‹ Principe de Population et Socialisme (Histoire des Doctrines de la Population, depuis le Principe de Population de Malthus jusqu'à nos jours)Chapitre 26 sur 42 · AE MOINE A ET PE · texte numérisé non relu

AE MOINE A ET PE

trouver le moyen d’avoir un enfant par an, ce qui constitue déjà une genèse assez considérable {1} ».

Mais la théorie de Spencer était plus générale et plus complète. Il considérait, aussi bien dans le corps social que dans l'organisme animal, le pouvoir d’individuahisation et le pouvoir de genése. Ces deux pouvoirs réunis représentaient la somme de force dont pouvait disposer cet organisme, particulier ou collectif, et qui, dans son ensemble, ne subissait pas de diminution ni d’accroissement considérable.

Ces forces étaient-elles employées à l’« intégration », opération qui consistait pour l’ « agrégat » à se compléter ou à se soutenir, elles tendaient à l'individualisalion ; étaient-elles consacrées à la « désintégration », c'est-à-dire à la reproduction, à la formation et au développement d’« agrégats nouveaux », elles tendaient à la genèse. D'où la conséquence inévitable que l'individualisation et la genèse élaient antagonistes, et qu’une société comme un individu devait être d'autant moins prolifique qu'elle se perfectionnait davantage.

La conclusion de Spencer était favorable à l’individualisation qui assurait,mieux et plus promptement que la sélection naturelle laissée aux espèces inférieures,

l'évolution progressive.

Dans son livre sur La populalion el le système soctal,

(4) La population et le système social, par Fr. S. Nitu. Trad. franc.

sous la direction de M. D. Worms, p. 234.

M. le professeur Nit{i après avoir ardemment critiqué le malthusianisme — produit de tendances bourgeoises dont l’égoïsme, croil-il, avait éprouvé l’impérieux besoin de se justifier —se rallie avec une absolue conviction à l’idée fondamentale de Spencer, et y trouve une solution optimiste à la question de la population : « L'excès même de la fécondité nous a valu la civilisation, et la civilisation renferme la fécondité dans des limites normales ; ce que Malthus et ses disciples considéraient comme un problème effrayant et insoluble n'aura plus dans l'avenir rien d’effrayant ni d’insoluble.

Mais Nitti est avant lout socialiste et n'admet pas que l'individualisation soit poursuivie sans égard pour les souffrances qui peuvent en résulter. Tout en s'appuyant sur le facteur biologique, 1l reconnaît avec raison l'influence parallèle du facteur psychique, et la traduit en cette double proposition :

« Plus la situation économique et les sentiments moraux des classes populaires sont bas, plus elles sont portées à n'avoir d'autres jouissances que celles des sens, et plus la prolifération est abondante et désordonnée. »

Au contraire, « toute amélioration dans les condilions générales, toute diffusion de la richesse, toute augmentation des salaires, toute élévation du standard of living, agissent utilement sur la fécondité. »

Donc « un maximum d'individualisation ne sera pos-

sible que dans un maximum de socialisation », celle-ci

devant apporter, avec la garantie d’une évolution progressive, la satisfaction immédiate, pour tous, des besoins les plus légitimes et les plus urgents. Il n’y a là rien de contradictoire, parce que la socialisation ne sacrifie que l’« individualisme », et que l'individualisation et l'individualisme sont choses opposées : « le développement de l’individualité implique une augmentation de fonctions, ou en nombre, ou en densité ; le développement de l’individualisme veut dire seulement prévalence des sentiments égoïsles. »

L'idée que l'individualisme est nécessaire et bienfaisant, — qui fut pour Nitti le point de départ et le point d'arrivée du malthusianisme, — ne peut plus être soutenue, la statistique ayant prouvé que plus les classes pauvres sont abandonnées à leur misère,moins elles modèrent leur prolificité ; tandis que plus elles connaissent l’aisance et le bien-être, plus elles se restreignent et travaillent par suite à l’individualisation. C’est au point qu'on peut « affirmer que tout développement de l'individualité n’est autre chose qu'une diminution de l’individualisme ».

A condition que le progrès soil ainsi compris, la perspective que nous offre l'avenir n'a rien que de rassurant : « Dans toute société où l’'individualité sera fortement développée et où le progrès de la socialisation ne détruira pas toute activité individuelle, dans toute société où la richesse sera largement subdivisée et où

les causes sociales d'inégalité seront éliminées grâce à

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196 DEUXIÈME PARTIE. — 3ECTION II. — CHAPITRE ÏÎ

une forme élevée de coopéralion, la natalité tendra à s'équilibrer avec les subsistances, etles variations rythmiques de l’évolution démographique n'auront plus rien

d’effrayant pour l'humanité (1). »

Il. — Théories physiologiques.

Il est d’autres explications physiologiques plus spéciales encore :

Fourier nous assure que dans son « phalanstère » tout excès de population sera prévenu par les quatre éléments suivants :

Le travail attrayant, dérivatif d'autant plus efficace aux entraînements des passions qu’au lieu d'engendrer la fatigue comme dans l’état actuel, 1] sera plutôt par lui-même une distraction ;

La « gastrosophie », ou sagesse du ventre, qui indique suffisamment le résultat que Fourier attend des copieuses libations phalanstériennes et des laborieuses digestions qui en seront la suite :

La « vigueur des femmes » {(qu'attendre en effet du «sexe faible » s'il venait à cesser d’être faible !) ;

Les mœurs « phanérogames », au sujet desquelles il vaut mieux peut-être s'abstenir de toute explication. La

sagesse des nalions d’ailleurs s’est prononcée à ce sujet,

(1) Lu population el le système social, édit. française, p. 267.

en affirmant qu’ « on ne désire Jamais que ce qu'on n’a

Pas ».

