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!. Quelle méthode il faut employer pour la recherche des causes
dans les sciences sociales. — II. Application à la population. — La limitalion volontaire, — III. Les facteurs de la limitation volontaire, et les conditions de milieu qui la favorisent,
La théorie psychologique pure est celle qui voit dans la volonté humaine la cause unique de la limitation de la population. À vrai dire, elle conslülue plutôt une méthode: et c'est bien ainsi que l'entend M. Parodi, qui formule cette théorie, à laquelle 1l n’est pas aisé de trouver d’antécédents, dans un arücle de la lievue de mélaphysique et de morale du mois de mai 1897.
Elle répond, dans l'esprit de son auteur, à la théorie économique de M. Dagan, que nous venons de voir, el par le fait à toutes les théories économiques, puisqu'elle en critique la méthode et lui en oppose une autre considérée comme meilleure.
Elle fait aussitôt application de celle-ci à la question de la populalion, et nous explique successivement : 1° ce qu'est la limitation volontaire, d'où elle vient; 2° comment certaines conditions de milieu la peuvent
favoriser même à l'excès.
Préoccupée surtout en pratique des progrès de la dépopulation en France et dans tous les pays civilisés, et de la nécessité de combattre les résultats croissants de la décadence morale, elle conclut qu’une éducation morale bien comprise serait le meilleur moyen de diri-
ger la volonté humaine en ce sens.
C’est un tort, pense M. Parodi, de s’en tenir dans la question qui nous occupe « aux explications purement économiques, c’est-à-dire en somme fondées sur la pure statistique », ainsi que l’a fait M. Dagan. La meilleure preuve en est dans sa conclusion « qu'il n'y a pas une loi fixe de la population, mais autant de lois particulières qu'il y a de groupes sociaux différents ». A le prendre ainsi, il est à craindre qu’ « il n’y ait pas plus une loi économique fixe pour un même groupe social qu'il n’y en a pour une nation prise dans son ensemble ».
C’est qu'avec le procédé de recherche des théories économiques on arrive à « n'avoir pas de loi du tout, mais des traductions en formules abstraites du fait constaté lui-même ».
Il faut employer en général dans la recherche des causes une autre méthode : « la seule chose qu'il faille se proposer, dans toute science sociale, c’est de distin-
guer et d'abstraire les divers facteurs possibles d’un fait
complexe, et de déterminer comment chacun, pris en lui-même et s’il agissait seul, tendrait à agir » (1).
Or « un fait est économique par ses résultats, en tant qu'il modifie l'état des richesses d’un pays ou d’une classe ; et la cause d’un fait peut être dite économique lorsqu'elle consiste, elle aussi, dans un certain état ou une certaine modification de l’état des richesses. Mais il est clair dès lors :
« 1° Que des causes non économiques peuvent avoir des effets économiques ;
« 20 Qu'une cause strictement économique... ne pourra produire un effet également tout économique qu'en mettant en œuvre comme intermédiaires des causes secondes qui, à un moment donné, ne pourront plus être économiques, mais seront de cet ordre de causes qu'étudient les sciences plus simples — soit un état corporel ou un processus mécanique du ressort de la physique ou de la physiologie, soit un sentiment ou une idée du ressort de la psychologie.
« En d’autres termes, la cause initiale d'un fait peut être quelquefois tout économique, mais jamais toute la série des causes intermédiaires, et jamais la cause prochaine : celle-ci, beaucoup plus simple, est toujours nécessairement ou mécanique ou psychologique ».
C’est cette cause prochaine qu'il faut étudier, parce
(1) V. l'article de M. Parodi, Revue d'Econ, polit., mai 1897.
que seule elle est facteur nécessaire dans le rapport de cause à effet, que seule elle « peut être l'objet d'une affirmation plus où moins générale, au lieu que l’autre peut avoir les effets les plus divers selon les milieux où elle agit, c'est-à-dire les instruments d’aclion qu'elle rencontre, c'est-à-dire les causes secondes qu’elle emploie » .. « Et la seule chose qu'on puisse généraliser en loi, c'est peut-être la fendance qu'a tel facteur sott mécanique soit psychologique à produire tels effets économiques, ou la tendance qu'a tel facteur économique à produire els effets mécaniques ou psychologiques. » En un mol, conclut M. Parodi, les causes économiques n'agissent qu'en tant qu'elles fournissent aux hommes des molfs de se déterminer en tel sens ou en tel autre. »
Mais c'est à son tour cetle détermination, el celte détermination seule qui, produit dans le domaine écono-
mique tous les effets qu'on y peut constater.
