SDR LE CHOIX DES LECTURES
, I. Un principe qui me parait essentiel, c'est qa'il ne fiiut pai'alyseï' aucune faculté humaine : toutes doivent se développer sous la protection de la loi morale et sous sa douce domination. Le goût demande donc à être nourri et cultivé. . .
3. Le sentiment du beau fait des hommes heureux ; sans lui, quelle jouissance récompensera l'homme d'aflaires le plus honnête, le plus noble, le plus habile, le plus actif? Il vivra pour tous les autres, mais non pour lui-même. On l'admirera, on l'estimera hautement, on le bénira; mais il ne verra dans tout ce qu'il fait que l'accomplissement de son devoir. — Y a-t-il des joies plus pures, plus innocentes, plus communicatives et plus capables d'adoucir les rapports sociaux, d'élever l'esprit vers tout ce qui est beau, et d'ouviir le cœur pour tout ce qui est bon, que celle d'obéir au chœur des Muses ?
3. Quand on vit tous les jours avec le monde réel, et qu'on n sans cesse sous les yeux ses propres faiblesses et celles des autivs, je crois qu'on a besoin de temps en temps de contempler un liibleau vrai et fortement dessiné de l'humanité telle qu'elle pourrait et devrait être en général. Tous les grands cai-actères inventés par la (letton, toutes les peintures du monde de l'innocciice et di's régions habitées par les bienheureux ne sont au l'ond (|ue des tentatives faites pour représenter l'homme à l'état de (yerlection. Choisissons les plus réussis de ces essais, et ne faisons point atlenlion à la foule des autres I . , .
4.... Les écrits enfantins proprement dits, tels que le RobinHon. sont ii la vérité excellents pour les enfants, mais l'intention de tout lamoncr k la morale et à la religion y est trop visible. . Les biographies et les histoires vraies rendraient
PENSÉES DIVERSES SqI
encore moins que les écrits enfantins les services qu'on en attend. Les caractères réels sont toujours trop variables et trop chancelants, les nuances qui les distinguent sont trop délicates et les ressorts moraux qui les font agir trop compliqués. Les traditions historiques par lesquelles nous les connaissons sont beaucoup trop obscures et aussi trop mutilées pour qu'on puisse attendre de celui qui ne connaît pas encore Vhomme et ne le soupçonne pas encore dans ses manifestations isolées, qu'il déchiffre de tels hiéroglyphes. Ce n'est qu'après avoir appris, à l'occasion des personnages fictifs, à se représenter toutes sortes d'hommes possibles^ et à se transporter dans leur situation, leur caractère et leurs sentiments qu'on arrive à juger avec plus de facilité, plus de justesse, plus d'intérêt et plus d'équité les personnages historiques...
5. Les caractères grimaçants et impossibles, les raisonnements faux ou immoraux, l'intrigue brillante et impunie ne doivent assurément pas être offerts aux regards des jeunes gens.
6. . . . La connaissance de l'amour, du moins par les livres, ne me paraît pas offrir de danger pour mon élève (Louis)... Qui sera plus porté à abuser de l'autre sexe que celui qui ne comprend pas qu'on puisse l'aimer ? Mais celui qui connaît, qui sent et qui estime hautement la dignité des femmes, n'éprouvera que du dégoût à la vue des créatures perdues...