AU COURS DU XIX® SIÈCLE
Malthus avait déclaré que la misère était le résultat inévitable d’une loi naturelle. Vouloir la supprimer autrement que par la pratique difficile d'une austère vertu eût été compromettre davantage un idéal de bon-
heur social que la providence avait elle-même limité.
Par la bouche de Godwin, le socialisme avait répondu que la misère ne résultait que des institutions humaines, et qu'un effort d’altruisme pouvait la faire disparaître sans retour.
Fallait-il être optimiste avec l’un ou rigoriste avec l'autre ? La question ainsi posée devait passionner et passionna les esprits au cours du xix° siècle, et la liste serait longue des écrivains qui ont abordé ce sujet. Dans l'impossibilité de passer ici en revue détaillée des controverses demeurées longtemps sans résultat appréciable, contentons-nous de remarquer que des intransigeances les plus absolues et les plus opposées, on en est venu peu à peu à de mutuelles concessions et que, dans cette voie, le plus grand pas a été fait par les partisans du malthusianisme.
Au début, il est vrai, « des malthusiens, exagérant, comme d'habitude, la théorie du maître ou, pour mieux dire, ce qu'il y avait de faux dans cette théorie, imaginèrent toutes sortes de moyens révoltants ou bizarres pour empêcher le débordement toujours imminent de la population. Un philanthrope anglais d'une haute célébrité, au dire de P. Rossi, proposait dans une publication signée du pseudonyme de Marcus, de soumettre les nouveau-nés à une asphyxie sans douleur (painless extinction) ; un écrivain allemand, M. Weinhold, conseiller de régence de Saxe, donnait la préfé-
rence au procédé employé pour obtenir les chanteurs