Le système de Doubbleday n’est en somme pas autre chose que la « gastrosophie » de Fourier, appuyée sur l'adage : Sferiliora cunc{a pinquia el in maribus elin foeminis.

Il est si peu vrai, dit Doubbleday,« que l'homme soit poussé par un instinct aveugle à procréer sans limites, que, tant que les hommes sont bien nourris, leur nombre ne s'accroît pas ». Et « .. si les classes riches de l’Europe ont si peu d'enfants, ce n’est là que le résultat des influences antigénésiques d’une alimentation fort abondante ».

Ce système, observe M. Loria, tourne dans un cercle vicieux ; « car cette même nourriture insuffisante qui serait la cause de l'excès de population {dans les classes pauvres), de qui est-elle le produit,si ce n’est d’une population exubérante antérieure ? Donc nous en sommes toujours ramenés à un excès inilial de population, que cette théorie présuppose, et qu'elle est incapable d'ex-

pliquer ».

D'après Loudon, la durée de la lactation chez la femme aurait une influence notable sur la génération. Cette théorie est trop spéciale pour que nous puissions faire autre chose que la mentionner. Elle nous amène à

la théorie médicale proprement dite, qui, sans fournir

davantage une explication générale du mouvement de : AE

la population, a du moins sur elle l'avantage d'indiquer

une cause de ralentissement dont l'influence, bien que

limitée, est incontestable.

L'auteur, ou du moins l’un des principaux représentants, en est le docteur Picon, qui attribue la décroissance de la natalité au développement des maladies vénériennes.

C'est la seule théorie qui nous vienne de la science médicale, et nous n'avions pas à en attendre d'autre.

Sur l'opportunité d'encourager ou d’entraver le mouvement progressif de la population, les opinions sont très partagées dans le monde médical et ne reposent du reste sur aucune considération d'ensemble. Broca avait bien essayé de démontrer que la perspective d'une fable natalitén'avait rien que de rassurant (Gazette des hôpitaux, 1867). Mais, en général, les médecins sont ennemis du « moral restraint », et surtout du « prudential restraint ». Amelin même s’écrie avec indignation : « La castration vaut mieux,à tout prendre, qu'une prudence voisine de la pratique de l'avortement ! »

La Faculté, en somme, — etil faut l'en louer — nous conseille de ne pas « tromper le dessein de la nature », suivant le mot de Parodi. Mais 1l est évident qu’à part le souci de l'hygiène publique, elle reste en dehors de toute considération sociale,

Il faut ajouter en effet que la théorie biologique ne

Rés.

fournit qu'une explication partielle du mouvement ascendant ou descendant de la population. Il y a lieu de remarquer que, si la thèse de M. Nitti lui donne un aspect plus logique, plus complet, plus acceptable, c'est qu'il la combine avec la théorie psychologique,que nous

retrouverons plus loin.

Et maintenant pour apprécier cette thèse, nous sommes heureux de consigner ici un Jugement recueilli par nous au cours de M. le professeur Turgeon. « Que penser de la théorie dite « biologique » ? Il est impossible qu’elle soit entièrement fausse. Abstraction faite du rôle de la volonté dans l’œuvre de vie, l'énergie variable de la reproduction humaine dépend de la plus ou moins grande vigueur du couple reproducteur. Il y a donc, au fond du problème de la population, un élément physiologique qu'on ne saurait éliminer sans légèreté ni inconséquence. Mais l’affaiblissement de la prolificité vient-1l nécessairement d’un progrès de l'intellectualité ? Nombreux, certes, sont les hommes d’étude, écrivains, penseurs, artistes, savants, qui sont morts sans postérité. Plus généralement, beaucoup de ceux qui travaillent de tête ont peu d'enfants. Sont-ils pour cela des impuissants ou des dégénérés ? Ne seraitil pas plus vrai de prétendre que le goût de l'étude, l'appétit des jouissances supérieures, le culte du beau

ou du vrai, les distraient ou les détournent des satisfac-

tions égoïstes de l'instinct ? Mais si, en ce cas, l'effort de création intellectuelle se développe au détriment de la procréation physique, la cause en est moins dans un dépérissement organique que dans un état d'âme ou une tension de l'esprit. Raison dé psychologie, oui ; question de physiologie, non.

« Ge n’est pas à dire qu’il faille écarter absolument des données du problème le facteur biologique proprement dit, c'est-à-dire l'élément vital, l'élément sexuel. Comme il y a des hommes d’un tempérament fatigué ou sarmené qui ne peuvent donner le jour qu'à une descendance rare ou débilitée, de même il y a des races vieillies ou anémiées qui croissent lentement ou même déclinent rapidement. On rencontre actuellement en Normandie de nombreux ménages de toutes les conditions,ouvriers, bourgeois où paysans, qui n’ont même plus l’ «enfant unique », et jen connais que leur infécondité désole. Il faut chercher la cause de cette stérilité involontaire, soit du côté de la femme, soit du côté du mari, dans une pauvrelé physiologique, qui vient elle-même de sources diverses, excès de bien-être et de bonne chère chez les uns, inconduite ou alcoolisme chez les autres, dégénérescence chez tous. Ainsi encore certaines tribus indiennes de l'Amérique tendent à disparaître. Mais, pour ces collectivités décadentes comme pour certains ménages français sans enfants, on ne peut pas soutenir que leur puissance cérébrale s’est développée au préjudice de

leur puissance génératrice, Aux Etats-Unis, notam-

ent bacs C'est un ia nous le constatons

Mais les lares physiques et cachées qui relèvent de la médecine et de la biologie pioxpliq nè pas toutes ls

Es EURE de la population. ROME

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