CHAPITRE II
I. Ce que M. Wolf pense des principales critiques élevées contre Malthus. — II. Ce qu'il conserve du malthusianisme, — III. Ce qu’il rejette de malthusianisme, pour formuler sa nouvelle loi de la population.
D'une main habile, M. Julius Wolf met de l’ordre en cette mêlée d'opinions, au début d’un article récent et très remarquable sur « une nouvelle loi de la populaton » (1).
Il range les adversaires de Malthus en trois groupes : ceux qui tiennent la loi de Malthus pour la loi « de la société bourgeoise » ; ceux qui l’estiment fausse « quant aux subsistances » ; elenfin ceux qui « prétendent qu’en raison de l'augmentation du bien-être et du développement psychique de l’homme, la natalité a subi une réduction qui ne permet pas de soutenir celte assertion d’une tendance de la population à s’accroître en progression géométrique ».
Cette classification comprend, outre les systèmes que
nous venons d’énumérer brièvement, divers essais d'ex-
(1) Revue d'économie polilique, 1902, n° 6.
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plication psycho-physiologique du mouvement de la population, et de plus la théorie neuve et importante d’un économiste allemand à tendances socialistes, M. le D" Oppenheimer, que nous réservons pour un plus complet exposé, d'autant que cette théorie s’est précisée tout récemment sous forme de réponse à l'article de J. Wolf.
M. J. Wolf, en commençant, nous déclare que, tout en repoussant ces divers systèmes érigés contre le malthusianisme, il fait lui-même « opposition à Malthus, mais à un quatrième point de vue... » C'est qu’en effet sa théorie nous présente l'aboutissement de l'idée malthusienne, mais enrichie de l'expérience et corrigée par la critique de tout un siècle, et combien transformée !
La loi de la population,selon lui,doit s’'énoncer ainsi :
«La possibilité d’accroissement de la population (non la tendance à augmenter) est en contradiction avec la non-augmentation de la terre, avec l'existence limitée de terres fertiles, avec le rendement limité du travail (et du capital) appliqué à la terre, c’est dire qu’en présence de ces faits l’homme ne peut s’accroître indéfiniment sous peine de voir les subsistances être insuffisantes et d'occasionner la misère pour un grand nombre. Dans les pays peu développés, cette contradiction ne se remarque pas, la tendance se confond avec la possibilité d'accroissement. À un degré de développement plus avancé, 1l se produit une séparalion entre ces deux fac-
leurs, la tendance (physiologique) décrott de plus en
plus jusqu'à une certaine limite, variable,mais au-dessous de la possibilité( physiologique) d'accroissement. »
Nous allons essayer de montrer :
Ce que M. Wolf pense des DA cri in élevées contre Mathus ;
Ce qu'il conserve du malthusianisme :
Ce qu'il rejette du malthusianisme, pour formuler sa nouvelle loi de la population
J, Wolf tient pour fausses les trois théories anti-malthusiennes qu'il vient de nous indiquer :
1° La théorie biologique soutenue particulièremént par Herbert Spencer et son école, d'après laquelle la décroissance de la natalité est une conséquence « de transformations physiologiques » qui se produisent peu à peu chez l'homme. Wolf considère cette théorie comme une simple hypothèse, « qui n’a jamais pu être justifiée ».
Il s'appuie à ce propos sur les conclusions données par le docteur Goldstein {Bevoelkerungsprobleme und Berufsgliederung in Frankreich, Berlin, 1900) : « En recherchant la cause de la décroissance rapide de la natalité en France, on remarque tout d’abord...que cela ne tient pas à une dégénérescence physique, mais à ce que les Français ne veulent avoir que peu ou pas d’en-
fants.. » — et sur les conclusions semblables données
pour l'Allemagne à la suite d’une enquête dirigée par le « Deutscher Sittlickkeitsverein ».
