En sorte que
vin
Critique de divers abus.
Danger des innovations en matière politique.
Les lois de la conscience, que nous disons naître de nature, naissent de la coutume; chacun, ayant en vénération interne les opinions et mœurs approuvées et reçues autour de lui, ne s'en peut déprendre sans remords, ni s'y appliquer sans applaudissement*. Quand ceux de Crète voulaient, au temps passé, maudire quelqu'un, ils priaient les dieux de l'engager en quelque mauvaise coutume. Mais le principal effet de sa puissance, c'est de nous saisir et empiéter- de telle sorte, qu'à peine soit-il en nous de nous ravoir de sa prise et de rentrer en nous, pour discourir et raisonner de ses ordonnances^. De vrai, parce que nous les humons avec le lait de notre naissance et que le visage du monde se présente en cet état à notre première vue, il semble que nous soyons nés à la condition de suivre ce train *. Et les communes imaginations que nous trouvons en crédit autour de nous et infuses en notre âme par la semence de nos pères, il semble que ce soient les générales et naturelles : par où ^ il advient que ce qui est hors les gonds de la coutume, on le croit hors les gonds de la raison : Dieu sait combien déraisonnablement le plus souvent !
....Qui voudra se défaire de ce violent préjudice^ de la coutume, il trouvera plusieurs choses, reçues d'une
' 1. Celte phrase hardie ne se trouve pas dans les éditions publiées du vivant de l'auteur.
2. La métaphore est prise à la fauconnerie : empiéter (de en et yied) est proprement, en parlant du faucon, saisir sa proie entre ses ^rilfes.