‹ Principe de Population et Socialisme (Histoire des Doctrines de la Population, depuis le Principe de Population de Malthus jusqu'à nos jours)Chapitre 35 sur 42 · RÉPONSE QUE DONNE LA SCIENCE ACTUELLE · texte numérisé non relu

RÉPONSE QUE DONNE LA SCIENCE ACTUELLE

sirs. Poussé jusqu'à l'abus de la jouissance, jusqu’à la dissolution des mœurs, il étouffe les préceptes de la morale et dénature l'instinct génésique. Arrivé à son summum, il peut, en permettant le développement excessifde l'esprit aux dépens du corps ouen pervertissant celui-ci, devenir un facteur déterminant de dépopulaüon ; mais, en général, il a plutôt pour effet de supprimer les entraves de la morale, de permettre la satisfacüon du désir en dehors de la procréation ou tout au moins de faciliter la résistance à ce désir en offrant à l'individu des satisfactions d’un autre ordre.

À moins donc de supposer l’homme foncièrement perverü, leffet du bien-étre acquis ne suffirait pas à ralentir la procréation de manière à éviter un amoindrissement progressif des conditions de vie. Siles peuples civilisés évitent cet amoindrissement et vont sans cesse vers l’amélioration, c’est grâce au facteur positif de ralentissement — à la « raison de limiter » — que constitue précisément, pour chaque individu, la recherche d’un bien-être toujours plus grand. Que deviendrait cette recherche dans l’état socialisé ?

Elle subsisterait, dira-t-on, collectivement, chacun ayant intérêt à améliorer le sort de tous et à fournir un effort personnel pour y parvenir.

L'altruisme tout-puissant est ici, comme de coutume, à la base du raisonnement socialiste. Mais comment admettre sans parti pris que l’altruisme puisse susciter

chez l'homme, d’une façon constante el régulière, les SEE

er

mêmes efforts que le stimulant de l'intérêt personnel ? Comment ne pas craindre que l’Etat,du jour où 1l assumerait la charge de tous les nouveau-nés, se trouve à la tête d’une progéniture surabondante ? Et quel moyen aurait-il d'en conjurer l'excès ? Malthus avait ici raison quand il redoutait, dans les « systèmes d'égalité » l'oubli de toute contrainte : « .... Tous élant égaux (dans ces systèmes) et placés dans des circonstances semblables, on ne saurait voir pourquoi un individu se croirait obligé à la pratique d’un devoir que d’autres dédaigneraient d'observer. »

C'était le même péril qu’Aristote prétendait écarter par l’avortement pur et simple, sentant parfaitement l'impossibilité de maintenir un système de répartition égalitaire sans une limilalion impérative de la natalité : « Il faut, écrit-1l, dans la Polifique,une loi qui défende de nourrir tout enfant difforme. Pour le nombre des enfants (car le nombre des naissances doit {toujours être limité), si les coutumes ne permettent pas d’abandonner un enfant, el si au delà du nombre limité quelques mariages deviennent féconds, 1l faut provoquer l’avortement avant que le fœtus reçoive le sentiment et la vie... » l'Il ne faut pas oublier que ce cynisme est ni plus ni moins imposé par la logique. C’est pure utopie

d'escompter, dans un régime où la nécessité de l'effort

serait rendu — comme on le souhaite moins impérieuse,un rendement du travail non seulement égal au

produit actuel, mais tellement supérieur qu'il permit

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