20 La théorie socialiste (particulièrement marxiste) d'après laquelle la loi de Malthus est la loi de la société bourgeoise, concordante avec le régime du salariat. L'opinion de Marx est que « toute société a sa loi, de la population particulière ». Wolf n’y contredit pas, mais prétend démontrer que « la société bourgeoise a, elle aussi, sa loi variable ». « 11 est faux, selon lui de prétendre que c’est seulement à des systèmes économiques différents que correspondent des lois de population différentes ; en effet, à un système économique peuvent correspondre plusieurs lois de la population, et réciproquement à différents systèmes économiques peut ne correspondre qu’une loi de la population. »
3 La théorie socialiste optimiste suivant laquelle «les moyens d'existence s’accroissent plus rapidement que la population, et cela parce que la double loi de Malthus est fausse quant aux subsistances » (théorie ébauchée jadis par Godwin, mais soutenue avec beaucoup plus de précision par le D'F. Oppenheimer dans son récent ouvrage : Das Bevolkerungsgesetz des Maltusand der neueren Nationalskonomie). Cette théorie suppose, ainsi que les faits ont permis de le constater, que la population reste en tout cas fort au-dessous du niveau que lui assignait la loi de Malthus, mais elle n'y insiste pas, estimant que si la surpopulation (rupture
du rapport d'égalité entre la population et les subsistan-
ces) n’est point à craindre, c'est Lout simplement parce que la loi du rendement non proportionnel, même reconnue exacte, est en tout cas largement compensée (überkompensiert) par d’autres circonstances, une densité de population croissante élevant la productivité du travail. Il ne faut donc pas invoquer la surpopulation pour expliquer la misère sociale, qui tient en réalité à des causes toutes différentes.
Wolf combat cette théorie en affirmant l'exactitude de la loi du rendement non proportionnel, et en rappelant qu'elle est inéluctable, parce qu'aucun progrès
dans l'industrie ne saurait la compenser.
Le grand argument mis en avant par les adversaires du « rendement non proportionnel » est le suivant : On a constaté au cours des siècles et particulièrement au siècle dernier une amélioration constante «des conditions d'existence, amélioration incompatible avec la loi du rendement non proporlionnel, car si celle-ci était exacte, non seulement les peuples n'aurait pu progresser en bien-être, mais le niveau général de la vie, le «standard of life » n'aurait pu se maintenir.
Wolf admet comme certain « qu'il y a eu une amélioration des conditions d'existence, mais qu'étant don-
nées les circonstances dans lesquelles elle s’est produite,
cette amélioration n’est nullement opposable à la théorie de Ricardo adoptée par Malthus.
Doit-elle être en effet « attribuée à l'exploitation de nouveaux domaines (Amérique du Nord, Amérique du Sud, etc.) et non à une hausse de la productivité du travail dans les pays anciens » ? Dans ce cas elle ne peut plus être invoquée contre Malthus, dont la loi, ainsi
qu'il nous en avertit lui-même, ne s'applique que dans
les pays entièrement exploités.
Quant à l'attribuer à une productivité plus grande du travail des campagnes dans les pays anciens, Wolf démontre que c’est impossible. En effet, d'après les chiffres les plus récents qu'il ait pu recueillir (et sur lesquels du reste il est d'accord avec M. le D' Oppenheimer), « 1l faudrait dire que le rendement moyen de la culture des céréales en Europe s'est élevée au siècle dernier tout au plus en proportion du nombre des individus, mais est plutôt resté au-dessous qu'au-dessus ». Ainsi la récolte des blés, qui avait été en 1871-1875 de 110 kilos par tête pour l'Europe Occidentale, et de 90 kilos par tête pour l'Europe Orientale, ne se serait élevée en 1891-1895 qu'à 94 kilos pour l'Europe Occidentale, et 115 kilos pour l'Europe Orientale, soit une diminution de 16 kilos pour l'Europe Occidentale, el une augmentation moyenne seulement de 9 kilos par lête, tandis que la récolte des seigles se serait partout baissée et aurait diminué en moyenne de 8 kilos par tête.
« D'après ces chiffres, il est manifeste qu'aujourd'hui comme autrefois la productivité du travail agricole a ses limites ; autrement dit la loi du rendement non proportionnel est exacte. Sans doute en certaines circonstances une dépense de travail double peut donner un produit double... mais il y a cependant une limite au delà de laquelle tout supplément de récolle coûterait beaucoup: plus quilne vaudrait. »
Il ne faut done pas considérer que l'amélioration constatée ait une durée certaine, ni surtout qu'elle doive être indéfinie, car si « l'exploitation de continents nouveaux a donné une vigoureuse impulsion à l'industrie et amené une surproduction des moyens de subsistances. », « la mise en culture de terrains neufs et fertiles dans la zone tempérée est aujourd’hui un fait accompli.v< La terre est entièrement exploitée, par suite la loi du rendement non proportionnel n’en a que plus de valeur. »
Par ailleurs il est impossible d'espérer, — el c'est une question qui à été maintes fois tranchée, — que les rendements croissants de l'industrie puissent jamais, comme le soutient le socialisme, annihiler cette lot, car «les industries ne créent pas de moyens de subsistance ; au contraire, malgré la meunerie,la brasserie, la distillerie et la fabrication du sucre, abstraction faite des
transports qui peuvent certainement atténuer et peut-
être actuellement compenser duisent que des objets de
la loi du rendement non
proportionnel, elles ne pro
conforL.
