‹ Principales œuvres pédagogiquesChapitre 2 sur 151 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

Les doctrines pédagogiques de Herbart ont pris une telle importance en Allemagne, en Autriche et en Suisse, qu'il n'est plus possible à quiconque s'intéresse à l'histoire de l'éducation de les ignorer. Mais la structure parfois bizarre de ses traités, l'obscurité de maints développements, et surtout les difficultés particulières, souvent insurmontables pour les Allemands eux-mêmes, de la langue qu'il s'est pour ainsi dire créée pour lui seul, devaient le rendre inaccessible dans le texte à l'immense majorité des lecteurs français. La nécessité d'une traduction s'imposait donc à un double point de vue. Malheureusement, sentir cette nécessité et la proclamer, c'est reconnaître que Herbart eût mérité un traducteur plus habile. Aussi n'a-t-il pas fallu moins que les encouragements de notre cher maître Henri Marion, et les conseils bienveillants et éclairés du savant éditeur de la plus récente collection des œuvres pédagogiques de Herbart, M. de Sallwurk, pour nous enhardir au point d'oser entreprendre ce travail, et nous permettre de le mener à bonne fin, si l'on peut appliquer ce terme à l'achèvement d'une œuvre dont on ne sent que trop les nombreuses imperfections.

Avant de donner les indications nécessaires à l'intelU-

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gence de cette traduction, nous croyons utile de dire ' quelques mots de l'auteur lui-même et de ses œuvres.

Un pédagogue qui ne fût point théologien , et un philosophe qui , avant d'écrire sur l'éducation , l'eût pratiquée, voilà deux qualités assez peu communes en Allemagne au début de notre siècle pour mériter déjà d'attirer l'attention. Il n'est pas sans intérêt de remarquer que c'est précisément un homme chez lequel elles se trouvèrent réunies, qui entreprit, au lendemain de la révolution pédagogique dont le philanthropinisme donna le signal, à la lueur de la philosophie naissante, et en s'appuyant sur Pestalozzi, de créer une science dont on ne soupçonnait pas alors et dont on conteste encore parfois l'existence, la science de l'éducation.

Né en 1776 à Oldenbourg, Jean-Frédéric Herbart, après avoir été instruit dans sa famille par un disciple de VVolff nommé Uelzen, qui sut éveiller en lui le goût de la philosophie, termina ses études à partir de la seconde au gymnase de sa ville natale, où il se fit remarquer par son goût pour la physique et la philosophie. Muni d'une forte éducation classique, il se fit inscrire en 1794 comme étudiant à l'université d'Iéna, qui était alors, comme on le sait, le centre du mouvement philosophique en Allemagne. Là , dédaignant le droit auquel son père le destinait, il devint l'élève de Fichte, qui ne tarda pas à le distinguer et l'admit dans sa « Société lUlémire », c'està-dire dans le petit cercle d'étudiants qu'il aimait à réunir à sa table , et qui n'obtenaient cet honneur qu'à la condition de n'appartenir à aucun autre groupe de l'université. D'abord disciple convaincu du maître, il ne tarda pas à se séparer de lui sur la doctrine de l'idéalisme,

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qu'il considérait comme impuissante pour arriver à une vraie conception du monde. Aussi résolut-il dès ce moment de suivre sa propre voie dans le domaine des spéculations philosophiques. En 1797, il accepta les fonctions de précepteur auprès des trois fils du bailli d'Interlaken , M. de Steiger, d'abord pour une période de deux années. Jamais précepteur ne fut plus entièrement dévoué à ses élèves que ne le fut Herbart à ces trois jeunes garçons, Louis, Charles et Rodolphe, dont le premier était âgé de quatorze ans, le second de dix ans, et le troisième de huit ans. Il se donna entièrement à sa tâche, ne gardant pas un instant pour lui. Une fois pourtant il osa demander au bailli la permission de la soirée a non pour faire une partie d'hombre », disait-il, «mais pour se rendre dans un cercle très peu nombreux d'amis auxquels il devait beaucoup, et qu'il croyait ne pouvoir se dispenser de voir sans préjudice pour lui-même et peut-être aussi, par conséquent, pour ses élèves ». D'ailleurs, ajoutait-il, (( si cela ne pouvait se faire sans que j'eusse lieu de craindre pour Louis, je cesserais de le désirer ».

La lutte qui éclata, en 1798, entre le canton de Berne et le canton de Vaud, et qui obligea le fils aîné du bailli à prendre les armes, et la période d'agitation qui en fut la conséquence, contraignirent Herbart à renoncer au plan qu'il avait rêvé, de suivre pendant huit ou dix ans les jeunes gens qu'on lui avait confiés et auxquels il s'était vivement attaché : il dut abandonner ses fonctions, en 1799, et quitter la Suisse. Désormais il ne songea plus qu'à faire connaître au public, par la voie de l'enseignement et par les livres, les principes de pédagogie qu'il avait appliqués avec tant de succès,

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notamment dans l'éducation du second fils de M. de Steiger, Charles, son élève préféré, à qui, disait-il plus tard, il devait dans une certaine mesure sa Pédagogie,

Après trois années de préparation qu'il passa chez son ami Smidt, à Brème, il se fit recevoir docteur à Gôttingen en 1802. Il fut aussitôt autorisé à ouvrir un cours à l'université, et fit ses premières leçons sur la pédagogie. Cette même année, il publia son premier traité pédagogique : Vidée d'un A B C de IHntuition, de Peslalozzi, qu'il compléta dans la seconde édition, parue en 1804, par l'opuscule intitulé : « De la représentation esthétique du monde comme objet principal de V éducation, »

En 1806, il fit paraître sa Pédagogie générale déduite du but de l'éducation, le plus important de ses ouvrages, dans lequel il avait consigné le résultat de ses expériences et de ses observations. Mais cette œuvre qui, de nos jours, devait faire tant de bruit, passa alors à peu près inaperçue. Herbart prétend qu'elle ne pouvait alors être comprise parce qu'il s'appuyait sur des principes philosophiques qu'il n'avait pas encore fait connaître Cela est vrai, sans doute, mais il faut bien dire aussi que l'obscurité du livre tenait encore à d'autres causes, dont nous sommes meilleurs juges. Comme le dit très bien l'auteur lui-même dans l'annonce qu'il fit de son livre * « le titre ne promet qu'une pédagogie générale : aussi ne donne-t-il que des idées générales, et leur combinaison générale. » L'auteur s'en est tenu en effet aux considérations purement théoriques ; c'est là précisément ce qui fait la force et aussi la faiblesse de son livre. De plus, la lecture en est rendue très difTicile par

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