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Telle est la méthode, En l’appliquant à rechercher les causes du ralentissement progressif de la populalion, — causes qui ne peuvent être comme on vient de le voir que mécaniques ou psychologiques, — M. Parodi commence par écarter les causes purement méca-
niques comme trop parliculhères el insuffisantes. Les
théories qui s'appuient uniquement sur ces causes parlicipent de leur insuffisance : ce sont les théories psycho-physiologiques, et physiologiques pures.
« Toutes les autres théories impliquent un intermédiaire psychologique ; la cause prochaine de la natalité y est toujours consciente et volontaire ; elle résulte d'une résolution de l'individu... Ainsi... puisque la cause primilive, économique, politique ou sociale n’agit qu’en passant par la conscience individuelle, qu’en influant sur les manières d'agir conscientes des individus — elle agit toujours par l'intermédiaire de causes morales. Le nombre des enfants diminue parce qu'on est amené à vouloir qu'il diminue ; nous sommes en présence... d’une limitation volontaire de la natalité. »
Cette limitation, d'ordre essentiellement moral, (même si les raisons en sont égoïstes et immorales au sens parliculier du terme), peut se définir : la « subordination d'une tendance brutale à des considérations d'ordre intellectuel, à des calculs de prévoyance. ».
« Par suite il faut reconnaître qu'elle n'est rendue possible que par un certain degré d'intelligence, de réflexion et de culture... »
Le développement de cette dernière idée constitue le complément nécessaire de la théorie psychologique, qui se bornerait sans cela à une constalalion peut-être stérile. M. Parodi la développe et, après avoir prouvé que Ja limitation de la population ne se rattache de façon
certaine qu'à la détermination volontaire, recherche si
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222 DEUXIÈME PARTIE. — SECTION Îl. — CHAPITRE HI
cette détermination n’a pas à son tour de relation nécessaire avec certaines conditions de milieu. Il nous montre ainsi : 4° D'où vient la volonté de limiter, et quels en sont les facteurs essentiels ; 2° Dans quelles
conditions cette volonté peut agir le plus efficacement.
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Et d’abord la « limitation volontaire « est » un phénomène social qui... suppose pour se produire un minimum de civilisation ». Elle n'existe que du jour où l'homme «a trouvé le moyen de satisfaire ses instincts tout en trompant le dessein de la nature », ou si elle peut exister avant. du moins ne peut-elle se développer qu'à cette condition.
Les facteurs en sont:
« 1° L'idée de limiter sa progéniture ». ( «Où ce facteur manque, les causes qui ailleurs produisent la dépopulation agissent tout différemment... » et produisent l’'émigralion.)
«2° Une raison d'adopter celle idée... » que ce soit la nécessité, sous forme de la « pauvreté », ou l’égoïsme : « appréhension des soins qu'exigent les enfants. ., peur de démembrer le bien patrimonial... » ete. «... Toutes les raisons indiquées par les économistes et les moralistes peuvent être vraies tour à tour ou à la fois, »
3° « L'absence de raisons contraires : par exemple...
d'idées morales ou religieuses, .… » ou peut être « de mesures législatives encourageant à la procréation ou en diminuant les charges. LS
Ces facteurs connus, les conditions de milieu favorables à la limitation volontaire et par conséquent au ralentissement de la population seront celles où ces facteurs se rencontreront, et dans la proportion où ils s’y rencontreront. |
{° Nous venons de voir que la première de ces conditions est ün minimum de civilisation. Car le premier facteur, l'idée, se rencontre « toujours dans un état de culture assez avancé, et d’abord dans les classes les plus capables de prévision et d'analyse ». Pour que l’idée soit mise à exécution, il faut qu’elle soit servie par des connaissances scientifiques déjà assez développées.C'est ce que M. Parodi exprime en disant qu'il faut que l’homme ait « trouvé le moyen de satisfaire ses instincts tout en trompant le dessein de la nature ». Il estime en effet que si « l’homme ne pouvait la réaliser qu'en domptant tout à fait l'instinct sexuel,en se condamnant à la chasteté, il est évident que cette idée ne serait guère dangereuse, puisqu'elle exigerait et une intensité de réflexion, et une continuité dans la prévision, et une force de volonté tout à fait au-dessus de la moyenne de l'humanité ».
