‹ Principe universel du mouvement & de la vieChapitre 10 sur 13 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

EMPLOI DE LA FORGE MATÉRIELLE AVEC L'INPLUENCE HÉRÉDITAIRE ET LE PRINCIPE INTELLECTUEL DE LA VIE

Nos philosophes et physiologistes qui veulent démontrer que nous avons une âme font absolument comme s'ils voulaient démontrer le contraire. Ils lui prêtent toutes sortes de fonctions mystérieuses qui ne sont que des actions matérielles faciles à démontrer. Ils englobent sous le nom de forces vitales une foule d'actions qui souvent peuvent être isolées, comme si une âme pouvait se diviser. La généralité des phénomènes matériels étant accessible par Texpérience et démontrable, il ne faut pas s*étonner de voir tant de savants qui sont matérialistes de confiance dès qu'ils ont reconnu certaines contradictions ou constaté quelques faits matériels si nombreux. Au contraire, en donnant la clef même de ces faits si utiles à connaître, on met en relief avec la plus haute évidence la distinction môme des phénomènes de rintelligence et de la volonté.

A part cet ordre supérieur de faits qui forment la base la mieux appropriée que Ton puisse chercher, nous allons voir que toutes les autres forces, états et actions de la vie tombent sous la loi des actions matérielles; le principe supérieur de rintelligence et de la volonté forme donc une exception des plus heureuses, des mieux appropriées qu'il soit possible de désirer et répondant parfaitement à Tordre supérieur des phénomènes observés.

§ 1. — Principe de la force matérielle de la vie animale.

Au début de la vie comme pendant tout le temps qu'elle dure et sous toutes ses formes, nous constatons toujours le même phénomène : le carbone et Toxygène, qui ne se combinent pas librement, se combinent au contact d'un corps azoté rendu suffisamment solide par quelque matière minérale, et le corps azoté étant d'abord un produit végétal, il suffit de la moindre parcelle de cette matière solide dans une dissolution fermentescible parfaitement filtrée et pure pour qu'elle entre tout de suite en fermentation par la combinaison du carbone et

de l'oxygène qui en résulte.

Le même phénomène ^ se montre sous toutes les formes de la vie; que ce soit par la matière azotée de la graine ou du bourgeon végétal; que ce soit dans les dissolutions fermentescibles ou contre la matière azotée de l'ovule ou de l'œuf, que ce soit pendant la vie par le contact de la matière azotée des organes de la respiration et par pression, toujours l'oxygène et le carbone qui n'ont pas la force de se combiner librement, se combinent par la tendance qu'ils ont à se porter l'un et l'autre au contact du corps azoté qili, en effet-, diffère de l'un et de l'autre et tend à les faire comprimer par le supplément de compression qu'ils reçoivent. Il n'y a donc là rien que de très simple et conforme à l'action matérielle : deux corps qui s'approchent par différence entre eux et avec un troisième, puis qui, après s'être combinés et devenus plus denses, s'éloignent de ce troisième corps par moindre différence pour faire place à d'autres éléments plus différents qui viendront se combiner à leur tour et dégager de la chaleur ou force vive qui devient la force matérielle de la vie animale, comme nous allons le voir. Il suffit, pour cela, que le

corps azoté soit assez solide pour ne pas se combiner lui-même avec les deux autres en agissant sur eux.

Nous pouvons d'ailleurs constater des phénomènes tout à fait analogues dans des actions matérielles parfaitement faciles à constater. Ainsi, en mélangeant des équivalents d'oxygène et d'hydrogène, ils ne se combinent pas; mais si Ton y plonge une lame pure de platine, par sa densité, elle condense assez ces gaz à sa surface pour leur permettre de se combiner, et Ton voit Teau formée par ces combinaisons couler à la surface du métal pour faire place à d'autres molécules gazeuses qui se combinent à leur tour. Dans le phénomène de la vie, nous constatons de même que le carbone et Toxygène, qui ne se combinent pas librement, se combinent sous rinfluence du corps azoté solide, plus dense et très différent par sa nature et qui tend à les condenser à son contact. L'acide carbonique qui résulte de cette combinaison devient plus dense que l'oxygène et moins différent du corps azoté; en conséquence, il est repoussé pour faire place à d'autres molécules moins denses d'oxygène qui se combinent à leur tour avec le carbone du sang ou de la matière en contact, et ainsi de suite. Telle est Torigine du mouvement animal.

