‹ Principaux chapitres et extraits des "assais";Chapitre 266 sur 479 · LIVRE IL · texte numérisé non relu

LIVRE IL

ce qui n'est pas, et ce qu'il veut, le faux et le véritable, c'est un avantage qui lui est bien cher vendu et duquel il a bien peu à se glorifier : car de là naît la source des maux qui le pressent, péchés maladie, irrésolution, trouble, désespoir. Je dis donc, pour revenir à mon propos, qu'il n'y a point d'apparence d'estimer que les bêtes fassent par inclination naturelle et forcée les mêmes choses que nous faisons par notre choix et industrie. Nous devons conclure de pareils effets pareilles facultés, et de plus riches effets des facultés plus riches^ : et confesser par conséquent que ce même discours, cette même voie que nous tenons à ouvrer', aussi la tiennent les animaux, ou quelque autre meilleure....

Et si nous voulons prendre quelque avantage de cela même qu'il est en nous de les saisir, de nous en servir, et d'en user à notre volonté, ce n'est que ce même avantage que nous avons les uns sur les autres; nous avons à cette condition nos esclaves ; et les Climacides* étaient-ce pas des femmes, en Syrie, qui servaient, couchées à quatre pattes, de marchepied et d'échelle aux dames pour monter en coche? Et la plupart des personnages^ libres abandorment, pour bien légères commodités, leur vie et leur être à la puissance d'autrui; les femmes® des Thraces plaident à qui sera choisie pour être tuée au tombeau de. son mari. Les tyrans ont-ils jamais failli' de trouver assez d'honnnes voués à leur dévotion, aucuns d'eux ajoutant davantage^ cette nécessité de les accompagner à la mort comme en la vie? Des armées entières ^ se sont ainsi obligées à leurs capitaines. La fornuile du serment, en cette rude école des

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