à L ï ; ” ; Su 158 DEUXIÈME PARTIE. -— SECTION I. — CHAPITRE II
Le rendement non proportionnel : tel est le premier point essentiel du malthusianisme qui est conservé par J. Wolf. Car, bien que celte loi ne soit nulle part invoquée par Malthus dans ses termes précis, 1l est évident que la théorie malthusienne de l'accroissement disproportionné de la population et des subsistances n'en est qu'une expression différente.
C'est ce qui nous fait dire qu'en. défendant la loi du rendement non proportionnel, Wolf garde un des points essentiels du malthusianisme.
Aussi en conserve-t-1l naturellement la conséquence, qui est le caractère nalurel du fait de la surpopulation, entraînant à sa suite la misère. Car admettre que tout accroissement de population n’entraîne pas à sa suite un accroissement de subsistance proportionné, c'est admettre nécessairement que la population peut un jeur ou l’autre dépasser les subsistances. La liaison des deux idées est trop étroite pour avoir échappé à aucun partisan comme à aucun adversaire de Malthus : c’est le rendement proportionnel que Godwin combattait en essayant de montrer que chaque homme est susceptible de produire une plus grande quantité de subsistances qu'il n'en faut pour sa consommation propre ; c’est sur le rendement proportionnel que nous verrons porter tout l'effort, beaucoup plus précis et plus dangereux, du nouveau socialisme personnifié par M. le D' Oppenheimer.
Wolf va plus loin et suit Malthus dans sa conceplion
Ë ; : à Ü LA THÉORIE DE JULIUS WOLF 199
d'un développement possible illimité de la population :
« Pour Malthus la loi de la population humaine n’est qu'un cas particulier de la loi générale de la procréation animale et végétale qu'il désigne comme « {he constant tendency in all animated life to increase beyond the
nourishment prepared for if ». Son point de départ est
la loi du D' Franklin : « S'il n’y avait à la surface de la
terre que du fenouil par exemple,à l'exclusion de toute
autre plante, au bout d’un certain nombre d'années toute la terre serait ensemencée et couverte de cette seule plante. De même s’il n'y avait sur la terre que
des Anglais, par exemple, à l'exclusion de tout autre
peuple, au bout d’un cerlain temps toute la terre serait
envahie par cette seule nation »... Ce que Malthus dit
1c1 est absolument vrai. . »
Mais, et c’est ici que Wolf se sépare de Malthus et: franchit le pas qui sépare ce que l’on pourrait appeler le nouveau malthusianisme de l’ancien, «... c’est absolumentvrai.. sauf dans les pays civilisés », ou plus exactement...« dans les pays civilisés cela a cessé d'être
vral ».
La différence capitale qui existe entre le malthusianisme proprement dit et la théorie de M, Wolf résulte de la distinction que fait ce dernier entre la « possibilité d’accroissement » et la « tendance à l’accroisse-
ment »,
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D'après lui la loi de Malthus ainsi exprimée : «... La population {end à s'accroître en progression géométrique » est fausse. « La population, nous dit-il, n’a celle tendance qu’à un degré économique peu avancé ; elle ne l'a plus à un degré de civilisation plus élevé. Sans doute, à ce degré,elle a toujours le pouvoir (potentz) de s'accroitre pour ainsi dire indéfiniment, mais pouvoir et tendance ne sont pas précisément identiques. Alors que le pouvoir montre la possibilité physiologique, la tendance est quelque chose de tout différent.
Pour établir que la tendance à l'accroissement est en fonction indirecte du degré de civilisation, J. Wolfs’appuie sur les deux exemples opposés de la Russie et de l'Inde d’une part, de l'Europe centrale de l’autre.
