PARTIS OBJECTIVE ET PARTIE SUBJECTIVE DU CARACTÈRE 22J
d'ailleurs, — on cherche à prévenir les vices de caractère qui se manifestent à Fextéricur. Car, bien que l'action de cette influence soit puissante, elle ne peut pourtant pas empêcher que de temps à autre, dans le cours prolongé des périodes d'éducation qui restent à parcourir, les instincts cachés sous les bons enseignements reçus ne paraissent, et ne produisent alors parfois d'étranges anomalies. Cependant, il ne reste à la morale rien d'autre à faire, si elle veut agir directement sur les hommes, que de s'adresser à l'élément subjectif de la personnalité, aûn que celui-ci s'essaye alors sur la base objective et voie ce qu'il peut faire.
9. Mais une telle marche ne convient nullement à ïéducaiion. On sait en effet que les hommes inventent après coup leurs maximes suivant leurs penchants, pour jouir de la commodité d^un droit consacré par l'habitude : ce fait, aussi ordinaire que naturel, montre que Yéducation doit consacrer spécialement son attention à la partie objective du caractère^ qui s'élève et se forme assez lentement sous ses yeux et sous son influence ! Si celle-ci est la première établie, on peut alors espérer de bons résultats de Faction régulatrice d'une bonne morale ; et la partie subjective devra encore, à la vérité, fournir la dernière sanction du caractère disposé naturellement à être moral, et achever de le redresser et de le perfectionner, mais elle n'aura aucune difficulté à le faire.
i&U3?4i ^^' ^^^ groupes d'idées diflerents produisent des couloirs
différents, ce qui explique la peine qu'on éprouve à mettre d'accord les volontés multiples.
Chaque groupe d'idées pouvant renfermer un i^ouloir diflerent, il arrive que ces couloirs s'accordent ou ne s'accordent pas entre eux. Et comme, en outre, l'homme existe et réside surtout dans son vouloir, il se commande à lui môme, décide sur lui-môme.
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essaye de se dominer lui-môme. Dans ces essais, il se prend de plus en plus lui-mùme comme objet d'observation. Cette partie de son vouloir, qu'il trouve déjà existante au moment où il s'observe lui-même, nous l'appelons la partie objectii'e du caractère. Par contre, ce nouveau vouloir qui ne prend naissance qu'au moment où il s'observe lui-même, et par cette observation, s'appellera, pour se distinguer de l'autre, la partie subjective du caractère.
Cette dernière partie ne peut atteindre qu'à l'âge mûr son développement complet; toutefois, son existence commence à se révéler dès Tûge de l'enfance, et se manifeste ordinairement chez l'adolescent par un développement rapide, bien que d'une manière et avec une intensité toutes différentes suivant les individus.
II. L'éducateur aura donc une double tâche : celle d'observer et de diriger d'une part la partie objective, de l'autre la partie subjective du caractère. Celle-là renferme le tempérament, l'inclination, l'habitude, les désirs, les passions ; celle-ci comprend le degré de franchise ou de ruse de l'élève, et sa manière habituelle de raisonner.
la. On peut en général considérer comme avantageux pour la formation du caractère que l'enfant reste égal à lui-môme dans son vouloir et ne soit pas poussé par des fantaisies et des caprices. Cette égalité qui n'exige aucun effort peut être désignée par l'expression : mémoire de la volonté.
Si l'individu possède cet avantage naturel, la partie objective du caractère arrive facilement à se mettre en harmonie avec elle-même. L'enfant sait alors que parmi les circonstances multiples où il vient à soujffrir, à désirer ou à agir , les unes imposent aux autres des limites restrictives, — cpi'il faut, par exemple, bien souvent souffrir pour pouvoir avoir ou faire ce qu'on voudrait, que les occupations auxquelles on se livre volontiers ne produisent pas toujours le profit qu'on voudi^ait avoir, etc. Lorsque ceci est suffisamment clair pour l'enfant, il en
MÉMOIRE DE LA VOLONTÉ 2ag
vient bientôt à concevoir quelles sont les choses qui lui importent plus ou moins : il choisit, et son choix est le plus souvent concluant au point de vue du caractère, et tout d'abord de la partie objectwe de ce dernier.
Une fois que la partie subjective du caractère arrive à sa maturité, alors naissent successivement les intentions, les maximes, les principes auxquels se rattachent les déductions, les conclusions, et les motifs d'action.
Pour faire valoir ces motifs, il faudra souvent lutter. La faiblesse ou la force du caractère, dépendra de l'accord plus ou moins pai'fait de ses deux parties. La moralité doit être au fond de l'une et de l'autre, sinon la force du caractère n'est même pas une chose désirable.
MÉMOIRE 1>E LA VOLONTÉ. — ChOIX. — PRINCIPES. — LuTTE
7^*5 ^A*'/ ^^* ^^ y ^ ^"^ certaine disposition à la fermeté de caractère,
i^io-i9. q^ç Y^i^ remarque déjà de bonne heure, et dont je ne puis mieux exprimer la manifestation qu'en l'appelant mémoire de la volonté.
