Cf. I, VI : « L'heure des parlements, danp:ereuse
i. Livre l, ch. xlvui.
5. Voy. par ex. son ju^^ement sur César, livre II, ch. xxxni.
MONT. EXT. DES ESSAIS
c'est surtout, vers la carrière diplomatique, semble-t-il, qu'il devait se sentir attiré : le rôle de pacificateur des discordes publiques, qu'il avait vu jouer si noblement à La Boétie, ne dut-il pas tenter son esprit si ami de la conciliation et du juste milieu? Cette connaissance des hommes, qui devint la stérile consolation de sa vieillesse, ne rêva-t-il jamais de la faire servir à sa gloire et aux intérêts de son pays, dans des fonctions qui' lui eussent permis,, en le mêlant à de grandes affaires, en faisant porter ses observations sur des exemplaires choisis de l'humanité, de l'étendre et de l'enrichir singulièrement? Que signifieraient ses assiduités auprès des princes, se? longs séjours à la cour, s'il n'eût prétendu en tirer aucun profit? Comment s'expliqueraient ces boutades découragées à propos des princes, si les princes ne lui avaient rien refusé*, et surtout ces accès d'aigreur, de mécontentement des hommes et des choses, si la vie (qu'il avoue pourtant lui avoir été douce) avait rempli tout son progi^mme? Ceux qui eussent pu l'employer le jugèrent-ils trop franc pour être bon diplomate? Se défièrent-ils de cette extrême « sociabilité » qui lui faisait « regarder autant au plaire qu'au profiter?^ )) Ce qui est certain, c'est qu'il ne fut mêlé, avant sa mairie, qu'à des affaires de très médiocre importance ; ce qui ne nous le paraît guère moins, c'est qu'il en souffrit, ayant rêvé d'être autre chose que le châtelain de Montaigne, et même, quelque étonnant que cela puisse paraître, que l'auteur des Essais : son livre finit par devenir l'enfant chéri où il se complut davantage à mesure qu'il s'y retrouva plus complètement; mais il avait commencé par être le remède d'une oisiveté péniblement acceptée, le confident d'espoirs et d'ambitions déçues, la consolation enfin d'un solitaire malgré lui qui se résignait à « faire des -Essais » pour n'avoir point réussi à a faire des effets ».
1. « Ils me donnent prou, s'ils ne m'ôlent rien, et me font assez de bien quand ils ne me font pas de mal. C'est tout ce que j'en demande. »
*£. On comprend que Charles IX ait hésité à lui confier des fonctions diplomatiques si, se « déchilfrant » à lui comme il devait le l'aire plus tard aux jurats de Bordeaux (voy. p. 514), il lui lit
cette singulière profession de foi :
« Les gens du métier se tiennent les plus couverts..; moi, je m'offre par mes opinions les plus vives et par la forme plus mienne: tendre négociateur et novice, qui aime mieux faillir à l'affaire qu'à moi. » (Livre III, ch. ix). (]f. plus haut ce qu'il dit de la façon dont il veut qu'on jirenne les intérêts des autres.
^'OTICE BIOGRAPHIQUE.