‹ Principe d'une théorie mathématique de l'échangeChapitre 96 sur 109 · MN ['•V · texte numérisé non relu

MN ['•V

A présent supposons queiQo représenté par ^

demeurant constant, Q a représenté par PM augmente jusqu à une quantité représentée par ou diminue jusqu’à une quantité représentée par 7 r>". La figure montre que, dans le premier cas,

la quantité totale de l’or représentée par serait marchandise,

et que la circulation monétaire serait exclusivement desservie par l’argent, tandis que, dans le second cas, la quantité totale de l’argent représentée par^'y' serait marchandise, et que la circulation

monétaire serait exclusivement desservie par l’or. Elle montre aussi que, si Q a augmentait jusqu’à une quantité supérieure à wy, ou diminuait jusqu’à une quantité inférieure à «'y*, le prix de l’or restant égal à n' ou à w", tandis que le prix de l’argent deviendrait inférieur à w' ou supérieur à le rapport de la valeur de l’or marchandise à celle de l’argent marchandise serait supérieur à iù dans le premier cas et inférieur dans le second.

En voilà, je pense, assez pour montrer combien cette question du monométallisme et du bimétallisme n’a encore été que superflu ciellement étudiée, et pour mettre sur la voie les esprits qui voudront en faire une étude plus approfondie. Il faut absolument que du côté des économistes on renonce à objecter à M. Cernuschi pour toute réponse « qu’il est aussi difficile à l’Etat de maintenir un rapport fixe entre la valeur de l’or et la valeur de l’argent qu’entre la valeur du blé et celle du seigle. » Il est très facile à l’Etat de maintenir un rapport fixe entre la valeur de l’or monnaie et ia valeur de l’argent monnaie, et ce rapport, une fois institué, tend indirectement à s’établir entre la valeur de l’or marchandise et celle de l’argent marchandise. Mais il faut aussi que M. Cernuschi renonce à contester « que le métal monétaire puisse changer de valeur en changeant de forme » et à soutenir « qu’il y a identité constante entre la valeur du métal lingot, la valeur du métal numéraire, la valeur du métal bijou. » Cette identité de la valeur du métal marchandise et du métal monnaie, bien loin d’être constante, ne se maintient que par monnayage ou démonétisation de métal et cesse d’exister quand il n’y a plus de métal à démonétiser.

Au point de vue théorique, la méthode mathématique qui a été appliquée plus haut montre donc avec la dernière certitude que, comme je le disais dans ma note de 1876, « le système du double étalon n’est toujours que le système de l’étalon alternatif dans lequel le métal déprécié chasse plus ou moins le métal non déprécié de la circulation.» Je persiste à réserver d’abord la question de savoir si, même théoriquement, cet inconvénient n’est pas compensé par quelque avantage. Et je persiste également à réserver le point de vue pratique. Et pourtant, à ce dernier point de vue, je me permettrai de faire observer que les formules employées dans le présent travail, outre qu’elles éclairent le principe du bimétallisme, pourraient fournir le moyen de se rendre compte des résultats d’une application de ce système aux circonstances actuelles. Qu’aux fonctions ou courbes ci-dessus, arbitraires et indéterminées, on substitue, en tout ou partie, grâce à des données statistiques, des fonctions ou courbes à coefficients concrets, on pourra calculer approximativement les effets réels qu’aurait la

