CHAPITRE PREMIER
« Aujourd'hui Malthus est abrogé. »
(M. Lorra.) I. Des prémisses indiscutables. — II. Une doctrine morale très complète. — III. Une doctrine économique incomplète, et à plus
: d’un point de vue, inexacte.
Malthus était parti d’un principe qui n'a pas été renversé et qui ne paraît pas devoir l'être jamais, puisqu'il est à la fois l'explication et la résultante de l’histoire générale de l'humanité.
La population est limitée par les moyens d'existence. Le raisonnement et les faits concourent à le prouver.
Il est absolument impossible de supposer que l'espèce humaine à son origine ait été placée sur la terre avec une faculté de reproduction susceptible seulement d’en maintenir strictement le nombre. Sans avoir nullement recours à la doctrine biblique de la création d’un homme
unique et d’une seule femme, l’ethnologie nous apprend 8: — 46
que notre espèce d'abord confinée sur une petite partie du globe s'est peu à peu propagée et multiphée, au point d'en occuper aujourd’hui toutes les parties qui ne présentent pas à la culture des obstacles insurmontables.
A peine ose-t-on rappeler un point de biologie aussi évidemment établi. Toute la théorie célèbre de M. Loria sur les transformations économiques repose sur cette certitude, et si de nombreuses critiques se sont élevées contre son système, ce n'est jamais de ce côté qu’on a tenté de l’ébranler.
Ce fait acquis donne une base certaine au principe : que l'espèce humaine est susceptible de s’accroître en nombre. Accroissement nécessairement indéfini, puisque, la nature répartissant les forces prohifiques d’une façon normalement égale chez tous les individus, tout accroissement, comme l'observait Malthus, peut être pour l'espèce humaine la source d'un accroissement nouveau el plus considérable, Il ne serait à cela qu'une restriction possible : il faudrait démontrer que les facultés génésiques s’affaiblissent à mesure que la race vieillit ou que la densité de population augmente : mais si cette opinion explique en une certaine mesure et dans certains cas particuliers l'infécondité de certains ménages ou de certaines tribus, elle est incapable de rendre compte du ralentissement constaté dans les pays civihsés, et à plus forte raison d'un arrêt absolu de la pro-
gression fül-ce dans l’avenir le plus éloigné.
Notre espèce est donc susceptible de s’accroître indéfiniment, et du reste n’a pas cessé jusqu’à nos jours de le faire, quoique d’un mouvement uniformément ralenti. Or l'espace et la matière, qu'elle se partage avec tous les êtres qui l'entourent, sont au contraire insusceptibles d’accroissement : « Rien ne se crée, rien ne se perd », nous dit la science. D'où résulte que tout développement d’une espèce ne peut se produire qu'aux dépens d’une autre espèce. Et comme, d'autre part, les règnes de la nature se pénètrent les uns les autres, puisque l’animal se nourrit du végétal, le végétal du minéral, et que le règne minéral s'accroît des résidus des deux autres, on peut supposer théoriquement qu’un seul règne, et dans ce règne une seule espèce, arrive à assimiler en quelque sorte, à absorber tout ce qui l’entoure. Seulement, si l'esprit pouvait concevoir que l’espèce humaine en vint ainsi à peupler le globe comme Franklin le supposait pour le fenouil, elle y resterait seule et réduite à vivre sur elle-même.
A la vérité, cette supposition serait permise, s'il était une espèce assez puissamment supérieure aux autres pour les assimiler peu à peu sans que l'effort entraînât pour elle une déperdition appréciable. Dans la réalité, cette absorption est impossible : le genre humain, qui est certainement le mieux armé de tous, n'arrive à s'approprier la substance des espèces animales et végétales dont 1l se nourrit, qu'au prix d’une certaine somme de
temps et d'efforts. Or, le temps a prise sur lui, et ses
forces sont bornées. D'où une déperdition qui vient sans cesse compenser l'accroissement obtenu par ailleurs, déperdition d'autant plus marquée qu'elle se produit dans un milieu où l'espèce humaine est plus vieille, plus affaiblie, moins résistante contre l'usure du temps, moins prompte à la lutte et à l'effort.
