‹ Principaux chapitres et extraits des "assais";Chapitre 64 sur 479 · LIVRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I

gnon par quelque malicieuse déloyauté et tromperie. Ce sont pourtant les vraies semences et racines de la cruauté, de la tyrannie, de la trahison. Elles se germent là, et s'élèvent après gaillardement, et profitent à force* entre les mains de la coutume. Et est une très dangereuse institution 2 d'excuser ces vilaines inclinations par la faiblesse de l'âge et légèreté du sujet. Premièrement, c'est nature qui parle, de qui la voix est lors plus pure et plus naïve, qu'elle est plus grêle et plus neuve'; secondement, la laideur de la piperie^ ne dépend pas de la différence des écus aux épingles : elle dépend de soi. Je trouve bien plus juste de conclure ainsi : « Pourquoi ne tromperait-il aux écus, puis qu'il trompe aux épingles? )) que comme ils font : « Ce n'est qu'aux épingles : il n'aurait garde de le faire aux écus. )) 11 faut apprendre soigneusement aux enfants de haïr les vices de leur propre contexture^, et leur en faut apprendre la naturelle difformité, à ce qu'ils^. les fuient, non en leur action' seulement, n>ais surtout en leur cœur : que^ la pensée môme leur en soit odieuse, quelque masque qu'ils portent.., (Chap. XXII)

tromper en usant de finesse :

« Quelque fin que tu sois, tiens-toi pour affiné. » (Corneille, Place Roijnle. III, 2.) ï. Extrêmement.

Page 1