Aveugler
croire que de rencontrer une chose incroyable. Elle est d'autant plus selon raison quelle est contre l'humaine raison. Si elle était selon raison, ce ne serait plus miracle, et si elle était selon quelque exemple, ce ne serait plus chose singulière. Melius sciiur Deusnesciendo, (lit S. Augustin*....
La participation que nous avons à la connaissance de la vérité, quelle qu'elle soit, ce n'est point par nos propres forces que nous l'avons acquise. Dieu nous a assez appris cela par les témoins ^ qu'il a choisis du vulgaire, simples et ignorants, pour nous instruire de ses admirables secrets. Notre foi ce n'est pas notre acquêt, c'est un pur présent de la libéralité d'autrui. Ce n'est pas par discours ou par notre entendement que nous avons reçu notre religion, c'est par autorité et par commandement étranger. La faiblesse de notre jugement nous y aide plus que la force, et notre aveuglement ^ plus que notre clairvoyance. C'est par l'entremise de notre ignorance, plus que de notre science, que nous sommes savants de divin savoir. Ce n'est pas merveille si nos moyens naturels et terrestres ne peuvent concevoir cette connaissance supernaturclle et céleste : apportons-y seulement, du nôtre, l'obéissance et la sujétion : car, connue il est écrit : (( Je détruirai la sapieuce des sages et abatti-ai la prudence des prudents. )) Où est le sage? Où est l'écrivain? Où est le disputateur de ce siècle? Dieu n'a-il pas abêti la sapience de ce monde? Car puiscjue le monde n'a point connu Dieu par sapience, il lui a plu, par l'ignorance et par la simplesse* de la prédication, sauver les croyants.
Or rien du nôtre ne se peut apparier ou rapporter, en quelque façon que ce soit, à la nature divine, qui ne
i. « L'ignorant arrive plus sii renient à Dieu. » (De ordine. II, 16.) CeUe cit. aj. en ir>95; les liy:nes précédentes {et si elle était... sin-
gulfère) en 1588.
ti. C.-à-d, les apôtres.