LA THÉORIE SOCIALISTE OU OPTIMISTE
Nous ne donnons pas assurément ce passage comme le type de l'argumentation employée par Godwin, bien que sous sa plume il s’en rencontre trop souvent de semblables, mais il doit suffire à montrer que dans une aussi sévère discussion l’indignation est mauvaise conseillère : le bras qu’elle anime dirige mal son arme et donne à faux des coups qui, mieux portés, eussent pu avoir peut-être des conséquences décisives.
Or la fortune du malthusianisme devait survivre longtemps encore à la virulente réponse de Godwin, bien que cette réponse contint en germe tous les arguments que plus tard, mieux ordonnés et plus solidement appuyés, nous retrouverons, non seulement plus dangereux entre les mains des adversaires de Malthus, mais ayant fait impression sur les esprits mêmes qui gardent le fond de sa doctrine ets'en tiennent à l’idée « libérale » à laquelle il s'était attaché.
Enfin, avant d'aborder l'exposé de la théorie socialiste de la population contemporaine du malthusia-
nisme, il serait injuste de ne pas insister sur ce point
l'Essai, avait eu déjà à se défendre d'une imputation absolument semblable de la part de Sir Graham, qui lui reprochait de considérer les vices et la misère, comme des « remèdes bienfaisants » à l'excès de la population (Essai, Trad. Prévost, p. 645). Plus loin, quand Malthus disait : « C'est dans les cas particuliers une dure maxime, mais enfin il faut que l'assistance ne soit point exempte de honte ! » M. Graham interprète que « le riche doit tellementaigrir les maux de l’indigent par l’aiguillon de lopprobre, que les hommes soient forcés par orgueil à préférer le dernier refuge du désespoir à la dépendance »
qu’elle fut inspirée de très bonne foi par la conviction que le malthusianisme nuirait au bonheur de la société en détruisant tout espoir d'amélioration, et en portant un coup indirect mais dangereux à la morale.
Godwin, dans sa préface, s'était défendu que l'on pût reconnaître dans les Recherches de la populalion l’auteur de la « Justice politique ». Nous ne pouvons croire qu'il y ait réussi, mais l’auteur de la Jusfice politique n’en reste pas moins un philanthrophe idéaliste, qui, sl vise plus loin que sa main ne saurait atteindre, n’en vise pas moins au bonheur parfait, avec l'espoir d’en doter l'humanité.
Godwin fut philanthrope et moraliste comme Malthus, seulement au lieu d'être économiste, 1l fut encore romancier, journaliste et... anarchiste.
Toute la Recherche sur la population ne formant qu'une critique du malthusianisme, 1] nous sera facile d'en coordonner l'exposé à celui qui précède. Le but de l'auteur a été de montrer qu'aucune linnte naturelle ne s impose à l'amélioration indéfinie de la condition des hommes, et que le seul obstacle qui se dresse devant elle est le mur désespérant de l « ordre établi », au pied duquel veillent les gouvernements. Son moyen a été de détruire la progression géométrique, et d'essayer de montrer que la prétendue tendance à l’accroissement maximum n'existe pas, ou du moins que les effets en sont annulés par d’autres causes que le vice et
la misère.
vrir l'existence 7 « ME pt » ; — nous terminerons en suivant Godwin dans sa critique des
conséquences du malthusianisme, en jetant un coup d'œil sur ses projets d'avenir. |
ba 4 Art NT, see A al: