LIVRE I
sance de tous les discours du monde de me déloger de la certitude que j'ai des intentions et jugements du mien S* aucune de ses actions ne me saurait être présentée; quelque visage qu'elle eût, que je n'en trouvasse incontinent le ressort. jNos âmes ont charrié- si uniment^ ensemble, elles se sont considérées d'une si ardente affection, et de pareille aff'ection découvertes jusques au fm fond^ des entrailles l'une à l'autre, que non seulement je connaissais la sienne comme la mienne, mais je me fusse certainement plus volontiers fié à lui de moi^, qu'à moi.
Qu'on ne me mette pas- en ce rang ces autres amitiés communes; j'en ai autant de connaissance qu'un autre et des plus parfaites en leur genre : mais je ne conseille^ pas qu'on confonde leurs règles; on s'y tromperait. Il faut marcher en ces autres amitiés la bride à la main, avec prudence et précaution : la liaison n'est pas nouée en manière qu'on n'ait aucunement à s'en délier : (( Aimez-le, (hsait Chilon", comme ayant quelque jour à le haïr; haïssez-le comme ayant à l'aimer. )) Ce précepte, qui est si abominable en cette souveraine et maîtresse amitié, il est salubre en l'usage des amitiés ordinaires et coutumières, à l'endroit desquelles il faut employer le mot qu'Aristote avait très-famiher : a 0 mes amis! il n'y a nul ami. » En ce noble couinierce, les oflices et les bienfaits, nourriciers des autres amitiés, ne nuh-itent pas seulement d'être mis en compte; cette confusion si phMue de nos volontés en est cause : car tout ainsi (juo l'amitié ipie je me porte ne i^x'oit point augmentation pour le secours que je me <lonne au besoin, (|uoi(pu^