La Russie offre le type d'un pays de civilisation peu avancée, où « l'accroissement de la population n’est presque jamais en rapport avec les moyens de subsistance ». « Le terrain possédé par le paysan russe est si peu de chose, qu’en le cultivant il ne peut ni utiliser son activité au travail, ni arriver à subvenir aux besoins des siens. Comme la consommation tend à surpasser la production et que, même en temps normal, le paysan russe peut à peine se suffire, 1l est évident qu'en Russie la famine, ou en d'autres termes une augmentation de la mortalité soit la suite inévitable de tout déficit dans la récolte, même le plus minime. »
En effet, selon Nicolaï-on, la population sans cesse
croissante « est obligée pour vivre d'étendre les terres
labourables au détriment des prairies et des pâturages, de déboiser et de rendre ainsi de Jour en Jour ses conditions d'existence plus précaires » L'expansion des terres labourables au détriment des prairies et pâturages amène une diminution du bétail ; la diminution du bétail, une diminution des engrais ; la terre non amendée ne résiste plus à la sécheresse. De là les famines, les disettes périodiques, la misère et la ruine de toute la Russie centrale.
Et ce sont les conséquences évidentes du rendement non proportionnel : car si l'on peut dire que « l’agriculture russe emploie trop de bras », c'est évidemment que le petit domaine dont chaque paysan russe est obligé de se contenter n'est pas susceptible de lui fournir un rendement croissant proportionnellement au nombre des individus qui le cultivent, c'est-à-dire des membres sans cesse plus nombreux de sa famille.
Donc « la Russie, au moins au centre et à l’est, souffre de la surpopulation, car toute augmentation de subsistance est immédiatement absorbée par l’accroissement de la population .. »
Donc «la misère est une conséquence inévitable de cet état de choses... ».
Donc « la Russie est un type des pays sur lesquels Malthus établit et peut établir sa loi.
Il en est de même aux /ndes Orientales : de 1891 à 1901 l'accroissement de la population de l'Inde a été inférieur des neuf dixièmes à ce que l’on pouvait atten-
S en
162 DEUXIÈME PARTIE. — SECTION I. — CHAPITRE dre d'après les résullats de la période précédente (1881 à 1891). Déficit de près de 28 millions d’âmes, qu'il faut expliquer par la famine ! «... En examinant les statistiques établies dans chaque province ou Etal, on conslate que c’est aux districts qui ont souffert de la famine qu'il faut imputer la majeure partie de ce déficit (au moins 20 millions) ».
Ce qui concorde avec ce fait que « la population de l'Inde Orientale est obligée en temps ordinaire de se
contenter du plus strict minimum ».
Mais si la loi de Malthus est vraie dans ces pays,dans les pays civilisés, le développement de la population est bien différent » ; … et « plus les subsistances augmentent, plus la population reste au-dessous du chiffre que, d’après Malthus, elle devrait atteindre ».
Et ce n’est pas là le résultat de tendances particulières ou variables, mais bien d’une {endance générale progressive. Tendance qui n’est pas liée à des conditions quelconques soit climatériques, soit même raciques, mais bien au fait même de l'accroissement de la civilisation : attendu qu'elle se manifeste non pas seulement en Éurope,mais aussi dans les pays civilisés extra-
curopéens.
En Europe, la preuve en est fournie à peu près par toutes les nations, sauf par la Russie, quelque variées qu'y puissent être les conditions de races, de climals,
enfin de situation économique. «S1 nous faisons abstrac-
üon de l'Allemagne, où après la guerre de 1870-1871, le taux de la natalité a été, de 1871 à 1875, particulièrement élevé, nous avons dans l'espace de 20 ans (1871-1875,1891-1895), une diminution dans le nombre des naissances d'environ 6 0/0 en Autriche, 7 0/0 en Suisse, de près de 9 0/0 en Hollande, d'environ 40 0/0 en Suède, 13 0/0 en Angeterre, et de 12 0/0 en France... Cette tendance se manifeste aussi bien dans les Etats peu industriels comme la Suède et la Norvège que dans les Etats nettement industriels comme la Belgique et l'Angleterre ; aussi bien dans l'Etat du Bas- Danube où se croisent le Slave et le Roumain que dans la Hollande purement Germanique. »
Hors d'Europe, l'exemple le plus remarquable de celle tendance est fourni par l'Australie, où « dans l’espace de 38 ans, la natalité diminue jusqu'à atteindre le chiffre prodigieux de #0 0/0 » {le nombre des naissances ayant été en 1899 de 26 0/00 seulement, alors qu'il avait été en 1861 de 41 0/00).
