RÉPONSE QUÉ DONNE LA SCIENCE ACTUELLE
de faire face à une accroissement indéfini du nombre des bouches. C’est pure utopie surtout de penser que sans réglementation impérative, chaque membre de l'Etat socialisé consentirait à s'imposer proprio motu la limitation d’une progéniture dont l’Alma mater assumerait bénévolement la charge.
En résumé, nous estimons que la réponse à la queston de la population n’est tout entière n1 dans le pessimiste malthusien ni dans l’optimiste socialiste.
L'accroissement effectif de l'espèce humaine est-il compatible avec une amélioration progressive des conditions de la vie? Tout ici s'accorde, contre Malthus, pour répondre affirmativement.
Mais, en revanche, 1l ne faut pas oublier que l’accroissement très modéré qui permet cette réponse est étroitement lié à la nécessité constante d’un effort el au souci personnel à chaque individu de poursuivre l'amélioration souhaitée
C'est en partie à cause de cela que le socialisme poursuit un idéal fragile et éphémère, parce qu'il comporte la suppression de ce qui le rend théoriquement possible, à savoir la suppression de la tendance individuelle au mieux-être et du profit personnel attaché à la contrainte, c'est-à-dire des deux grands obstacles qui forment les
milieux civilisés au péril de la surpopulation.
Nous arrivons aux conclusions suivantes :
La faculté d’accroissement de l'espèce humaine étant indéfinie, entraîne l’humanité à un développement qui n’est théoriquement limité que par la difficulté ou l’impossibilité de se procurer des subsistances. Quand il y a excédent du nombre des individus sur la quantité des subsistances, il y a surpopulation. Mais que le globe terrestre devienne un jour surpeuplé, ce n'est qu'une possibilité théorique.
Le péril de la surpopulation ne peut subsister en pratique que pour les peuples à l'état primitif et dans les civilisations embryonnaires ou ralenties.
Dans les civilisations avancées — européennes surtout — la surpopulation n'existe pas pour l’ensemble des peuples et, si elle se produit dans certains milieux, elle ne rend pas compte de la situation précaire faite aux individus qui les composent, eu égard au caractère pour ainsi dire artificiel qu’elle revêt dans ces milieux. Il y a place ici pour un problème à la solution duquel tendent de nos jours tous les efforts : le problème de la répartition. Celui-ci ne touche à la question de la surpopulation que par un point: la possibilité qu’une s0-
lution égalitaire ne fasse renaître précisément la ques-
tion des subsistances, en annulant pour partie les effets de la civilisation.
La question de la population au début du xix° siècle, s'est trouvée, semble-t-il, mal posée. Emu d'un fait passager d’ « hyperdémie », Malthus a cru voir dans la surpopulation une loi immuable régissant les sociétés humaines et expliquant, d’une façon permanente, les maux dont elles souffraient. Par réaction, des théories se sont élevées pour soutenir quele développement de la population humaine n’était pas la cause unique des souffrances sociales, en quoi il faudra leur donner raison ; etelles ont prétendu qu’un meilleur système de répartition des subsislances supprimerait la possibilité de la surpopulation, en quoi nous pensons qu’elles ont versé, à leur tour, dans l'erreur, ainsi que nous avons essayé de le démontrer.
En reconnaissant que la course au bien-être, produit naturel des civilisations en progrès, suffit largement à tenir en échec le Principe de population, etqu'il en résulte entre la population et les subsistances, un équilibre très réel bien que ne profitant pas également à ous, nous avons vu que Malthus n'avait pas espéré assez du jeu des lois naturelles et sociales, et que le socialisme en avait espéré trop.
Là s'était arrêtée, du reste, la conception que le xix* siècle s'était faite de la question de la population. Pour conclure dans ce sens, nous pourrions nous bor-
ner à conslaler l'avantage que tirent les nations civili-
sées du ralentissement progressif de leur population, et que le péril de la surpopulation, semblable à un mirage, s'éloigne ainsi du monde à mesure qu'il paraît devoir s'en approcher.
Il est cependant une autre face du problème, très actuelle en même temps que très neuve, à laquelle nous avons fait allusion au début de ces lignes, et dont nous ne pouvons nous dispenser de dire un mot en terminant.
Nous avons vu que l’espèce humaine tend bien à se développer indéfiniment au détriment des autres et à les absorber peu à peu, mais qu'à l'effort réalisé pour y parvenir elle se fatigue et s'use à la longue, de sorte qu'il lui faut abandonner la lutte avant l'heure où sa victoire se retournerait contre elle.
Si ce processus n'apparaît pas toujours très nettement, c'est parce que l'humanité ne constitue pas à ce point de vue un milieu homogène. Tandis que certains peuples ou certaines races en sont arrivés à la période de ralentissement, de déclin, où s'exagère ce que Parodi appelle la « culture qualitative », d’autres en sont encore à la période de développement intense qui coïncide avec la croissance des peuples. Certains aussi conservent cette verdeur primitive plus longtemps que d’autres, grâce à une civilisation moins raffinée
Ainsi s'explique la montée ininterrompue de la race jaune, en dépit d’une civilisation trois ou quatre fois
plus vieille que la nôtre, mais restée indéfiniment à
l’état larvaire.