‹ Principe de Population et Socialisme (Histoire des Doctrines de la Population, depuis le Principe de Population de Malthus jusqu'à nos jours)Chapitre 23 sur 42 · ELA · texte numérisé non relu

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potisme rural des chefs de la communauté et des popes,

avec le partage périodique des terres et la garantie col-

lective des impôts, ce système paralyse tout le ressort économique du paysan, car enfin nul ne laboure volontiers un sol où il n’est pas assuré de pouvoir faire la récolte ».

Aux Indes, où les sources profondes du mal sont les mêmes, c'est-à-dire résident dans les institutions établies, elles se manifestent toutefois de façon différente :

1° « Jei c’est la sainte alliance d’un peuple de marchands étrangers avec une féodalité indigène et une caste sacerdotale fanatique qui aspire toutes les forces vives de la nation. »

2° «.. C’est à peine si trois cinquièmes des terres arables sont vraiment mises en valeur, et encore le sont-ils mal, parce que le peuple est pauvre, fanatique et engourdi sous la pression de ses exploiteurs. »

Oppenheimer se rallie absolument à Godwin, mais conserve le mérite d'avoir beaucoup mieux amené l'idée qu'il développe. Nous allons voir que sa conclusion à son tour est loin d'être la reproduction pure et

simple de l'idéal anarchiste.

Après avoir combattu la conceplion malthusienne de

la surpopulation et reproché à Wolf de s’en être servi

pour expliquer le présent, Oppenheimer lui reproche encore d'en avoir tiré un pronostic pour l'avenir. Pronostic tout aussi faux que celui de Malthus, malgré sa tournure toute différente et beaucoup plus optimiste, parce qu'il n'en repose pas moins sur celte erreur fondamentale : la confiance dans le « laisser faire ».

Selon Malthus, c’est le « laisser faire », l'abandon aux ordres de la nature qui donnera aux hommes le summum de bonheur, bien restreint du reste, auquel ils peuvent aspirer. Selon Wolf, c’est encore l’abandon à la nature (qui d'elle-même, à mesure que la civilisation se développe, restreint de plus en plus la population), qui garantira à l'humanité la disparition progressive de la misère.

Le « laisser faire » est, en effet, le programme tout naturel de ceux qui n'ont rien à souhaiter, c'est-à-dire de ceux pour qui la théorie malthusienne a été faite. Mais le « laisser faire » est aussi stérile comme programme que le malthusianisme comme explication. De même qu'il nous a bien fallu reconnaître — c’est le socialisme qui parle — que la surpopulation est d’origine exclusivement sociale, de même la logique nous oblige à conclure que le remède sera dans la modification de l’état social.

Mais Oppenheimer n’enlend pas cette modification d'une façon aussi large et aussi vague que Godwin. Nous avons vu, quand 1l recherchait les causes de la

misère en Russie, qu'il considérait avec raison la pro-

priété collective des terres comme la suppression d'un encouragement au travail et comme une entrave à l’accroissement des subsistances.

En revanche, et c'est un point très intéressant de sa doctrine, Oppenheimer dénonce la grande propriété foncière.

Selon lui, toute la misère constatée en Grande-Bretagne à la fin du xvir* siècle tenait à l'abus qui avait été fait dans ce pays de la grande propriété foncière. « Lorsque les remparts de la féodalité, explique-t-il, furent renversés », 1l y eut à coup sûr de grands progrès dans l’état social, el néanmoins on s’aperçut avec surprise que la misère n avait pas disparu, et que même, « dans les centres industriels », les choses étaient devenues parfois « bien pires qu'auparavant ». On ne sut à quoi attribuer ce fait, et pourtant la raison en était bien simple : « C’est que seulement dans les villes était apparue l'antique misère des populations rurales, dépouillées par la féodalité, populalions dont ne s'étaient jamais préoccupés les économistes Anglais, formés à l’école des professeurs, des industriels, des banquiers et des ecclésiastiques, et dont ils avaient à peine connu l'existence. »

Or ce mouvement était provoqué et rendu particulièrement sensible par trois causes :

1° « Avec la disparition d'anciens règlements, le mouvement d'émigralion des campagnes vers les centres

industriels s'établit. Et tandis que par ce fait les salaires,

le genre de vie et la condition sociale des travailleurs agricoles s’amélioraient dans des proportions considérables, parce que la culture, qui devenait de plus en plus intensive, demandait toujours plus de salariés alors que l'offre diminuait sans cesse, c’élait tout l’inverse pour l'industrie. »

2° « D’autre part ce processus de l’anéantissement des salariés urbains par la concurrence des salariés ruraux n'était nulle part aussi visible qu’en Grande-Bretagne, car 1l n'existe sur nul autre point de la terre un pareil développement de ce système de répartition de la propriété foncière qui condamne la campagne à n'être habitée que de la façon la plus clairsemée et à être désertée par l'émigration de la façon la plus continue..…., le système des « latifundia ».

3° « En troisième lieu, c’est en Grande-Brelagne que la misère était la plus profonde parce que le processus de l’expropriation légale de la population rurale par l'aristocratie foncière... avait été poursuivi Jusqu'en plein xix° siècle, de sorte qu'il se formait continuellement de nouveaux bataillons de l’armée de réserve du travail (Marx). »

Donc, si la propriété privée paraît indispensable, par contre la grande propriété foncière est la véritable et la seule cause de la misère des campagnes el de l'exode continuel des ruraux, abandonnant l’agriculture pour aller importer la misère dans les villes.

Là où est le mal, c’est-à-dire dans les campagnes, là

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doit être appliqué le remède. Et le docteur Oppenheimer s'étonne que la véritable cause du malaise général de la société, qui est le mal dont souffrent les campagnes, ait pu échapper aux économistes libéraux, successeurs des physiocrates. C’est que « les pères » de la loi de la population, « les deux Dioscures du libéralisme de Manchester et de l'économie politique bourgeoise, ces deux petits héritiers de la sagesse des grands sociologues Quesnay et Smith : David Ricardo et Robert Malthus... », avaient « négligé la partie la plus géniale de la géniale théorie de Quesnay, son agrocentrisme.… ; et c'était l'industrie au contraire que l’on avait placée au centre, conception qui devait finalement aboutir à l'absurde, puisqu'il est évident à priori que l'industrie n'est que d'ordre secondaire dans l’économie des peuples, qui dépend de la façon la plus absolue pour sa naissance, son efflorescence, son déclin et sa décrépitude, de la naissance, de l’efflorescence, du déclin, de la décrépitude de l’agriculture, sa patronne et sa nourrice ».

La conclusion essentielle du nouveau socialisme proposée par le docteur Oppenheimer est done de combattre à outrance la grande propriété foncière. Nous ne pourrions le suivre plus avant dans son système économique sans sorlir de notre sujet. Ce qu’ilimporte

de constater en terminant, c'est que si la nouvelle théo-

HAL à

SECTION II

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