. Toutefois M. Wolf n'entend se prévaloir de ces constataons qu'après avoir établi : 1° qu'elles consüutuent «un phénomène durable » et non « simplement passager » ; 2° qu'elles concordent non pas « avec une diminution, mais avec une augmentation de subsistances » :
«J'ai prouvé, dit M. Wolf, dans mon Sys{éme de politique sociale, cette augmentation des subsistances dans les pays civilisés. Depuis on a tant écrit pour prou-
ver la même chose qu'il m appartient en ces conditions
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d'appuyer mes dires par une donnée indiscutable, la statistique de la consommalion . »
Cette statistique lui fournit les résultats suivants : « En ne tenant pas compte des enfants âgés de moins d’un an, la mortalité s’est abaissée de 1871-4180 à 1891-1895 d'environ 10 0/0 pour l'Allemagne, 14 0/0 pour l'Autriche, 19 0/0 pour la Suisse, 14 0/0 pour la Hollande, 13 0/0 pour l'Angleterre, 44 0/0 pour la Belgique, #4 1/2 0/0 pour la France, 14 0/0 pour l'Italie. » Ce qui permet bien de conclure que le ralentissement de la population a concordé dans ces pays avec une augmentation de « résistance à la maladie, d’aisance et de bien-être ». Car « personne ne commettra l'erreur de croire qu'un abaissement du taux de la mortalité ait été un obstacle au développement favorable de la population ».
Quant au caractère durable de ce ralentissement, la garantie en est fournie par les causes mêmes qui l'ont produit. Julius Wolf étudie ces causes en France et en Allemagne :
En France, « où la décroissance de la natalité est plus accentuée qu'en n'importe quel autre pays », ils'en remet aux conclusions du D'Goldstein, auxquelles nous avons fait allusion: « En recherchant la cause de la décroissance rapide de la natalité en France, on remarque tout d'abord que tous ceux qui ont étudié la ques- Lion sont unanimes à reconnailre que si la population
9 A = . V s'accroil si lentement, cela ne lent pas à une dégéné-
rescence physique, mais à ce que les Français ne veulent avoir que peu ou pas d'enfants. Ce n’est donc pas au physique, mais à la volonté qu'il faut attribuer la baisse du taux de la natalité. »
En Allemagne, le « système des familles à deux enfants... est la règle », sauf... à l'Est de l'Elbe, et dans une grande partie de l'Allemagne du Sud... » « En Brandebourg, on a remarqué que tous les instituteurs n'avaient que deux enfants.» Enfin,dans l'Allemagne du Sud, bien que les fanulles de deux enfants fassent excepüon, 1l y en a à peu près partout. Faut-il attribuer ce fait, comme le veulent les uns, à une « mode », ou y voir avec les autres une « conséquence désastreuse » de la guerre de 1870-1871 ,— les gens qui avaient fait la campagne ayant trouvé « prudent » de n'avoir qu’un ou deux enfants ? — Dans les deux cas, ce qui est certain, c’est que « c’est volontairement que la population ne croît pas. À ce point de vue les conclusions de Prinzing pour l'Allemagne concordent absolument avec celle du docteur Goldstein pour la France.
in résumé :
«La loi du rendement non proportionnel est exacte » ;
« La loi de Malthus est vraie pour les peuples en voie de civilisation » ;
« La loi de Malthus n’est pas vraie pour les peuples
arrivés à leur complet développement Di:
« On ne peut tenir la loi de Malthus pour une loi
naturelle » ;
« Pour les peuples incapables de se développer la loi de Malthus peut être une loi durable ; pour les peuples capables de se développer, au contraire, une loi correspondant seulement à un certain degré de développement. »
Telle est la théorie de Julius Wolf. Il conserve si l’on veut le principe malthusien de la tendance à la surpopulation, mais reconnaît que dans le monde civilisé, contrairement à ce que pensait Malthus, cette tendance n’est pas constamment en acte, mais seulement en puissance. Il l'appelle alors « possibilité ».
Le fait que celle tendance a été et est encore en acte dans les civilisations primitives ou stationnaires lui sert, comme à Malthus, à expliquer les maux dont souffre la société.
Mais en admettant le fait — d'ailleurs indiscutable — que cette tendance ne se conserve qu'en puissance dans les civilisations avancées, de sorte que dans ces civilisations la loi de Malthus « ne se vérifie plus », 1l se sépare du malthusianisme. Par suite ses vues d'avenir sont toutes différentes, bien qu'avec tout le libéralisme il entende conserver l'ordre de choses établi.
L'amélioralion sociale, en effet, résultera, en dehors de toutes réformes plus ou moins chimériques, de la tendance naturelle de la population à se maintenir d'elle-même, préventivement et sans souffrance, dans les limites que lui assigne la loi inéluctable du rende-
ment non proportionnel.
2, pis