Chaque combinaison gazeuse d'acide carbonique', devenue plus dense que l'oxygène qui modifie une partie de son atmosphère calorique en prenant plus de densité et une moindre capacité calorique, s'éloigne et se diffuse dans Tair, c'est Vexpiralion. L'oxygène, au contraire, s'approche et se joint aux éléments qu'il devra transformer, c'est la respiration. Mais ce n'est là encore que le moindre des résultats; ces combinaisons dégagent de la chaleur, de la force vive, et c'est cette force exubérante qui va produire les plus importants résultats. Une partie de cette chaleur, en agissant sur les matières voisines, en désunit et liquéfie certaines parties qu'elle

repousse sous forme de sang par cet excès de force vive. Le sang lui-môme s'attache par différence une certaine quantité d'oxygène qui ne peut se combiner qu'à mesure que la force calorique disparaît. Puis, lorsque sa force vive est épuisée et qu'il est devenu acide, ce sang tend, au contraire, à revenir vers le centre alcalin, duquel il se rapproche par différence. Ce sont, comme on le voit, les mômes conditions de mouvement que dans toute autre action matérielle. Mais la forme de chaleur sensible n'est pas la seule que dégagent les combinaisons; il y a aussi les éléments de vibrations plus ténues qui s'attachent à certains corps denses comme atmosphère. Cette partie de la force vive entraînera aussi en s'éloignant les molécules denses sur lesquelles elle a le plus d'action et les disposera en chaîne continue, le long de laquelle elle peut s'éloigner plus facilement sous forme d'atmosphère, et nous avons ainsi, comme nous le constaterons, l'échappement du fluide nerveux. Ceux qui sont habitués aux effets d'alcalinité et d'acidité peuvent facilement remarquer comme cause de la circulation du sang que, lorsqu'il est devenu alcalin, il s'éloigne de la source de chaleur alcaline par similitude : puis, lorsqu'il est devenu acide, il s'en rapproche par différence, et, nous le savons, un courant de matières sanguines emportera ou cédera sur sa route, par diffusion, les matériaux nécessaires à la nutrition.

Nous voilà donc, par des forces entièrement conformes à la loi des actions matérielles, en présence du mouvement incessant de la matière et d'une force proportionnelle à la chaleur dégagée, comme le veut la science. Nous voilà en face de la force motrice de la vie, en face de cette action qui anime la matière et distribue les matériaux nécessaires à la vie!. . .

Mais ne perdons pas de vue qu'il ne s'agit encore que de l'action matérielle qui est la conséffuence inévitable

— ioo —

des transmissions de force vive dont les conséquences sont des résultats voulus mathématiquement en raison de la quantité de force vive développée qui ne saurait ni penser, ni produire un mouvement volontaire. Rien, absolument rien, ne montre là les éléments d'une cause directrice et de volonté, et lorsqu'elle se présentera, nous reconnaîtrons facilement qu'autant la force matérielle se montre facile à constater, autant l'action volontaire se montre impénétrable.

L'action matérielle et initiale qui prépare la force et les actions matérielles de la vie dépend donc de trois conditions essentielles : 1** de l'oxygène, que nous avons à discrétion; 2** des matières hydrocarbonées et nutritives, que nous pouvons nous procurer assez facilement; 3" de la conservation de ce corps solide azoté. et des organes qui le complètent dans les êtres supérieurs. Si ces organes pouvaient résister indéfiniment à l'action qu'ils provoquent, la vie pourrait se continuer indéfiniment. Mais comme tout se transforme plus ou moins vite, espérons au moins qu'avec la connaissance des causes il nous sera plus facile d'entretenir et de prolonger la vie.

Pour que les êtres organisés les plus simples puissent se former dans une dissolution fcrmentescible, complètement limpide, il suffit qu'elle renferme des matières' albuminoïdes qui ont la propriété de se coaguler sous une chaleur de 60 degrés et qu'un mouvement ou une compression accidentelle puisse provoquer une combinaison qui dégagera la chaleur nécessaire à la formation d'un petit globule azoté qui devient plus solide en emprisonnant quelques matières minérales; alors la fermentation continuera par le mécanisme que nous venons de décrire, et il se formera de nouveaux globules ou ferments, par suite de la chaleur dégagée et de son action sur les matières albuminoïdes. Mais si, par l'air

