfant doit être considéré comme la chose la plus importante, et mis au premier rang dans l'éducation. Sans cela, il n'y a pas d'éducation possible, parce que le point de départ manque et que, par conséquent, il est inipossible d'avancer. Il faudra donc : d'abord le reconnaître, ensuite le faire valoir aux yeux de l'enfant, c'est-à-dire distinguer ce qu'il a de meilleur en loi de ce qu'il peut avoir de mauvais, pour opposer l'on à l'antre, et produire ainsi en lui>méme une discordance sans laquelle il ne pourrait jamais approcher de la vertu. II faut le mettre en conflit avec lui-même, car il est nécessaire qu'il fasse lui-même son éducation.
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i3. L'éducation serait une tyrannie si elle ne conduisait à la liberté.
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PRBBnÈRE PARTIE
Introduction i