20 Le second facteur, diffusion et adoption de l'idée, suppose seulement que « les rapports de classe à classe
ne solent pas trop rares ou trop restreints »,car « sl une
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cerlaine réflexion est nécessaire pour que se produise l'idée et la volonté de limiter sa progéniture, ce n'est pas à dire que celte idée une fois suivie par quelquesuns, soit bien difficile à comprendre et à imiter pour les autres ».
Encore faut-il que dans chaque classe 1l se trouve une raison d'adopter l'idée répandue. Mais :l est rare que celte raison fasse défaut : « pauvreté, appréhension égoisle des soins qu'exigent les enfants, souci égoïste des bouches à nourrir, peur de démembrer lé bien patrimonial, désir désintéressé d’assurer l'avenir de l’enfant » : ce sont molfs qui existent d’une façon à peu près constante dans une société civilisée, quoique dans des proportions variables du haut en bas de l'échelle sociale.
La pauvreté ou la misère est-elle donc un facteur du mouvement de la population comme l'ont prétendu les économistes ? — Oui, répond M. Parodi, mais un facleur indirect (1) seulement, parce qu’ « elle ne peut agir dans ce sens que si d’autres conditions se trouvent réunies, et ne saurait en tout cas agir d’une façon fatale et en quelque sorte irrémissible ». La misère n'est que « l’occasion de la dépopulation — au même litre, n1 plus ni moins (avec la seule différence de son caracère plus urgent et plus fréquent), que peut l'être pour
une mondaine le désir de ne pas déformer sa taille ; ou,
(1) EL par suite sans relation nécessaire de cause à effet.
dans lous les cas d'union libre, la crainte du scandale qui résulte de la maternité ». |
La misère en somme n'est pas un facteur de la limilation volontaire, mais une condition de milieu favorable à l’un de ses facteurs : l'adoption de l'idée.
C'est également en tant que condition de milieu favorable à celte adoption que peut avoir influence sur le mouvement de la population « la législation actuelle de l'héritage, qui tend au morcellement extrême de la propriété », et aggrave par conséquent la crainte de « démembrer le bien patrimonial ».
30 Le troisième facteur tout négatif suppose l” « absence de raisons... morales ou religieuses capables de faire comprendre la laideur de ce calcul au point de vue moral et patriotique ; l'absence aussi peut-être de mesures législatives encourageant à la procréation ou en diminuant les charges ».
La connaissance des conditions de milieu favorables à la imitation (et selon l’auteur à un excès, notamment en France, de limitation) de la population, permet à la théorie psychologique de conclure au point de vue pratique :
Que la misère au bas de l'échelle sociale, et du haut en bas l'influence de la législation et des coutumes sont très susceptibles d’avoir une répercussion considérable sur le mouvement de la population ;
Mais que la grande cause du ralentissement de la pe-
pulation constaté par tous les économistes el sociologues
dans les pays de civilisation avancée, la seule circonstance qui ait avec ce ralentissement un rapport direct el nécessaire de cause à effet : « c’est la corruption croissante des mœurs, résultat de l'extension imitative à toutes les classes de ce qui n’était d’abord que le vice d'une seule ; c’est l'absence d’une discipline morale capable, en cette heure de relâchement ou d’affaiblissement de la foi religieuse, de faire taire tous les égoïsmes et les calculs d'intérêt privé, en imposant un idéal commun de vie familiale, sociale et patriotique ; d’une discipline capable de l'imposer à tous les hommes de l'Europe moderne, mais surtout à nous Français, qui ne faisons que ressentir plus tôt, et comme d'une façon plus aiguë et plus intense, les maux de la civilisation
elle-même.
Et la théorie psychologique, à l'encontre des précédentes, croit à deux sortes de remèdes possibles : Les mesures législatives ou fiscales, mais surtout l’éducalion.
Les mesures législatives pourraient être : «... Une meilleure réglementation du droit de tester par exemple, où une simplification du mariage juridique, le rendant plus facile et moins onéreux, ou même dans une certaine mesure l'impôt sur les célibataires, ete...»
Mais le grand remède dont il faut attendre un relèvement de la natalité, c'est l'éducation, seule capable si
elle est bien entendue de combattre la corruption des
mœurs. « C'est de l'éducation, conclut M. Parodi, qu'il faut {out altendre ou tout craindre » (1).
(1) On peut voir dans quelle mesure le point de vue a changé
depuis Malthus, en se rappelant qu'il demandait à l'éducation de modérer le taux de la natalité!