14. J'éviterai ici tout développement psychologique sur les phénomènes qu'on a esUimpillés des noms de mémoire^ àe faculté de souvenir y etc., comme s'ils supposaient une activité ou même une force spéciale. Je m'étonne toutefois qu'on n'ait pas parallélisé avec plus de soin la pei^sistance de nos idées avec celle de notice vouloir, qui constitue, pour le caractère, la base essentielle de sa partie objective,
i5. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'un homme dont la volonté ne se montre pas, à l'instar des idées conservées par la mémoire, et sans autre intervention, toujours la même chaque fois que la même occasion se reproduit, et est obligée de se
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reporter d'abord par la rt^flcxion à la résolution précédente, aura beaucoup de peine à avoir du caractère. Et c'est précisément parce que chez les enfants la persistance naturelle de la colonie fait si souvent défaut, que l'éducation a tant à faire.
i6. Les choses auxquelles s^applique la volonté peraistante, — qu'il s'agisse de choses résolues ou rejetées, — constituent la partie objective du caractère. Mais cette partie constitutive offre une certaine diversité, et toutes les choses ne sont pas voulues avec la môme fermeté et la même force. Il y a dans le vouloir des gradations qui sont déterminées par le choix; or le choix consiste à préférer et à rejeter. Pour celui qui le fait sans détour, chaque chose a un prix limité, et aucun objet, à part le sublime seul, ne peut remplir Ta me d'aspirations sans bornes. Les penchants ont une composition fixe, et ce ne sont précisément que les proportions différentes de quantité qui se trouvent dans cette composition, ([ni font la distinction entre les caractères ; à part cela, les hommes ont à peu près, en somme^ les mOmes penchants *. D'ailleurs, l'estimation de ces différences ne peut avoir lieu, cela saute aux yeux, que d'après des mesures qui varient avec les individus. Mais il est indispensable qu'elle ait lieu pour que le caractère se consolide. Il faut que nous sachions à quel point nos désirs nous sont chers. Il faut que les petites choses se détachent du reste, et disparaissent devant les plus grandes et les plus importantes.
17. Lorsque l'esprit intervient comme intelligence^ pour se considérer lui-môme et considérer les objets de sa volonté, il importe de voir à quel point l'élément subjectif de la personnalité sait rester indépendant de l'élément objectif Un goût pur
I. « En somme, il y a enlrc les caractères peu de difTérencc spécifique : tous sont susceptibles d'éprouver tous les penchants, au moins dans une certaine mesure. Il n*y a que les penchants qui dépendent d*un jn^ement supérieur et supposent certains talents, certaines situations, en un mot des circonstances extérieures, qui puissent faire complètement défaut .» (Aphorismes, § i5o). Voir encore sur le caractère en général les Aphorismea, ^ i48-i56.
CHOIX, PRINCIPES, LUTTE 33l
porterait un individu à émettre un jugement aussi intègre sur luimême que sur un étranger; au moins dans ce cas, la partie subjectiçe du caractère serait et resterait purement morale, en dépit de tout désaccord avec la partie objective. — Mais ordinairement, Thomme qui se considère lui-même ne cherche qu'à exprimer sa propre personnalité. Or, comme il est surtout question ici du caractère, nous pouvons parfaitement négliger de rechercher à quel point cette propre expression de la personnalité peut s'éloigner de la loi morale.
i8. L'effort qu'on fait pour se concevoir soi-même a le même effet immédiat qu'un effort par lequel on voudrait s'affermir : car il contribue à faire ressoi*tir encore davantage, dans la conscience, l'élément le plus ferme devant le moins ferme. L'homme parvient ainsi aisément à une certaine sorte d'unité avec lui-même, qui donne un sentiment d'aise assez puissant pour dominer la critique intérieure. De cette façon, les points saillants de Vêlement objectif s'élèvent à la hauteur de principes dans la partie subjective du caractère, et les penchants dominants se trouvent alors légalisés.
19. Mais cette contemplation de soi-même d*où résultent les principes rend encore d'autres services à l'affermissement intérieur. L'individu ne peut se concevoir qu'avec ce qui l'entoure, et il ne peut concevoir ses penchants qu'avec leurs objets. Pour peu qu'on sache raisonner théoriquement avec quelque force, on verra aussitôt qu'outre ces principes il faut tenir compte également de la variabilité des circonstances qui doivent en régler l'application. L'homme apprend à se déterminer d'après des motifs ^ à se rendre à des raisons ; c'est-à-dire qu'il apprend à rapporter chaque fois aux principes majeurs qu'il a adoptés les principes mineurs que le temps vient précisément apporter, et à mettre alors seulement en pratique les conclusions qui en résultent. Cette propriété du caractère, je l'appelle motivité; et elle doit être liée directement à la fermeté des principes.
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ao. Mais Vêlement objectif de la pei*sonnalité ne peut jamais être renfermé complètement dans les principes. Chaque individualité est et reste un caméléon , d*où il résulte que chaque caractère se trouvera parfois engagé dans une lutte inténeure. C'est dans cette lutte qu'éclate la force de Thomme, et peutôtre sa vertu ; mais alors la santé morale est en péril, et même aussi, en lin de compte , la santé physique. Aussi y aurait-il quelque i*aison de désirer qu'il n'y eût point de lutte. Mais ce n*est pas à une fausse morale cpii enseignerait qu'il ne faut pas lutter, qu'il est donné de supprimer la lutte. Celle-ci peut au moins être adoucie grâce aux mesures préventives de V éducation.