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PRÉFACE IX

l'emploi du vocabulaire tout-à-fait particulier adopté par Herbart .

Il n'est donc pas surprenant que ce livre ait donné lieu dès son apparition à une foule de malentendus et soit resté fermé au grand public. C'est pour remédier à ce grave inconvénient que l'auteur, souffrant de se voir si peu compris, se décida, au bout de près de trente ans, à publier son Esquisse de leçons pédagogiques (1835), dans laquelle il traitait le même sujet sous une forme plus claire et plus facile à saisir. Mais ce résumé supposait encore la connaissance de l'ouvrage primitif, de sorte qu'il fut bientôt nécessaire de le remanier et de le compléter de manière à le rendre intelligible sans le secours de la Pédagogie générale. Cette édition définitive parut en 1841 : ce fut à partir de ce moment seulement que les idées de Herbart commencèrent vraiment à se répandre, et encore bien lentement, puisque ce n'est guère qu'une vingtaine d'années plus tard que l'école herbartienne, avec Stoy et Ziller *, vit définitivement le jour.

Outre les deux traités essentiels que nous venons de mentionner, et qui constituent la partie la plus importante de son œuvre pédagogique, Herbart a publié de nombreux opuscules, mémoires ou discours relatifs à des points particuliers de pédagogie, dont nous donnons la liste plus loin.

Appelé en 1808 à Kônigsberg pour remplacer Krug dans la chaire de Kant, Herbart fut bientôt remarqué par Guillaume de Humboidt, alors directeur de l'instruction publique, qui

I . CVst en i86i que parut l'ouvrage remarquable de Stoy : Encyclopédie de la pédagogie^ et la tnètue année s'ouvrait à Leipzig le séminaire pédagogique de Ziller.

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Tautorisa à fonder un séminaire pédagogique dont il lui avait soumis le plan. Ce séminaire, ouvert en 1810, ne donna pas les résultais qu'il avait espérés, et disparut après son départ de Konigsberg. En 1811, Herbart épousa la ûlle d'un commerçant anglais ruiné par la guerre, Marie Drake, qui le seconda utilement dans l'éducation des élèves qu'il eut comme pensionnaires chez lui à partir de ce moment. Mais ni ses succès comme professeur, ni l'affection dont l'entouraient les étudiants, ni l'estime universelle dont il jouissait à Konigsberg, ne pouvaient suffire à le retenir dans une université dont la vie s'éloignait de plus en plus. Après avoir échoué dans sa tentative pour remplacer à l'université de Berlin Hegel, mort en 1831, il lut heureux de revenir en 1833 à Gôttingen, où il continua d'enseigner la philosophie et la pédagogie jusqu'à sa mort, arrivée subitement en 1841.

Ce n'est ici ni le lieu ni le moment de nous occuper des idées philosophiques de Herbart, d'ailleurs à peu près oubliées aujourd'hui, ni de discuter ses doctrines pédagogiques, que nous aurons l'occasion d'examiner en détail dans VHlstoire de Védacalion en Allemagne que nous préparons. H nous semble, en effet, qu'un traducteur n'a pas à prévenir le lecteur pour ou contre son auteur ; son devoir est avant tout de le présenter, autant que possible, tel qu'il est, et de le livrer au jugement indépendant du lecteur. Cette conduite s'impose d'autant plus dans le cas présent, qu'il s'agit d'un auteur discuté avec passion, et sur lequel on a voulu faire retomber les fautes et les bizarreries de son école, qui l'a souvent si mal compris, et a jeté sur ce grand nom un discrédit qu'il ne mérite pas. Mais nous ne pouvons nous dispenser de dire ce que nous pensons de l'œuvre en général,

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notamment de ses qualités et de ses défauts littéraires, puisque maliieureusement une traduction, fût-elle bonne, a toujours pour effet d'amoindrir les unes sans atténuer les autres.

Pour Tœuvre en général, disons tout de suite que ceux qui lui reprocheraient de ne pas avoir un caractère pratique en méconnaîtraient singulièrement le caractère. Herbart n'a pas voulu faire un livre pratique, il le dit lui-même assez clairement dans le passage que nous avons cité plus haut. On peut lui reprocher avec plus de raison certains défauts de forme qui choquent particulièrement notre goût français : nous les résumerons en disant que c'est un écrivain qui n'a nul souci d'être agréable au lecteur. Sa pensée, souvent profonde, est exprimée dans une langue extrêmement serrée, concise et abstraite. On attend presque toujours en vain un exemple qui l'illumine, un ornement qui la rehausse : nous avons déjà vu que ces défauts furent le principal obstacle à l'expansion de ses idées. Mais une fois qu'on s'est habitué à cette manière, et qu'on a surmonté les premières difficultés du langage herbarlien, on est amplement dédommagé des efforts qu'a coûté cette sorte d'initiation. Il existe peu d'ouvrages où la pensée de l'auteur soit mise en quelque sorte aussi nue sous les yeux du lecteur, et où l'esprit soit provoqué d'une façon aussi directe à un travail considérable sans doute , mais toujours utile, intéressant et fécond. Chez Herbart, en effet, c'est à chaque instant qu'on rencontre des développements où chaque phrase, chaque ligne, souvent même chaque mot. arrête utilement le lecteur et l'oblige à rétléchir et à méditer sur des questions auxquelles il n'aurait sans doute pas songé de lui-même. C'est un auteur extrêmement substantiel, qu'on ne lit pas vite, certes, ni

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