‹ Principe d'une théorie mathématique de l'échangeChapitre 53 sur 109 · L. WALRAS · texte numérisé non relu

L. WALRAS

une augmentation dans la quantité non du capital circulant, mais du capital fixe.

16. Charles Coquelin, dans son ouvrage sur Le crédit et les banques, a constaté cette influence de l’émission des billets de banque sur la demande de capitaux fixes.

« ... Il y a donc ici une certaine masse de capitaux qui se » déplace et qui doit chercher ailleurs son emploi. Que de- » vient-elle ? Le voici : une partie se porte à la Bourse pour » y chercher un placement sur les rentes publiques, dont » naturellement le taux s’élève ; une autre partie s’applique » à l’achat des bons du trésor et de toutes les valeurs pu- » bliques qui offrent une certaine sécurité. Néanmoins, » comme la somme de ces valeurs n’est pas élastique, qu’elle » n’augmente pas au gré de la demande, il reste toujours » une certaine quantité de capitaux disponibles qui cherchent » en vain leur placement. Parmi les propriétaires de ces ca- » pitaux, un certain nombre n’en trouvant pas l’emploi sur » l’heure, ou ne jugeant pas les emplois actuels assez avan- » tageux, déposent leur argent à la banque en attendant une » occasion. Ainsi, l’encaisse métallique de la banque se grossit » par le dépôt d’une partie des fonds qu’elle a déplacés...»

« ... Lorsque les émissions de la banque sont arrivées à » un certain degré, la masse des capitaux disponibles et cher- » chant un placement devient énorme, non pas, il est vrai, » dans toute l’étendue du pays, car il n’existe pas de moyens » réguliers pour les y répartir, mais dans tout le rayon sur » lequel la banque agit, et particulièrement dans la ville » même où elle siège. Il s’y manifeste un engorgement tel » qu’on ne sait plus littéralement que devenir avec ses fonds. » Les capitalistes petits ou grands se battent sur place ; toutes » les valeurs publiques s’avilissent 1 ; la Bourse nage dans

1 L’auteur a évidemment voulu dire : sont hors de prix.

27 SEP. THÉORIE MATHÉMATIQUE DU BILLET DE BANQUE BULL. 579 » l’or. Par une conséquence naturelle, l’afflux des dépôts à » la banque augmente toujours... »

« ... Il y a un moment où l’engorgement des capitaux de- » vient tel sur la place qu’il faut bien qu’on leur trouve un » emploi à tout prix. Les détenteurs ne peuvent pas se rési- » gner éternellement à n’en toucher aucun intérêt ou à ne » percevoir, au moyen d’un placement éventuel et précaire, » que des intérêts dérisoires de 2 y, à 3 p. 100. Ils appel- » lent donc à grands cris ces débouchés qu’ils ne trouvent » pas. Alors, c’est tout simple, les faiseurs de projets leur » viennent en aide, et le génie de la spéculation s’éveille. » « ... On imagine donc des plans gigantesques pour ouvrir » de larges débouchés à tous ces fonds inoccupés. Le premier » venu donne le branle, et tout le reste suit. De toutes parts, » de grandes entreprises sont projetées, tantôt pour l’ex- » ploitation de mines de houille, tantôt pour la construction » d’un vaste réseau de chemins de fer, quelquefois pour le » défrichement de terres incultes, ou bien encore, si c’est en » Angleterre que la scène se passe, pour l’exploitation en » grand des mines d’or et d’argent du Nouveau-Monde. » Tous ces projets sont accueillis avec transport. Il n’est pas » alors d’entreprise si grande dont on s’effraye; au contraire, » les plus vastes, les plus hardies sont celles qui ont le plus » de chances de succès parce qu’elles répondent le mieux au » vrai besoin de la situation. Les listes de souscription s’ou- » vrent et se remplissent en un clin d’œil \ »

L’auteur de cette belle page a deux torts. Il suppose cette demande de capitaux fixes se faisant d’une façon désordonnée, et il se figure qu’elle n’a lieu que dans le cas et en conséquence d’une émission de billets de banque effectuée en monopole. Il est vrai que neuf fois sur dix, et peut-être dix

Coqtjelin. Le crédit et les banques. Ch.VII, § 2. Crises commerciales.

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