En somme ,il est certain qu'avant d'arriver à l’impossibilité de toute assimilation et, par suite, de tout accroissement, notre espèce, comme les autres,sera toujours arrêtée par la difficulté croissante de cette assimilalion nécessaire. L'essentiel est de retenir que le développement de l'humanité, qui pourrait théoriquement être indé/ini,trouve des bornes dans une difficulté de se procurer des subsistances, difficulté qui a pour limite, au sens mathématique, l'impossibilité absolue. Ce qui nous conduit logiquement à cette conclusion que la population est limitée par les subsistances.
Que si jamais l’histoire des siècles n’a offert l'exemple d'une humanité développée au point de manquer de vivres et de chercher sur elle-même sa nourriture, ilen est une raison : c’est qu'avant de ressentir les souffrances de la faim, l'humanité intelligente a eu le don de les pressentir et a su mettre d'elle-même un frein à sa faculté d'expansion. Si le défaut de subsistance ne s’est Jamais aggravé jusqu'à l'extrême, c’est précisément parce que l’homme s’est rendu compte de son aggravaüon possible et de la prohibition imposée par suite à la
hbre diffusion de son espèce. Il a même formulé cette
prohibition : c’est la loi du rendement non proportionnel.
Le rendement non proportionnel est l'expression positive de l’abstraction que nous venons d'envisager : c'en est l'application à un espace donné. Nous disions que, dans un domaine limité comme la terre, un élément absorbant et un ensemble d'éléments absorbés ne peuvent pas croître à la fois, — proposition évidente s’il en est: la loi du rendement non proportionnel exprime l'idée que, sur une étendue de terrain donné, les ressources du sol ne peuvent pas croître indéfiniment avec le nombre des individus qui le cultivent.
Elle se formule, il est vrai, d’une façon un peu différente : c’est à savoir que l’homme n’a pas intérêt à appliquer à la culture d’un sol himité l'effort de bras sans cesse plus nombreux. Mais le fond est le même : si le sol, qui, travaillé par un homme, nourrit un homme, devait, travaillé par 10 hommes, nourrir 10 hommes de la même manière, l'espèce humaine aurait intérêt à augmenter l'effort ; et elle l'augmenterait, parce qu’à égale satisfaction du besoin de subsistance, il y aurait satisfaction plus libre de l'instinct non moins impérieux de la procréation.
La loi du rendement non proportionnel est, si l’ou veut, l'expression économique de cette loi naturelle, à savoir qu'en considérant deux éléments, dont l’un ne peut se développer qu'au détriment de l’autre, il ne
saurait y avoir, dans un monde « fini », accroissement
parallèle de ces deux éléments. Au reste, nous ne connaissons pas de théorie qui rejette intégralement la loi du rendement non proportionnel. Il nous semble que, par ce qui précède, ce serait rejeter l'évidence.
- La faculté d’accroissement indéfini de l’espèce humaine étant admise, la limitation par les subsistances s'ensuit inévitablement.
Comment s'étonner maintenant que Malthus ait considéré ces prémisses comme acquises aussitôt que formulées ? Si nous y avons insisté, pour notre part, c'est que le socialisme du début du xix° siècle s’en est, non seulement étonné, mais indigné.
Godwin a même prétendu prouver, par on ne sait quel tour de force,que le nombre des individus de l'espèce humaine reste à peu près stationnaire de nos jours, parce que sa faculté d'accroissement est tout juste suffisante pour combler les vides que produisent normalement les décès.
Qu'est donc devenue la faculté d'accroissement, qui d’un coin de la Mésopotamie a répandu à travers les âges la race blanche en Europe, la race jaune en Asie, la race noire en Afrique, et la race rouge en Amérique ? Mystère. Car 1l faut bien faire attention à ceci: cette faculté, pour que la thèse socialiste ait raison du malthusianisme, doit avoir disparu d’elle-même, sans qu'aucune circonstance extérieure en ait atténué les
effets. Où est la clef de cette énigme ? Assurément pas
dans Godwin. Et, comme nous le remarquions plus haut, elle n'existe non plus dans aucune théorie physiologique ou psycho-physiologique. Et Spencer avec le développement intellectuel, et le D' Picon avec les maladies vénériennes, n'ont jamais songé qu’à rendre compte, d'une façon très partielle, du ralentissement de la natalité.
