L. WALRAS
SÉP. 12
quiers ne peuvent acheter des titres de crédit, et particulièrement des billets à ordre et lettres de change, aux entrepreneurs d’agriculture, d’industrie et de commerce qu’à la condition de revendre ces mêmes titres ou des titres représentatifs de ceux-là. Grâce à l’émission, les banques et banquiers représentent les effets de commerce par des billets de banque et ils remettent ces titres représentatifs aux entrepreneurs eux-mêmes qui les répandent dans la circulation en achetant les capitaux dont ils ont besoin. Il est donc incontestable que : — L’émission de billets de banque pour une certaine somme permet une augmentation dans la quantité du capital pour une somme égale. Sans doute, cette augmentation n’est pas effectuée par le fait seul de l’émission ; mais elle est, par ce fait, rendue possible. Il est bien de vouloir réfuter Law et les socialistes, mais il faut le faire autrement qu’en méconnaissant la part de vérité qui se trouve dans leurs systèmes et qui précisément les a induits en erreur. Il y a dans les Mille et une nuits un conte où l’on voit un magicien distribuer des pièces d’or qui, dans les tiroirs de ceux qui les reçoivent, se changent en feuilles sèches. Telle est exactement l’histoire des billets de banque. Eux aussi, à un moment donné, se changent parfois en feuilles sèches; et, de plus, jusqu’à ce moment fatal, comme ils jouent exactement le rôle de la monnaie métallique, leur création a exactement les mêmes effets qu’aurait la découverte par les banques et banquiers d’une somme égale de monnaie métallique dans leurs caisses. Cette somme étant prêtée par les banques et banquiers aux entrepreneurs, sa découverte aurait un double effet : d’abord la demande par les entrepreneurs d’un supplément de capital contre lequel ils l’échangeraient, et ensuite 1 augmentation dans la quantité de l’intermédiaire d’échange avec toutes ses conséquences. L’émission des billets de banque engendre les mêmes phénomènes. En quoi consiste donc
13 SEP. THÉORIE MATHÉMATIQUE DU BILLET DE BANQUE BULL. 565 la différence des deux situations? En deux points: d’abord en ce que la monnaie métallique aurait une valeur par ellemême, au lieu que les billets de banque représentent seulement la valeur des capitaux contre lesquels ils doivent être échangés, et ne valent plus rien le jour où ces capitaux euxmêmes n’ont plus de valeur; ensuite en ce que, après avoir prêté une première fois leur monnaie métallique, les banques et banquiers seraient en quelque sorte condamnés à la prêter indéfiniment, sous peine de laisser cette valeur oisive, tandis que la continuation du prêt en billets de banque est subordonnée à la bonne volonté du public.
8. Comme nous l’avons dit tout à l’heure, l’augmentation dans la quantité du capital permise par l’émission des billets de banque est seulement rendue possible, mais non pas effectuée, par le fait de cette émission. En un mot, l’échange entre un entrepreneur et une banque d’émission d’un effet de commerce à terme et à ordre contre un billet de banque à vue et au porteur, crée non pas un capital nouveau, mais une demande nouvelle de capital, et le capital 'lui-même reste à créer. Pour signaler complètement tous les effets de l’émission des billets de banque, sans les confondre avec les effets du crédit, il faut supposer d’abord le crédit se faisant sans émission de billets de banque, au moyen de dépôts faits par les capitalistes chez les banques et banquiers, puis supposer ensuite l’intervention de l’émission des billets de banque. Or, dans cette hypothèse, il y a, d’après ce qu’on vient de voir, une période d'émission pendant laquelle la production antérieure des produits consistant en revenus consommables et capitaux neufs est entièrement troublée. Durant cette période, la demande de capitaux neufs résultant de l’émission s’ajoute à la demande antérieure de capitaux neufs et de revenus consommables. Il en résulte une double conséquence : en premier lieu, la proportion de la production