repousse sous forme de sang par cet excès de force vive. Le sang lui-môme s'attache par différence une certaine quantité d'oxygène qui ne peut se combiner qu'à mesure que la force calorique disparaît. Puis, lorsque s'a force vive est épuisée et qu'il est devenu acide, ce sang tend, au contraire, à revenir vers le centre alcalin, duquel il se rapproche par différence. Ce sont, comme on le voit, les mêmes conditions de mouvement que dans toute autre action matérielle. Mais la forme de chaleur sensible n'est pas la seule que dégagent les combinaisons; il y a aussi les éléments de vibrations plus ténues qui s'attachent à certains corps denses comme atmosphère. Cette partie de la force vive entraînera aussi en s'éloignant les molécules denses sur lesquelles elle a le plus d'action et les disposera en chaîne continue, le long de laquelle elle peut s'éloigner plus facilement sous forme d'atmosphère, et nous avons ainsi, comme nous le constaterons, l'échappement du fluide nerveux. Ceux qui sont habitués aux effets d'alcalinité et d'acidité peuvent facilement remarquer comme cause de la circulation du sang que,

lorsqu'il est devenu alcalin, il s'éloigne de la source de chaleur alcaline par similitude : puis, lorsqu'il est devenu acide, il s'en rapproche par différence, et, nous le savons, un courant de matières sanguines emportera ou cédera sur sa route, par diffusion, les matériaux nécessaires à la nutrition.

Nous voilà donc, par des forces entièrement conformes à la loi des actions matérielles, en présence du mouvement incessant de la matière et d'une force proportionnelle à la chaleur dégagée, comme le veut la science. Nous voilà en face de la force motrice de la vie, en face de cette action qui anime la matière et distribue les matériaux nécessaires à la vie ! . . .

Mais ne perdons pas de vue qu'il ne s'agit encore que de l'action matérielle qui est la conséquence inévitable

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des transmissions de force vive dont les conséquences sont des résultats voulus mathématiquement en raison de la quantité de force vive développée qui ne saurait ni penser, ni produire un mouvement volontaire. Rien, absolument rien, ne montre là les éléments d'une cause directrice et de volonté, et lorsqu'elle se présentera, nous reconnaîtrons facilement qu'autant la force matérielle se montre facile à constater, autant l'action volontaire se montre impénétrable.

L'action matérielle et initiale qui prépare la force et les actions matérielles de la vie dépend donc de trois conditions essentielles : 1* de l'oxygène, que nous avons à discrétion; 2® des matières hydrocarbonées et nutritives, que nous pouvons nous procurer assez facilement; 3* de la conservation de ce corps solide azoté. et des organes qui le complètent dans les êtres supérieurs. Si ces organes pouvaient résister indéfiniment à l'action qu'ils provoquent, la vie pourrait se continuer indéfiniment. Mais comme tout se transforme plus ou moins vite, espérons au moins qu'avec la connaissance des causes il nous sera plus facile d'entretenir et de prolonger la vie.

Pour que les êtres organisés les plus simples puissent se former dans une dissolution fermentcscible, complètement limpide, il suffit qu'elle renferme des matières" albuminoïdes qui ont la propriété de se coaguler sous une chaleur de 60 degrés et qu'un mouvement ou une compression accidentelle puisse provoquer une combinaison qui dégagera la chaleur nécessaire à la formation d'un petit globule azoté qui devient plus solide en emprisonnant quelques matières minérales; alors la fermentation continuera par le mécanisme que nous venons de décrire, et il se formera de nouveaux globules ou ferments, par suite de la chaleur dégagée et de son action sur les matières albuminoïdes. Mais si, par l'air

ou autrement, le moindre corpuscule azoté est introduit dans la liqueur fermentescible filtrée, la fermentation commence, sans autre nécessité, par les actions que nous venons de décrire. Ces phénomènes ont été bien souvent constatés par les expérimentateurs indépendants de tout système, bien qu'ils n'aient pu en définir la cause.

Lorsque M. Pasteur, sous prétexte de détruire les germes de toute nature qu'il suppose exister à profusion dans l'air, détruit avec certitude la propriété de coagulation par l'ébullition à 100 degrés, alors qu'il suffît de 60 degrés pour la détruire, et qu'il dénature les corpuscules azotés qjui pourraient se présenter accidentellement, par les poussières, en les faisant passer dans des tubes rougis, qui les réduisent en cendre, il détruit trop évidemment les conditions physiologiques nécessaires aux débuts de l'organisation pour que cela passe inaperçu. En somme, il fait comme la cuisinière qui, après avoir fait cuire son omelette, dirait : « Voyez ces œufs*, . ils sont maintenant incapables de produire des poulets!...» Certes, nous sommes loin de prôter cette naïveté à M. Pasteur, mais le système veut une hypothèse pour chaque fait et il cherche celle qui lui incombe en discutant •chaudement avec des confréries qui se mettent à côtd de la question afin de faciliter son œuvre.