Mais, puisqu'il est absurde de prétendre que l'espèce humaine n'est plus sasceptible de s'accroître, il faut que le ralentissement de sa progression vienne d’autres causes ; et, en les recherchant, nous ne sortons pas du malthusianisme. Car, en dehors de cette disparition mystérieuse de la faculté d’accroissement sur laquelle semble se reposer l’optimisme de Godwin, il estimpossible, depuis les cruautés d’Attla jusqu'à la capillarité sociale de M. Dumont, de trouver une cause générale ou particulière de ralentissement de la population dont Malthus n’ait discerné l'existence.
Il est impossible également d'échapper à la classification qu'il a donnée de ces causes, suivant qu'elles sont préventives ou répressives, suivant encore qu elles sont, au sens strict, morales ou immorales, c'’est-àdire, pour employer l'expression de M. Parodi, qu’elles
consistent ou non à « tromper le dessein de la nature ».
Jusqu'ici Malthus, ayant raisonné à la fois en philo. sophe, en économiste et en moraliste, pouvail avec raison se dire « retranché en une forteresse imprenable ».
Reste à voir comment il en est sort,
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Dans la recherche des obstacles à la population, à laquelle il s'est employé avec un soin si consciencieux et une si grande largeur de vues, Malthus a été conduit à reconnaître que la limitation, qui se produit de façon irrégulière, saccadée et douloureuse dans les civilisations inférieures, tend à perdre ces caractères à mesure qu'on s'élève vers des milieux plus perfectionnés.
Au dernier degré de la sauvagerie, l’homme se laisse emporter par l'instinct, et l'excès de la procréation est livrénécessairement à l’action du « positive check » sous toutes ses formes. Un peu plus tard, la prévoyance humaine apparaît, tout en conservant le caractère rudimentaire et brutal du milieu où elle se manifeste. Si l'infanticide ou la coutume de faire périr la femme avec son mari et l'enfant avec sa mère, peut être tenue pour un progrès sur l'abandon pur et simple aux privations et à la faim, ce n'est qu'à un point de vue théorique.
Mais c’est aux premières étapes seulement du voyage
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où s’est engagé Malthus que ces désolants exemples se sontimposés à lui. À peine son examen s'est-il porté sur les peuples de civilisation moyenne qu'il ya vu le « preventive check » apparaître et s'organiser, En Suède et
en Norvège, l'obstacle préventif a pris une place pré-
pondérante ; en Angleterre et en France, Malthus a dû reconnaître, avec le docteur Short, que « l’accroissement du genre humain est arrêté par la timide prudence, qui fait redouter le mariage et les dépenses qu'il entraîne, plus que par aucune autre cause ».
La conclusion qui semblait s'imposer était que les causes de limitation tendaient à se faire plus nombreuses proportionnellement aux progrès réalisés par l’esprit humain, l’action en devenant à la fois moins douloureuse et plus efficace. L'obligation existant pour l’homme de modérer son instinct persistait toujours, mais elle perdait le caractère de « dure nécessité » qu'elle avait présenté au début, et surtout la misère humaine cessait d’être inéluctable, pour cette raison que, tout progrès dans le « standard of life » étant lié à un progrès dans l’intellectualité, ce double progrès préparait une nouvelle victoire du « check » préventif, un nouveau recul de ce qui était appelé le « malheur » (misery).
Comment el pourquoi le malthusianisme s’est-1l soustrait à cetle conclusion ? -
Au dire du socialisme, le pourquoi est bien simple. Malthus avait pris la plume pour légitimer les appétits et les égoïsmes bourgeois : 1l ne pouvait faillir à sa tâche et avouer que la bienfaisance poussée jusqu’à la socialisation des biens fût, par excellence, le moyen d'accroître, avec le bien-être, la prévoyance humaine
et d’écarter tout péril de surpopulation.
