‹ Principe de Population et Socialisme (Histoire des Doctrines de la Population, depuis le Principe de Population de Malthus jusqu'à nos jours)Chapitre 25 sur 42 · I. — Théorie biologique ou théorie psycho-physiologique · texte numérisé non relu

I. — Théorie biologique ou théorie psycho-physiologique

Voici comment M. le professeur Turgeon résume, à son cours, l'esprit général de la théorie biologique ;

« Par une sorte d'harmonie naturelle, a-t-on dit, la fécondité du couple humain se mesure et s’ajuste au degré de civilisation auquel il s'est élevé. Plus notre espèce s'affine et se perfectionne, plus sa propagation se ralenUt. Il semble que la matière prenne plus facilement la forme des organismes inférieurs que celle des organismes supérieurs. La reproduction est moindre dans le règne animal que dans le règne végétal, moindre chez les hommes que chez les bêtes, moindre à la ville qu'à la campagne, moindre chez l'artiste ou l'intellectuel que chez le manœuvre ou l'artisan. Il y a donc un antagonisme obscur, mal défini, mal connu, entre

l'activité génératrice et l'effort cérébral. Par le travail

et la culture de l'esprit, la transmission de la vie est comme anémiée et amoindrie, Tout progrès de pensée, de lumière, de beauté, s'achète au prix d’un affaiblissement ou d'une régression de la procréation physique. Telle la rose qui, n'ayant à l’état de nature, que cinq modestes pétales, porte en son sein un trésor de vie et de surabondante multipheation : que, par des soins assidus, le jardinier lui confère plus de couleur, plus de grâce, plus de parfum, et sa fécondité en souffrira, parce que la culture déforme et appauvrit les organes de la reproduction en transmuant les étamines en pétales. Impossible de civiliser une rose sauvage sans la stériliser. Est-1l si téméraire de croire qu'il en est ainsi de tous es êtres ? Pour les hommes, en particulier, plus la culture augmente, plus la prolificité diminue. Cette explication biologique se flatte d'ouvrir à l'humanité un avenir rassurant ; Car, si la matière se multiplie plus rapidement par en bas que par en haut, si la puissance de reproduction est plus énergique chez les animaux destinés à servir l'homme, et plus encore chez les végétaux destinés à nourrir les animaux, notre espèce aura toujours, en se perfectionnant, plus de fourrage que de bétail et plus de bétail que d'hommes. Aïnsi les humains pourraient compter sur une sorte d'adaptation spontanée des moyens de vivre aux besoins variables des générations à venir.

« Mais comment expliquer la décroissance de la force

procréatrice chez les peuples civilisés ? »

D'après Carey et Spencer, « l’âpreté croissante de la lutte pour la vie, les efforts incessants de la civilisation, en imposant aux individus une dépense croissante d'énergie nerveuse el cérébrale, diminuent d'autant leur force génésique ou procréatrice. Autrement dit, l'excès de population n’est qu’un malheureux privilège de l'humanité barbare, qui vient déchoir avec le progrès et s’efface enfin tout à fait (1). »

« Ce sont, estime M. Loria à qui nous empruntons cet exposé , des prémisses biologiques qui ne sontrien moins que prouvées. Il suffirait seulement de remarquer que la dépense de force génésique nécessaire pour produire l’accroissement maximum d’une population donnée est si peu de chose qu’elle ne peut pas être influencée par un surcroît quelconque de dépense nerveuse imposée à l'individu par la lutte de la vie. »

C'est le même reproche que fait à Spencer, avec plus de précision, l'Italien Nitti, directeur de la Riforma sociale : « Spencer est peut-être allé trop loin, dit-il, quand il à attribué la diminution de la fécondité des nations jouissant d’une civilisation très avancée à un fait purement biologique... » Elle provient aussi et surtout de « facteurs psychiques » qui sont chez l’homme civilisé le « développement des sentiments moraux » et l'accroissement du « sens de la responsabilité ». Car au point de vue purement biologique, « quelle que soit

l'intensité de son travail intellectuel, il peut toujours

(1) Loria, Morphologie sociale. Première conférence.

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