‹ Principaux chapitres et extraits des "assais";Chapitre 245 sur 479 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

entra où il était le trouva en cet état, vivant encore, mais couché, et tout aiïaibli de ces coups. Pour employer le temps avant qu'il défaillît, on se hâta de lui prononcer sa sentence : laquelle ouïe*, et qu'il n'était condamné qu'à avoir la tète tranchée, il sembla reprendre un nouveau courage, accepta du vin qu'il avait refusé, remercia ses juges de la douceur inespérée de leur condamnation; qu'il avait pris parti^ d'appeler la mort, pour la crainte d'une mort plus âpre et insupportable, ayant conçu opinion, par les apprêts qu'il avait vu faire en la place, qu'on le voulut tourmenter de quelque horrible supplice ; et sembla être délivré de la mort pour l'avoir chaniiée...

Je vis en une saison en laquelle nous abondons en exemples incroyables de ce vice, par la licence de nos guerres civiles; et ne voit-on rien aux histoires anciennes de plus extrême que ce que nous en essayons tous les jours: mais cela ne m'y a nullement apprivoisé. A peine me pouvais-je persuader, avant que je l'eusse vu, qu'il se fût trouvé des âmes si farouclies, qui, pour le seul plaisir du meurtre, le voulussent commettre; hacher et délrancher les memhres d'autrui; aiguiser leur esprit à inventer des tourments iiuisités et des morts nouvelles, sans inimitié, sans proht, et pour cette seule lin de jouir du plaisant spectacle des gestes et mouvements pitoyables, des gémissements et voix lanientables d'un honnne mourant en angoisse. Car voilà l'extrême point où la cruauté puisse atteindre : ut homo homincni^ non irai us, non ti}nen6\ tantum spectaturus, occidut^. De moi, je n'ai pas su voir seulement, sans dé^ilaisir, poursuivre et tuer une bête innocente (|ui est sans défense et de qui nous ne recevons aucune olVense; et connue il advient* com-

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