Malthus fut, nous l’avons dit, trop consciencieux pour que ses tendances puissent être ainsi expliquées. Il nous semble qu’on en peut donner deux meilleures raisons.
La première est qu'à l’époque où Malthus écrivait, l'Angleterre souffrait déjà et s'inquiétait surtout pour l'avenir d'un phénomène d’« hyperdémie » (Nitti) qui, par le fait, devait se prolonger fort avant dans le xixe siècle. Ce phénomène était lié à la transition économique qui faisait passer alors l'Angleterre « d’un système industriel décrépit à un système nouveau plus fort et plus puissant ». Cette raison est donnée par Nitti. Le malthusianisme fut, pour cet auteur, un « produit naturel » de l'état d'esprit que les inquiétudes du moment déterminèrent à cette époque en Grande- Bretagne.
D'un autre côté, 1l est certain que Malthus, volontairement ou non, n'avait jamais dépouillé les préoccupations morales qui devaient être celles d’un « clergyman », el que, dans la seconde partie de son œuvre, ces préoccupations l'ont complètement dominé. L'économiste de Manchester s’est à ce moment effacé devant le curé d'Hayleybury, lui laissant le soin d'apporter une conclusion à ses travaux.
Ces deux raisons expliquent, chacune pour leur part, que les conclusions du malthusianisme soient plutôt des préceptes moraux que des maximes économiques, et
que les tendances en soient pessimisles.
Si nous voulons maintenant examiner la façon dont Malthus a adapté des conclusions morales à des prémisses économiques, sans que l'unité de son système paraisse,au premier abord,s’en être ressentie,nous reconnaîtrons sans peine qu'entre la première et la seconde partie de son raisonnement il a introduit de nouvelles prémisses, celles-ci d’une valeur toute morale. C’est à savoir que, pour la société comme pour l'individu, tout progrès dans la satisfaction de ses besoins est illusoire, s'il est acquis au prix de la stricte observance des commandements de la morale.
Il a dès lors apprécié le mécanisme de la limitation, au lieu de se borner à le constater, et — ce qui l’a éloigné encore davantage du but qu'il avait d’abord paru se proposer — chaque fois que son appréciation avail été défavorable, il à fait table rase de ce qu'il avait constaté.
N'est-ce pas là tout le secret de ce sphinx redoutable, de ce « monstre du raisonnement », devant lequel s'indigne et se croit impuissant le docteurOppenheimer, et dont M. des Cilleuls pense qu'il faut l’attaquer » dans les prémisses et dans les phrases incidentes, de peur de se voir entraîné dans l’engrenage des raisonnements » ?
Ce sont, au contraire, les prémisses, — nous espérons l'avoir montré, — qui sont dans le malthusianisme le plus inattaquables. Et cela est vrai également, dans leur domaine, des nouvelles prémisses morales qu'il intro-
duit au cours de son raisonnement. Mais Malthus a
oublié que, ces dernières étant d’une valeur toute morale, il était mal fondé à en tirer des conclusions purement économiques. La faute la plus grave qu'on lui puisse reprocher n’est qu’une faute de raisonnement.
La question qu'avec Malthus nous nous étions posée, était la suivante : le développement de la population humaine tel qu'il se produit est-il compatible avec une amélioration quelconque du sort des masses ? La question à laquelle il a répondu — négativement — pourrail se formuler à peu près comme ceci : la faculté humaine de procréation peut-elle être enrayée par le seul moyen que la pure morale autorise, au point de s'arrêter à temps — eu égard aux ressources de chaque milieu — pour que tout nouveau-né y trouve d'avance « son couvert mis » ?
Et cela « n'étant pas à prévoir », 1l en a déduit que le monde, d’une façon générale, souffrait d'un excédent chronique de population. Pure fiction, qui ne se fût pas imposée à l'esprit d'un économiste ; mais nous venons de dire qu'à ce moment Malthus ne pensait plus et n'écrivait plus qu'en pasteur fidèle à la foi chrétienne. Pour celui-ci, toute amélioration souhaitable des conditions sociales supposait, avant tout, la perfection morale, et tant qu'il restait un progrès à faire de ce côté, le reste ne valait pas qu'on en tint compte.
