ENSEIGNEMENT ANALYTIQUE I9I
plus qu'elle ne peut donner en réalité. S'il a , fait beaucoup de fautes, s'il les a accumulées en foule, ces fautes deviennent alors toutes indififérentes ; elles sont une cause d'humiliation, mais aussi de découragement. C'est pourquoi, lorsque l'écolier est faible, il ne faut donner que des devoirs très courts , et plutôt n'en pas donner du tout tant qu'on peut avancer avec plus de sûreté par d'autres genres d'exercices. Le maître qui donne des devoirs à faire à la maison pour s'épargner du travail à l'école, se trompe absolument : cette peine qu'il a voulu éviter lui deviendra bientôt d'autant plus amère.
Il y en a qui croient préférable de donner, au lieu de devoirs courts, des devoirs extrêmement faciles, et qui, pour augmenter cette facilité, prennent soin de tout tracer à l'avance avec la plus parfaite exactitude : c'est encore là une erreur.. S'il est utile de faire écrire, c'est dans le but de fournir à l'élève l'occasion d'essayer ce qu'il peut faire sans le maître. Lorsqu'il tente cet essai, le maître ne doit pas le contrarier par toutes sortes de prescriptions ; et si l'essai ne marche pas, cela prouve qu'il est prématuré : il faut alors attendi'e, ou bien abréger le devoir, dût-il se réduire à trois lignes seulement. Car trois lignes de travail personnel valent mieux que trois pages de travail fait d'après ceilaines proscriptions. Les illusions qu'on se prépare par cette habitude de tenir l'enfant k la lisière peuvent durer des années, avant qu'on ait pu obtenir la juste mesure de ce que peut réellement faire l'élève.
53. Il en est tout autrement lorsque, avant de faire écrire le devoir, on a facilité à l'élève le développement de ses idées en lui venant en aide oralement.
C'est surtout à l'ûge de l'adolescence ([ue ce genre d'analyse a de l'importance ; mais il importe que l'élève exprime sincèrement son opinion. Cette condition étant remplie, on choisit un sujet d'en tiH3 tien, dans lequel le maîtiM3 devra d'autant mieux se tenir en garde conti»c les contradictions trop vives, qu'il importe
Uj'l MARCUE DE L^ENSEIGNBMENT
davantage d'obtenir quelque chose de l'élève ; autre chose est de corriger un nian(iue de modestie trop prononcé.
Les sujets choisis par les élèves eux-mêmes sont infiniment préférables aux sujets imposés, seulement on ne peut guèi*e les attendre de la plupart d'entre eux. Mais lorscpi'il s'en présente, on peut trouver dans leur choix, et plus encore dans la iaçon dont ils sont traités, des indications qui permettent de connaître les opinions qui ont cours parmi les élèves, et les impressions produites sur eux d'une façon constante, non seulement par l'école, mais encore par V expérience r\ le commerce des hommes. La personnalité de celui qui écrit peut se manifester d'une façon encore bien plus nette. Pour la découvrir, il faut que le maître y soit préparé, quand même il lui serait plus agréable de voir dans ses élèves un reflet de lui-même. Cela ne servirait à rien qu'il voulût par ses corrections faire pénétrer ses propiHîs opinions dans les devoirs de ses élèves. En ellct, la forme de Y exposition peut se corriger ; mais pour rectifier les opinions, il faut attendre d'autres occasions, en admettant même qu'on puisse y réussir.
Enseignement synthétique
54. Pour Y enseignement sj^nthétique proprement dit (§ 3G), nous supposons que Y enseignement purement descriptif et Yenseignement anal}'tique viennent le seconder là 011 il convient dans tout le cours des études. Sinon, le succès serait douteux, surtout en ce qui concerne la fusion qui doit s'opérer entre les choses apprises et celles qui se présentent au cours de la vie. U enseignement sj^nthétique doit présenter beaucoup de choses nouvelles et étrangères : ici l'attrait général du nouveau doit concourir avec l'assiduité habituelle et l'intérêt particulier de chaque objet d'étude.
ensei(;nement synthétique 19'i
En ce moment où on parle tant des affaires non seulement de l'Italie , mais aussi de la Grèce et de l'Orient , et avec Texpansion actuelle des connaissances naturelles, il est inévitable (juil vi<»nne à Toreille môme des plus jeunes enfants maintes et maintes choses capables de prévenir cette indifférence ou cette répugnance qui, il n'y a encore qu un demisiècle, faisait considérer les connaissances scolaires comme quelque chose d'étranger à la vie. Aujourd'hui il n'est pas difficile de diriger l'attention vers des contrées éloignées ou des époques antérieures : c'est surtout facile quand on se trouve à proximité de collections de curiosités et d'antiquités. Toutefois, un tel attrait ne tiendrait pas longtemps contre les efforts que réclame l'étude, si l'on ne veillait à répandre lïdée de la nécessité d'apprendre. C'est là qu'interviennent les exigences légales des écoles et en particulier des gymnases. Les familles exercent leur influence sur l'application de la jeunesse; avec un bon gom'ernenient des enfants et une bonne culture morale, on obtient aisément d'eux la bonne volonté pom» l'étude. Il n'est pas aussi facile d'obtenir des eftbrts ayant un but purement scientifique, et dont la portée dépasse la limite des examens : ceci nous ramène k V intérêt multiple ^ , Si XintériH n'était pas déjà le but de Y enseignement, il faudrait le considérer connue l'unique moyen de donner à ses résultats quelque durée.
Or, ïintériH dépend, à vrai dire, d'une part, de l'aptitude naturelle, qu'on ne peut créer, mais d'autre part aussi des objets (jui se présentent.
55. L'enseignement sj'nthétique doit présenter des objets qui puissent ollrir un intérêt durable et étendant de lui-môme ses ramifications loin autour de lui. Ce qui ne donne qu'un plaisir de courte durée, un amusenu*.nt facile, est de peu d'importance, et