‹ Principe de Population et Socialisme (Histoire des Doctrines de la Population, depuis le Principe de Population de Malthus jusqu'à nos jours)Chapitre 9 sur 42 · LES « ENTRAVES A L'ACCROISSEMENT DE · texte numérisé non relu

LES « ENTRAVES A L'ACCROISSEMENT DE

La progression Malthusienne, qui « passe les bornes de la crédulité humaine », nécessite en même temps « l’existence de moyens terribles, dont l'épouvantable influence soit capable de neutraliser une telle faculté d’accroissement ... » (Recherches... t. I,

I Insuffisance du vice et de la misère à expliquer l'arrêt du développement des peuples. — II. Essai d'une « Théorie raisonnable » à ce sujet.

Deux conséquences découlent de ce qui précède : « la première tirée de l’exemple de la Suède, c'est que la population lorsqu'elle est favorisée par des circonstances singulièrement propices tend à s’accroître au point de doubler dans un peu plus de cent ans ; la seconde fondée sur l’histoire du monde, c’est que cet accroissement est continuellement contrecarré, en sorte

qu'il n'y à aucune raison de croire que la terre soit en ce

moment plus peuplée qu'à une époque antérieure quelconque connue par des monuments historiques dignes de foi ; et d’après ce qui se passe à présent sur la surface du globe, il n’est nullement vraisemblable que cela ait lieu par la suite (1). »

Donc « il y a quelque chose qui empéche la population de s'accroître ». Etici le malthusianisme et le socialisme se touchent un instant. Mais c’est pour diverger aussitôt.

D'après Malthus la population constamment débordante « est réprimée par l'effet du vice et de la misère » : Alternative monstrueuse dont l’auteur de l'Éssar n’a pu sortir qu'en inventant dans une seconde édition la contrainte morale, avec le seul souci de ménager la « sensibilité de ses lecteurs », et la conviction avouée, prétend le socialisme, que cette contrainte morale n’a jamais agi et n’agira jamais effectivement (2).

L'excès de population étant d'origine naturelle, la limitation dans le malthusianisme est également d'’ori-

gine naturelle, et se présente le plus généralement sous

(1) Trad. Constancio, t. IT, p. 3.

(2) Le socialisme reproche-t-il à Malthus d'avoir compté trop ou trop peu sur la contrainte morale ? C’est ce qu'il est difficile de reconnaître dans les Recherches. Tantôt l'auteur y reproche à Malthus de n'avoir donné place à côté du vice et de la misère qu’à un palliatif illusoire et reconnu tel, — Lantôt (V. pages suivantes), il prend éloquemment la défense de la morale, en arguaht que chez la plupart des peuples civilisés, les procédés employés pour contenir la population sont généralement conformes à la dignité et à la vertu.

ENTRAVES À L'ACCROISSEMENT rl

la forme des sanctions brutales données par la nature, soit aux excès des passions, soit à la non-satisfaction des besoins essentiels.

Dans la thèse adverse, la surpopulation est d’origine sociale, en ce sens que ce sont les institutions humaines qui rendent impossible sans souffrance un développement de l'espèce bien inférieur pourtant à celui qu’elle pourrait atteindre. Et par suite il est bien inutile de faire appel à une limitation naturelle : la limitation aussi est d’origine sociale, et s'exerce de la façon la plus simple par un découragement constant de la procréation.

Le vice et la misère, arguments suprêmes du malthusianisme, ne sont en réalité n1 suffisants si nécessaires pour déterminer dans nos pays civilisés le stationnement de population que l'on y constate.

Bien qu'on ne puisse nier l'existence du vice et de la misère, « c'est gratuitement qu’on voudrait les considérer comme des causes douées d’une énergie assez forte pour pouvoir opérer la suspension de la loi primitive de la multiplication de l'espèce humaine » (1)... « Les mots vice et misère sont bien assortis, estime Godwin, mais il faut en être furieusement épris pour leur attribuer des effets si surprenants (2). »

L'explication que donne ici Godwin est assez spécieuse: selon lui le malthusianisme n'est en droit de tirer

argument de tel ou tel obstacle à la population que sl

(1) Trad. Constancio, t, If, p. 28.

(2) 1bid.

est prouvé que cet obstacle agii dans toutes les parties du globe, excepté aux Etats-Unis, pays privilégié dont la population paraît-ilse développe sans entraves : « La seule chose qui nous occupe, c’est le vice et la misère ou le degré de l’un ou de l’autre qui existe en Europe et qui ne se trouve point dans les parties septentrionales des Etats-Unis d'Amérique (1). »

Or Godwin « soutient que dans les contrées favorisées de l'Europe, nous n’avons pas une plus forte porüon de ces maux qu'il ne s’en est trouvé dans l’histoire des Etats-Unis... » ; etcomment admettre d’ailleurs que « trois ou quatre fois plus d'enfants meurent dans les pays les plus distingués par leurs bonnes mœurs et les plus heureux de l'Europe, par l’action directe du vice et de la misère, qu'il n’en périt aux Etats-Unis par l’action de toutes les autres causes prises ensemble ! »

Du reste, les causes de dépopulation accidentelle « les plus frappantes dont l’histoire fasse mention sont la querre, la peste et la famine ». Or « la peste n’est point un vice, et l'on ne saurait donner un tel nom à la famine ». « La guerre est donc le seul de ces trois fléaux qui éclaircissent les rangs de l’espèce humaine, qui mérile à juste titre le nom de vice... ». Mais « les hommes se font-ils la guerre parce qu'ils manquent de moyens de subsistance ? Bien au contraire. La guerre

chez les peuples cvilisés est le fruit de l’orgueil, du

(1) Trad. Constancio, t. II, p. 85.

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