« Malheureux, pensait-1l, ceux qui sont fauchés par la misère ! Plus malheureux ceux qui se contiennent
par le vice ! Ceux-ci ne doivent pas être un objet d'en-
vie pour ceux-là. La contrainte morale est le seul moyen propre à contenir le développement de l'espèce humaine sans la faire déchoir de sa dignité.
C’est ce que M. Turgeon a montré éloquemment dans son féminisme français. Rencontrant sur son chemin la question de la natalité, il n'a pas eu de peine à montrer que toutes les doctrines révolutionnaires, anarchistes ou socialistes, que tout le mouvement des idées et des mœurs, entraînent notre pays vers une diminution des naissances. Il faudrait citer tout le chapitre intitulé le Féminisme et la natalité (1). Nous en rappellerons seulement ici la conclusion morale, qu'il est parliculièrement intéressant de rapprocher de celle de Malthus.
« À mesure que l'esprit humain deviendra plus 1instruit et plus éclairé, à mesure que les lois de la vie et de la reproduction seront mieux connues, 1l est à croire que la naissance des enfants et le peuplement de la terre seront assujeltis plus étroitement à notre volonté. Au lieu d’être abandonnée à la merci d’un hasard aveugle ou au caprice d’impulsions inconscientes, la génération sera soumise de plus en plus au contrôle de notre hbre jugement. Tranchons le mot : un jour viendra, — et je le crois proche, — où n'auront d'enfants que ceux qui, de propos délibéré, voudront bien en faire.
« Et il se pourrait que celte volonté fût de moins en
moins active et générale. Avec l'excitation des mauvai-
(1) Le Féminisme français, 2° édit., t. II, p. 420 à 433.
ses mœurs qui, dans les grandes villes surtout, inelinent la population à des habitudes physiologiques désordonnées, avec l'horreur croissante de certaines gens pour les soins, les tracas, les dépenses des enfants à nourrir et à élever, n'est-il pas à prévoir que la perversité humaine, servie par la science, ne se fasse un Jeu d'appauvrir le pays de nouvelles existences ? N'est-il pas à craindre que ceux qu’affole la passion des jouissances et qu'épouvante la pensée du sacrifice, ne soient tentés trop souvent de cueillir la fleur du plaisir en supprimant préventivement le fruit du devoir et du véritable amour ?
« Les restrictions de la natalité seront donc de plus en plus volontaires. Et qu'on ne se récrie point : elles le sont déjà. Conseillées ou imposées par l’un, acceptées ou subies par l’autre, 1l n’est pas rare même qu'elles soient concertées entre mari et femme. Des gens graves el pudiques font les étonnés ; qu'ils entrent dans un ménage normand ou beauceron, et on leur dira, à demimot, qu'on a peu d'enfants parce qu’on serait désolé d'en avoir beaucoup. Si les confesseurs pouvaient parler, ils nous édifieraient sur ce chapitre délicat.
« Alors une grave question se pose: puisque la volonté de l’homme {et je n’excepte point la volonté de la femme, au contraire) ne cesse de s'exercer, avec plus d'assurance et d'efficacité, sur la transmission de la vie et la reproduction de l'espèce, comment pour-
rons-nous sauver notre patrie d'une dépopulation qui
la menace et d'une dépravation qui l'abaisse ? Je ne sais qu'un remède ; et c’est encore le vieux mariage chrétien avec ses sanctions morales et son frein religieux. Voulez-vous fonder une famille : mariez-vous, sinon soyezchaste. Ou le mariage fécond, ou le célibat vertueux. Mais ce remède n'est-il pas au-dessus de nos forces ? La discipline, qu’il suppose, n'est-elle pas trop pure, trop austère pour nos âmes débilitées ? Il est des malades
qui ne veulent point guérir. »