‹ Principe d'une théorie mathématique de l'échangeChapitre 46 sur 109 · L. WALRAS · texte numérisé non relu

L. WALRAS

Dans ces conditions, des émissions de quantités respectives de 5, 10, 15, 20... milliards de billets de banque feraient passer le métal marchandise par des quantités de 3, 4, 5, 6... milliards de francs, le métal monnaie par des quantités de 3, 2, 1, 0... milliards de francs, la monnaie métallique et de papier par des quantités de 8, 12, 16, 20 ... milliards de francs et le prix de l’argent en blé par des quantités de 2.5, 1.66, 1.25, 1 ... livre le franc, le blé valant alors 0 fr. 40, O fr. 60, 0 fr. 80, 1 franc la livre, c’est-à-dire qu’elles doubleraient, tripleraient, quadrupleraient et quintupleraient le prix de toutes les marchandises. Une émission de plus de 20 milliards serait impossible par la raison que, dès que cette limite serait dépassée, le prix de l’argent monnaie tombant au-dessous de 1 livre de blé, tandis que le prix de l’argent marchandise se maintiendrait à 1 livre, on viendrait présenter des billets de banque au remboursement au lieu d’acheter de l’argent marchandise.

Il est donc bien certain que la monnaie de papier ne se substitue à la monnaie de métal que pour une partie seulement de la quantité émise; que, pour l’autre partie, elle s’ajoute à cette monnaie métallique et, par cette augmentation dans la quantité de l’intermédiaire d’échange, produit une dépréciation sensible de cet intermédiaire, soit une hausse sensible du prix de toutes les marchandises. Il est aussi certain d’ailleurs que si, à un moment donné, la monnaie de papier disparaissait, soit peu à peu, soit tout d’un coup, de la circulation, les billets de banque étant retirés par cessation d’escompte ou se présentant au remboursement , la quantité de l’intermédiaire d’échange diminuant, sa valeur tendrait à se relever et les prix de toutes les marchandises à fléchir dans une proportion exactement inverse.

7. La dépréciation des métaux précieux n’est pas le seul effet de l’émission des billets de banque ; il y en a un autre très important consistant dans une extension du crédit. En quoi consiste cette extension du crédit ? C’est ce que les économistes n’ont pas non plus très bien expliqué. Frappés de ce fait qu’imprimer des billets à vue, au porteur, avec vignettes, sur papier filigrané, n’est pas créer des bâtiments, machines, instruments,-outils, des matières premières et produits fabriqués, quelques-uns ont paru disposés à nier que l’émission des billets de banque permît d’obtenir un supplément quelconque de capital fixe ou circulant et à soutenir que leur seul résultat avantageux était d’amener la transformation d’une partie du métal monnaie en métal marchandise. Charles Coquelin, dans l’ouvrage dont nous avons parlé, s’avance pourtant un peu plus; mais ne voulant pas dire que l’émission des billets de banque multiplie la quantité des capitaux, il dit qu’elle multiplie leur emploi en permettant aux entrepreneurs de se faire du crédit entre eux sans en demander aux capitalistes. Ce ne sont là malheureusement que des mots vides de sens. Un entrepreneur ne peut pas à la fois prêter son fonds de roulement à un autre entrepreneur et continuer à l’employer lui-même; le capital qu’un entrepreneur prête à un autre entrepreneur, il doit l’emprunter de nouveau pour continuer ses opérations. Il faut aller plus loin encore que ne le fait Coquelin et énoncer que l’émission des billets de banque recule les limites du crédit en permettant aux banques et banquiers de prêter aux entrepreneurs sans emprunter aux capitalistes. En dehors de toute émission de billets de banque, les banques et ban-

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