‹ Principe d'une théorie mathématique de l'échangeChapitre 52 sur 109 · L. WALRAS · texte numérisé non relu

L. WALRAS

tion, et c’est l’augmentation dans la quantité du produit qui en fait baisser le prix. Or le taux de l’intérêt s’établit, comme le prix des produits, par la loi de l’offre et de* la demande, c’est-à-dire par la concurrence des banques et banquiers offrant le capital numéraire au rabais et des entrepreneurs d’agriculture, d’industrie et de commerce le demandant à l’enchère. Donc les banques et banquiers se borneront , eux aussi, à développer leur escompte, et ce sera seulement l’augmentation dans la quantité du capital qui fera baisser le taux de l’intérêt. Il est donc certain que : — Les banques et banquiers perçoivent, au taux réduit du revenu net, les intérêts du capital supplémentaire qu’ils se procurent et qu’ils mettent à la disposition des entrepreneurs par l’émission des billets de banque. Il n’y a aucune différence à cet égard, non plus qu’à tous les autres, entre l’émission libre et l’émission en monopole.

14. Il y a un autre élément du revenu social qui a changé. Le montant des capitaux proprement dits qui était K est devenu

Ainsi le terme K' diffère de — K en plus de — + F ( p ) P P

et en moins de —-Q a . On voit tout de suite que ces deux

éléments contraires de différence correspondent l’un à l’augmentation dans la quantité du capital et l’autre à la diminution dans la valeur de la marchandise monnaie. Gomme il n’y a aucune raison de supposer la différence en plus supérieure ou inférieure à la différence en moins, nous sommes

23 SEP. THÉORIE MATHÉMATIQUE DU BILLET DE BANQUE BULL. 575 autorisés, dans le doute, à les considérer comme se compensant à peu près l’une l’autre. C’est ce qui arrive dans notre exemple, puisque des émissions de 5, 10, 15, 20 milliards nous donnent des valeurs de K' égales à 119, 178, 237, 296

milliards alors que les valeurs de —K seraient de 120, P

180, 240, 300 milliards. Dans ce cas les capitalistes retrouvent, comme actionnaires des banques d’émission, presque exactement ce qu’ils perdent d’intérêts sur la location de la marchandise monnaie. Ainsi il ne reste, en ce qui concerne

le rapport de KV à que la légère différence prove¬

nant de l’abaissement du taux du revenu net de i à ï.

La baisse du taux du revenu net déterminée sur le marché du capital détermine, sur le marché des capitaux, une hausse correspondante du prix des terres et des facultés personnelles. Mais les conditions d’offre effective des services fonciers et personnels n’ont pas changé, ni les conditions de demande effective non plus, puisque nous venons de voir que le revenu des capitalistes n’était pas sensiblement modifié. Il est donc certain que le montant des fermages et des salaires nets s’élève exactement dans la proportion de la hausse des prix, ou que

Les conditions d’amortissement et d’assurance n’ayant pas été troublées davantage par le fait de l’émission des billets

Pa

de banque, on doit admettre aussi que s — ~ e -

Quant au montant réel du revenu social, c’est-à-dire à la quantité des produits composant ce revenu, on ne saurait admettre qu’il soit resté le même. Les entrepreneurs, trou-

yant une quantité plus considérable de capital à meilleur marché, peuvent fabriquer une quantité plus considérable de produits à meilleur marché. Il y a donc plus de produits à un prix relativement plus bas, c’est-à-dire à un prix inférieur à celui qui résulterait de la dépréciation du métal précieux; et c’est précisément la coïncidence de la quantité plus considérable et du prix relativement plus bas des produits composant le revenu social qui fait que le montant nominal de ce revenu n’a pas sensiblement varié, c’est-à-dire a augmenté en proportion à peu près inverse de la diminution dans la valeur de la marchandise monnaie, aussi bien en ce qui concerne le montant du revenu net qu’en ce qui concerne celui de l’amortissement et de l’assurance. Pour être scrupuleusement exact, et tenir compte de la baisse du taux du revenu net, il faut pourtant constater que les capitalistes reçoivent à peu près la même quantité de produits pour un montant un peu inférieur d’intérêts, et que ce sont les propriétaires fonciers et les travailleurs qui reçoivent une quantité plus considérable de produits pour un montant égal de fermages et de salaires.

De tout cela il résulte que : — La période d’émission des billets de banque une fois terminée , et le nouvel équilibre de Véchange et de la production une fois établi, le montant nominal du revenu social n’a pas tout-à-fait augmenté dans la proportion exacte de la hausse des prix résultant de la diminution clans la valeur de la marchandise monnaie, la différence en moins provenant de la baisse du taux du revenu net amenée par l’émission des billets de banque. Le montant réel de ce revenu a alors augmenté pour les propriétaires fonciers et pour les travailleurs, qui reçoivent une quantité plus considérable de produits à titre de fermages et de salaires, mais non pour les capitalistes, qui en reçoivent à peu près la m/iême quantité à titre d’intérêts.

25 SEP. THÉORIE MATHÉMATIQUE DU BILLET DE BANQUE BULL. 577 15. Ce principe nous permet de vider une question d’une importance capitale dans la théorie du billet de banque et que nous ne sachons pas qu’on ait nettement abordée jusqu’ici: celle de savoir si l’augmentation dans la quantité du capital permise par l’émission sera une augmentation dans la quantité du capital fixe consistant en bâtiments, machines, instruments, outils, ou une augmentation dans la quantité du capital circulant consistant en matières premières et produits fabriqués en vente à l’étalage. Comme les billets de banque sont des titres représentatifs de capital circulant, remis par des institutions de crédit à courte échéance à des entrepreneurs d’agriculture, d’industrie et de commerce en échange de billets à ordre et lettres de change, on est irrésistiblement porté à croire que c’est indubitablement une augmentation dans la quantité du capital circulant qui va avoir lieu par suite de l’émission des billets de banque. Mais il suffit, pour éviter cette erreur, de se rappeler que le fonds de roulement de la consommation et celui de la production sont déterminés par les conditions de cette consommation et de cette production, ainsi que par le montant du revenu social, et que, par conséquent, ces conditions et ce montant ne changeant pas, le montant du capital circulant ne changera pas non plus. Sans doute, pour produire un revenu social un peu supérieur en quantité, il faudra un capital circulant un peu supérieur en quantité; mais les prix des produits ayant relativement baissé, en raison de l’abaissement du taux de l’intérêt, cette quantité plus considérable de capital circulant correspondra, comme la quantité plus considérable du revenu social, à un montant nominal relativement égal, c’està-dire à un montant nominal augmenté en proportion inverse de la diminution dans la valeur de la marchandise monnaie. Ainsi : — L’augmentation dans la quantité du capital permise par l’émission des billets de banque se résout en

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