SES RAPPORTS AVEC L'ÉDUCATION DU CARACTÈRE
i8. Pour moi, toutes ces expériences ne sont que la confirmation d'une conviction psychologique extrêmement simple . Je suis persuadé, en effet, que tous les sentiments ne sont que des modifications passagères des idées existantes, et que par conséquent, une fois la cause modifiante disparue, les idées doivent nécessairement reprendre d'elles-mêmes leur ancien équilibre. Le seul résultat que je puisse attendre de ce tiraillement perpétuel de la sensibilité, c'est que les sentiments délicats viennent à s'émousser misérablement, et soient remplacés par une excitabilité factice, et pour ainsi dire raffinée, qui ne peut produire avec le temps que des prétentions avec leur insupportable cortège.
i9. Il y a à la vérité deux cas bien différents à envisager : ou bien on a profité des occasions pour accroître la sofnme d'idées acquises, — ou bien on a fait en sorte de convertir les efforts en action y et par là même en volonté, 11 faut tenir compte de ces circonstances pour interpréter avec justesse les faits observés, ao. Il est permis de juger par là ce que la culture morale peut être à Véducation en général. Toutes les modifications de sentiments que l'enfant doit subir ne sont que des faits transitoires qui conduisent à la détermination des idées acquises ou du caractère. Le rapport entre la culture morale et la formation du caractère^ peut donc être soit direct, soit indirect. Ou bien la culture morale permet de pouvoir appliquer Yinstruction, qui doit avoir une influence ultérieure sur la formation du caractère de l'homme déjà indépendant, ou bien il arrive que, grâce à elle, un commencement de caractère se manifeste déjà par l'action ou par l'abstention. On ne peut instruire un enfant insoumis, et les tours qu'il fait doivent être considérés à certains égards comme une première manifestation de sa personnalité future. Toutefois, comme chacun le sait, il faut apporter à cette dernière opinion de grandes restrictions ! Un enfant indiscipliné agit le plus souvent sous l'influence d'idées passagères; sans doute il apprend ainsi ce qu'il peut faire,
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mais pour fixer une çolonté, il manque ici le premier élément, c'est-à-dire un désir ferme, bien enraciné. Ce n'est que lorsqu'un tel désir sert de base à Faction, que les tours d'enfant peuvent contribuer à déterminer un caractère. Le rapport le plus important entre la culture morale et la formation du caractère est donc un rapport indirect, c'est-à-dire par lequel la culture morale prépare la voie à V instruction, qui vient pénétrer dans les pensées, les intérêts et les désirs. Toutefois, le rapport direct ne doit pas non plus être négligé, surtout chez des sujets moins mobiles et agissant avec une intention plus ferme. Mais la définition de Yéducation établie au début est, en elle-même, complètement vide de sens. La seule intention de former ne peut être comptée parmi les influences qui agissent immédiatement sur l'âme, au point de devenir une force capable de former réellement. Ceux qui montrent leur bonne çolonté en faisant une éducation aussi vide agissent, — s'ils ont affaire à des natures douces, — sans s'en rendre compte, par le spectacle qu'ils donnent : leurs soins tendres, inquiets, empressés, donnent à l'enfant observateur l'idée qu'une chose qui tient tant à cœur à une personne révérée doit être bien importante ! Qu'ils veillent seulement, dans ce cas, à ne pas gâter ce spectacle par d'autres moyens, à ne pas étouffer le respect par trop d'ardeur ou de mesquinerie, ou même à de pires égards, à ne pas prêter le flanc à la critique, aussi vraie que pénétrante, de l'enfant. A cette condition, il leur sera toujours possible de faire encore beaucoup pour les âmes facilement accessibles, sans qu'ils doivent se croire pour cela à l'abri d'erreurs plus grossières avec des natures moins complaisantes.