reprise du monnayage de l’argent sur le pied du rapport de 15 1/2 ou de tout autre rapport légal entre la valeur de l’or monnaie et celle de l’argent monnaie. A vrai dire, ce devrait être précisément la tache du congrès monétaire réuni en ce moment à Paris. On se propose, par l’adoption du 15 1/2 universel, de retirer du marché une quantité considérable d’argent marchandise pour la jeter dans la circulation sous forme d’argent monnaie. Cette opération aurapour effet de relever considérablement la valeur de l’argent marchandise ; mais elle aura aussi pour effet d’abaisser considérablement la valeur de l’or et de l’argent monnaie et d’amener la transformation d’une quantité considérable d’or monnaie en or marchandise. C’est ce que la figure 4 fait en quelque sorte toucher du doigt. Supposons que, dans le pays auquel se rapporte cette figure, une augmentation de la quantité d’argent ayant eu lieu après l’établisssement de l’équilibre, on ait empêché les effets naturels et nécessaires du rapport légal par la suspension] du monnayage de l’argent. En ce cas, la quantité de l’argent monnaie demeurant représentée par IM, et son prix demeurant représenté par OP, la quantité de l’argent marchandise sera représentée par P'I', et son prix sera représenté par OP'. Qu’alors on reprenne le monnayage de l’argent, les effets du rapport légal se produiront par la superposition des deux lignes PT et IN et par le placement de la ligne totale en wV , entre les points P et P'. Il est évident que, dans cette combinaison, le monnayage d’une certaine quantité d’argent aura pour contre-partie la démonétisation d’une certaine quantité d’or, et que le relèvement du prix de l’argent marchandise de OP' à OT aura pour contre-partie l’abaissement du prix de l’argent monnaie de OP à OT et du prix de l’or marchandise et monnaie de «OP à wO^'. Si des chiffres concrets étaient propres à faire encore mieux saisir l’enchaînement des phénomènes, voici quels seraient ceux relatifs à notre pays et à notre figure. A l’état d’équilibre résultant du rapport légal 10, la quantité totale d’argent, OA = PM = 5 milliards de demi-décagrammes, se partage en PI = 2 milliards d’argent marchandise et IM = 3 milliards d’argent monnaie ; et la quantité totale d’or, AB NM

= — = 433 millions de demi-décagrammes, se partage en

= 100 millions d’or monnaie et = 333 millions d’or marchandise. Le prix de l’argent en blé est de 5 livres, celui de l’or 1 est de 50 livres le demi-décagramme. Autrement dit, le blé vaut 0 fr. 20 la livre. La quantité totale d’argent augmentant alors de 2 milliards, et le monnayage de l’argent étant suspendu, la quan-

tité d’argent marchandise serait portée de 2 à 4 milliards; en conséquence de quoi, le prix tomberait de 5 à 1 1. 66 de blé le demi-décagramme. On pourrait alors acheter 1 d’argent marchan- 1.66 , ■ T

dise avec 0.33 — -g- |d argent monnaie. Le monnayage de l’argent

venant à être repris, 2 milliards 166 millions d’argent resteraient à l’état de marchandise, 1 milliard 823 millions passeraient à l’état de monnaie ; et, par contre, les 100 millions d’or monnaie seraient transformés en or marchandise. Le prix de l’argent marchandise serait élevé de 1 1. 66 à 41. 33 ; et, par contre, le prix de l’argent monnaie serait abaissé de 5 livres à 4 1. 33, et le prix de l’or marchandise et monnaie de 50 livres à 43 1. 33 de blé le demi-décagramme. En d’autres termes, le blé vaudrait alors = 0fr.23

la livre. On voit qu’il y aurait eu une hausse de 15 0/0 sur le prix de toutes les marchandises. La reprise du monnayage de l’argent qu’on prépare aura des effets analogues , et iJ ne serait peut-être pas superflu de mesurer à peu près la hausse des prix qui se produira et la quantité d’or qui restera dans la circulation une fois l’opération effectuée. Si le bénéfice à réaliser par la Banque d’Allemagne qui est un gros détenteur d’argent, par la Banque de France et par le gouvernement des Etats-Unis qui sont de gros débiteurs et qui aimeraient'mieux payer en argent qu’en or, par le gouvernement anglais qui est un gros négociateur de traites sur les Indes payables en argent, devait être obtenu trop au détriment de tous les créanciers, de tous les propriétaires fonciers, travailleurs, fonctionnaires publics, capitalistes, rentiers, dont les fermages, salaires, traitements,'intérêts, arrérages, ont été fixés d’après la valeur actuelle de la monnaie, trop au détriment de tous les consommateurs qui vont voir s’élever le prix de toutes les marchandises, il ne vaudrait pas la peine d’instituer un soi-disant bimétallisme qui ne serait peut-être, en définitive, qu’un monométallisme-argent. Mais il est bien douteux que la statistique, plus que l’économie politique, permette encore de réduire ainsi la part du hasard au profit de la part du calcul dans la politique monétaire.

Paria. — lmp. A. Parent (Davy, successeur), rue Monsieur-le-Prince, 29-31.

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