‹ Principe d'une théorie mathématique de l'échangeChapitre 35 sur 109 · L. WALRAS · texte numérisé non relu

L. WALRAS

: Les capitaux proprement dits neufs n’étant autre chose que des produits, et la condition qui les concerne rentrant dans t le principe des frais de production, il reste, comme résultat principal de cette étude, la détermination du taux du revenu net conformément à la loi de l’offre et de la demande. Telle est la solution du problème de la capitalisation. D’ailleurs, ce taux étant une fois déterminé, les prix des terres et ceux des facultés personnelles se déterminent conformément à la même loi sur le marché des capitaux; ceux des terres suivant les équations

Pt = P t ' = -Ç-, P t " = 'WmM

et ceux des facultés personnelles suivant les équations'-

P Pv C^p 4- v p ) P ' — Vv ( /V H - V)

lp - 1 ’ 1 p t

P/ = Pp" — (/-p" + V') ^

La libre concurrence en matière de création de capitaux neufs au moyen de l’excédant du revenu sur la consommation constituant bien la résolution par tâtonnement des équations de la capitalisation telles que nous les avons posées, il s’ensuit que :

La capitalisation des épargnes par le crédit sur un marché régi par la libre concurrence est une opération par laquelle l’excédant du revenu sur la consommation se transforme en les capitaux neufs de la. nature et de la quantité propres à donner la plus grande satisfaction possible des besoins dans les limites de cette condition qu’il

95 SÉP. ÉQUATIONS DE LA CAPITALISATION BULL. 553 n’y ait qu’un seul taux du revenu net 'pour tous les services producteurs sur le marché.

Utilité effective maximum d’une part; unité de prix d’autre part, soit des produits sur le marché des produits, soit des services producteurs sur le marché de ces sert vices, soit du capital monnaie sur le marché de ce capital : telle est donc toujours la double condition suivant laquelle tend à s’ordonner de lui-même le monde des intérêts économiques, tout comme l’attraction en raison directe des masses et en raison inverse du carré des distances est la double condition suivant laquelle s’ordonne de lui-même le monde des mouvements astronomiques. D’un côté comme de l’autre une formule de deux lignes | renferme toute la science et fournit l’explication d’une multitude innombrable de faits particuliers.

Il est à peine besoin de dire que le principe de la proportionnalité des valeurs aux raretés à l’état d’équilibre . général du marché, et la loi de variation des prix d’équilibre en raison des variations des raretés provenant de variations soit dans les utilités soit dans les quantités possédées des produits ou des services producteurs, subsistent entièrement après comme avant la résolution des équations de la capitalisation. Mais, en revanche, le fait, que nous avons constaté en posant ces équations, de la non-augmentation dans la quantité des terres, en même temps que de l’augmentation possible dans la quantité des personnes et dans la quantité des capitaux proprement dits, au sein dlune société qui épargne et qui capitalise, a des conséquences extrêmement graves qu’il nous reste à formuler en quelques lois des plus importantes pour achever complètement cette esquisse d’une théorie mathématique de la richesse sociale. Ces lois

554 BULL. L. WALRAS SÉP. 96

seront celles de variation des prix dans une société progressive.

Nous avons fait abstraction des coefficients de fabrication cii i , Ci , dt ... ki , k i , k t ••• a^ , ôp, Cp, dp ...

, /dp, k" p ... «k , # k , cj r , d k ••• , £' k , k\ ... (/ k , ‘

& k / , c k , , d k / ... kv , k'\j , A/V ... a k " , 6 k » , c'J} , 4" ... £ k „ , /f/ k „ , /c" k » ... ou des quantités respectives des services producteurs (T) ... (P) ... (K), (K'), (K") ... qui entrent dans la confection d’une unité de chacun des produits (A), (B), (G) , (D) ... et de chacun des capitaux proprement dits neufs (K), (K'), (K") ... Nous avons expliqué pourquoi nous nous permettions de considérer momentanément ces quantités comme déterminées a priori tout en énonçant qu’elles n’étaient pas telles. En effet, elles ne le sont pas, ni quant à leur valeur, ni même quant à leur nature. Cette circonstance est décisive ; elle a une,:j portée considérable.

S’il fallait toujours des quantités fixes de rente d’es^f pèce (T) pour confectionner une unité de (A), de (B), de (G), de (D) ... de (K), de (K'), de (K") ... la multiplication de ces produits et de ces capitaux neufs serait absolu-j ment limitée par la quantité existante Qt des terres de cette espèce. Si, par exemple, il fallait toujours */4 de la rente annuelle d’un hectare de terre pour confectionner un hectolitre de blé, autrement dit si un hectare de terre ne pouvait jamais produire plus de 10 hectolitres de blé par an, la multiplication du blé serait absolument limitée par la quantité existante des terres susceptibles d’être emblavées. Mais chacun sait qu’il en est autrement. Grâce à la substitution du système des cultures alternées au système de la jachère, grâce à l’emploi des engrais, de machines labourant plus profondément ou plus menu, un

97 SÉP. ÉQUATIONS DE LA CAPITALISATION BULL. 555 hectare de terre peut produire annuellement un nombre de plus en plus grand d’hectolitres de blé. Et, généralement, on peut, dans la confection des produits et des capitaux neufs, faire entrer des quantités de plus en plus faibles de rente de terres, à la condition d’v faire entrer À des quantités de plus en plus fortes de profit de capitaux proprement dits. De là la possibilité du progrès.

Le progrès ne saurait consister en autre chose que dans £•. la diminution des raretés ou des intensités des derniers É; besoins satisfaits des produits chez une population croissante. Donc, le progrès est possible ou non selon que la multiplication des produits est possible ou non. Si la mulî tiplication des produits n’était possible que dans certai- 1; nés limites, le progrès ne serait possible que dans cer- ■ taines limites. Les raretés ne pourraient diminuer que ■; jusqu’à un certain point, la population restant la même; §5 ou la population ne pourrait croître que jusqu’à un certain point, les raretés restant les mêmes, ou les raretés ne ; pourraient diminuer que jusqu’à un certain point, la po- . pulation croissant elle-même jusqu’à un certain point. Si K la multiplication des produits est possible indéfiniment, le progrès est possible indéfiniment. Or la multiplication indéfinie des produits est possible en raison de la possi- : bilité de la substitution de plus en plus considérable, quoique jamais totale, du profit de capitaux à la rente f de terres dans la production. Deux cas sont à distinguer. Le cas où la valeur seule des coefficients de fabrication varie par diminution de ceux d’emploi de rente et augmentation de ceux d’emploi de profit. C’est ce que nous iv appellerons le progrès économique amené par l’épargne. Et le cas où la nature même des coefficients de fabrication vient à changer par intervention de certains services pro-

Page 1