LE MALTHUSIANISME AU XIX® SIÈCLE
Ces altaques, Godwin les avait toutes ébauchées, mais sans en préciser aucune. Il eut. de nombreux successeurs : « De Pierre Leroux à Henry George, dit M. Loria, de Marco à Kautsky, de Proudhon à Engels, tous les coryphées de l'école socialiste ont essayé contre le curé d'Hayleybury leurs flèches philosophiques (1}. »
A part Karl Marx, sur lequel nous reviendrons, et dont la théorie à ce sujet est aujourd’hui bien compromise, ces « coryphées » se revélèrent surtout fantaisistes ou pamphlétaires, et laissèrent la question principale au point à peu près où ils l'avaient trouvée. P. Leroux inventa le fameux système du « circulus », dans lequel toute crainte est écartée, puisque « chaque homme produit assez d'engrais pour assurer sa subsistance ! » Proudhon, après avoir combattu Malthus et réfuté aussi les adversaires de ce dernier, en arriva à conclure plus rigoureusement que lui, de sorte que l'économiste le plus malthusien signerait des deux mains plusieurs belles pages de son livre des Contradictions (2). Et c'est dans le même livre, trop bien nommé, qu'on lit la phrase célèbre : « Qui viendra me dire que le droit de travailler et de vivre n’est pas toute la révolution ? — Qui viendra me dire que le principe de Malthus n’est pas toute la contre révolution ? »
Ainsi s'étaient prolongées les controverses au cours
(1) M. Loria, Morphologie sociale. Conférence sur la population. (2) Joseph Garnier, Principe de population, p. 199.
du x1x° siècle sans d’ailleurs aucun résultat appréciable, quand un très intéressant article écrit par un savant allemand, M. Julius Wolf, auteur de la Socialismus und kapitalistische Gesellschaftsordnung », vint don-
ner un tour nouveau à la question.