SES RAPPORTS AVEC L'ÉDUCATION
une rare désapprobation de rédueateur, fondée sur des motifs extraordinaii*es qu'il faut rechercher pour les concilier.
4. L^éducation devient tout aussi oppressive, bien que d'une manière moins bi-nsque, lorsqu*on pei*siste à demander à Tenfant des choses qu'il ne fait pas volontiers, et à ne tenir aucun compte de ses désirs. Dans Tun comme dans Tauti^e cas, elle invoque tacitement, et, quand il le faut, ouvertement ce pacte préalablement conclu entre le maître et l'élève : Nos rapports n'existent et ne subsistent qu'à telle et telle condition. Cette phrase est évidemment dénuée de sens, si l'éducateur n'a pas su se ménager une certaine liberté.
3. Ceci touche au refus des signes habituels de satisfaction et d'approbation , lequel suppose à son tour qu'on agit ordinairement envers l'enfant considéré comme êti'e humain , avec tous les égards de Yhumanité, et peut-être, s'il est aimable, avec raffection et l'attachement qu'il mérite. Mais cela suppose encore une condition d'un ordre plus élevé : c'est que l'on ait le sentiment de tout ce que l'humanité et l'enfance peuvent posséder de beau et d'attrayant. Le mélancolique chez qui ce sens s'est émoussé fera mieux de fuir la jeunesse ! elle ne saurait môme pas le regarder avec l'indulgence qu'il mérite. Seul , celui qui est capable de beaucoup recevoir et par là même de beaucoup donner en retour, pourra aussi beaucoup refuser : et c'est par ce genre d'oppression qu'il parviendra à diriger à son gré l'humeur et l'attention de la jeunesse.
6. Mais il ne la dirigera pas sans sacniier en grande partie la liberté de sa propre humeur. Comment voudrait-il, avec un caractère toujoui's également froid, produire dans l'esprit de Fenfant, qui marche seul au grand jour de l'insouciance et de répauouissement de ses forces physiques, les délicates nuances des émotions morales, sans lesquelles il ne peut y avoir ni vive sympathie pour quoi que ce soit, ni goût épuré, sans lesquelles même ne peut exister la véritable péné-
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tratîon ni l'esprit d'observation? Elles sont bien rares les natures capables d'échapper d'elles-mOnies à cette platitude que nous désignons par le ternie de imlgarité, KUes sont bien rares aussi celles qui peuvent acquérir, sans qu'on le leur ait communiqué, Tesprit de discernement dont le vCAe est de former à l'intérieur conmie à l'extérieur. Il faut donc que l'éducateur secoue et réveille l'enfant, en discernant ce (jui est renfermé en lui ; il faut qu'il lui renvoie son image, douée de la force d'extension et de résistance qui pousse et presse l'homme adonné à sa propre culture. Cette force, où la prendra-t-il, sinon dans les mouvements mêmes de son âme ? Ressentir sôi-méme ce qu'a éprouvé l'éducateur en voyant se manifester chez l'enfant ces sentiments et d'autres encore, c'est le premier pas hors de la grossièreté, et le bienfait le plus immédiat de l'éducation. Mais pour le pressentir, il faut subir, dans ses propres sentiments, un douloureux changement : or, ce changement ne convient plus à TAge mûr ; il n'est naturel, il ne sied bien qu'à celui qui se trouve encoi*e lui-môme dans la période de la lutte pour la culture. C'est pourquoi l'éducation est l'aflaire des jeunes gens, qui sont encore à Tâge où l'on est le plus sensible à l'égard de sa propre critique. Aloi*s, en effet, c'est pour l'éducateur un excellent encouragement et un secours véritable, loi^scju'il jette les yeux sur un âge moins avancé, d'avoir devant soi, intacte, cette ample richesse de capacité humaine, avec la tâche, encoi*e entière, de faire du possible une réalité et de faire, en môme temps que Téducation de l'enfant, la sienne propre. Cette sensibilité ne peut que disparaître avec le temps, soit parce qu'elle a trouvé sa satisfaction, soit parce (jue l'espoir vient à sombrer et qu'on est pressé par les aflaires. Avec elle disparaissent la faculté et le goût de l'éducation.
7. Ce sont les circonstances qui décideront s'il est nécessaire de parler beaucoup ou peu pour exprimer les propres
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niouvements de son âme. Une Ame fermée qui ne s'épancherait jamais en paroles, un organe dénué de souplesse, qui ne saurait ni élever, ni abaisser le ton, un langage dépourvu de variété dans les tournures et incapable d'exprimer le mécontentement avec dignité et l'approbation avec une joyeuse sincérité : voilà autant d'obstacles capables d'arrêter la meilleure volonté et d'em- • ban*asser le sentiment le plus délicat. Il y a beaucoup à dire lorsqu'on fait l'éducation d'un enfant! et bien des choses doivent être improvisées : sans doute elles peuvent se passer d'art et d'ornements, mais elles ne sauraient être complètement dénuées de forme.
8. Que de fois il faut exprimer de Ténei^ie, mais sans dureté ! Où la trouver, sinon dans la surprise d'une tournure rapide, dans une gravité qui se concentre graduellement et inspii'e de l'inquiétude sur la tournure qu'elle prendra définitivement, dans des mesures qui créent ou détruisent ce qui sera un souvenir de l'espoir déçu comme de l'espoir réalisé? La pei'sonnalité i^entre en elle-même ; il semble qu'elle s'arrache à un état de choses regrettable qui semblait la nai^uer. Ou bien elle ressort, elle s'élève au-dessus de la jnesquinerîe où elle se sentait trop à l'étroit. L'enfant voit épai's les liens rompus, sa pensée se porte en avant ou en arrière, il entrevoit le vrai motif ou le vrai nioyen^ et dès (ju'il est prêt à reprenih»e cl à rétablir les rapports détruits, l'éducateur court au-devant de lui, dissipe l'obscurité, lui aide à renouer les liens, à aplanir les diilicultés, à fixer les indécisions. Ces expressions sont trop générales, trop figurées : à vous de trouver des exemples pour les éclaircir.
9. Surtout pas de longues bouderies, ni de gravité étudiée, ni un air renfermé et mystique. Et par-dessus tout, pas de feinte amabilité ! La droiture doit être inséparable de tous les mouvements de l'âme , quelle que soit la variété de leur direction.