Examinons un peu : d'abord, la génération spontanée n'est nullement le phénomène d'ordre supérieur qui doive être considéré philosophiquement; ensuite, elle ne contredit pas positivement la tradition, seulement elle ne la rend pas nécessaire. Mais en cela elle ne fait qu'indiquer la meilleure voie qu'il soit possible de suivre à notre époque, c'est-à-dire une autre interprétation des effets du limon de la terre et de l'œuvre toute-puissante, qui aura l'avantage de ne pas provoquer une réaction des réflections de l'âge mûr sur cette œuvre enfantine. Notre

ouvrage, Transformations de F homme et des autres êtres ^ montre que la perfection de Thomme et des êtres animés répond et a toujours répondu au degré d'élaboration des couches géologiques du sol, ainsi que cela est d'ailleurs évident pour les plantes : « tel sol, tel produit. » L'image de la création de Thomme au moyen du limon de la terre est donc une allégorie parfaite et de haute prévoyance pour cette é.poque reculée, montrant l'influence du sol sur les êtres, et elle correspond parfaitement avec Tinterprétation des sept jours en sept époques géologiques. Quant à la possibilité d'interprétation et à la facilité de la faire, cela n'est qu'oeuvre bénigne comparée à beaucoup d'autres. D'ailleurs, la plus difficile de ces interprétations est déjà admise. On peut donc dire qu'au point de vue philosophique même ces interprétations, cette modification d'idées est la chose la plus désirable et la plus profitable que Ton puisse faire à notre époque, attendu que la géologie, comme nombre d'autres faits, donne le plus. complet démenti à la tradiction naïve.

Maintenant, un mot au point de vue de la science. Personne n'ignore que les fermentations, si utiles à la préparation de nos aliments, les miasmes si pernicieux pour notre organisme, le fléau des pestes de toute nature si fatales à l'humanité, sont le résultât de ces phénomènes élémentaires de l'organisme sur lesquels oh jettq ainsi le voile le plus épais.

Lorsque M. Pasteur voit son échafaudage s'écrouler de toutes parts, il se rattrape après les branches : il affirme {Comptes rendus, t. LXXIV, p. 409) que le lait privé de tout germe extérieur ne fermente pas du tout. Peu après, M. Blondelot est venu montrer (p. 535) qu'il suffit d'agiter le lait parfaitement protégé et sans germes pour qu'il fermente. Ce qui arrive est bien simple : l'agitation amène cà et là quelques compressions favorables à la formation d'acide carbonique et à l'organisation de

ferments; mais comme il en résulte un excédant de chaleur non dégagée, elle s'oppose à de nouvelles combinaisons, puisque la chaleur tend à désunir ces éléments et vient faire équilibre à la compression; il faut donc attendre que cet excès de chaleur soit dispersée pour que les combinaisons puissent recommencer par une nouvelle agitation ou autrement. En d'autres termes, il fait attendre que l'excès d'alcanilité qui s'est produite disparaisse pour que les combinaisons puissent recom-

mencer.

Ces deux genres d'expériences nous montrent encore l'action de masse par la présence des corpuscules solides et de la vitesse par l'agitation.

Ainsi l'expérience et les faits nous montrent qu'il n'est nullement nécessaire d'avoir des germes pour obtenir les ferments ou êtres les plus simples, puisqu'il suffît du moindre corpuscule azoté solide, c'est-à-dire assez différent de nature et d'état, pour agir sur le carbone et l'oxygène et les faire combiner et développer de la force et du mouvement organique. Mais lorsqu'il s'agit d'êtres qui ont déjà acquis certains perfectionnements, il faut nécessairement le concours des germes qu'ils produisent pour les reproduire avec ces perfectionnements.

Au début de la fermentation, le contact de l'air est important, parce qu'il peut fournir facilement l'oxygène nécessaire aux premiers dégagements caloriques. Mais une fois que la température a rendu les molécules assez mobiles, les éléments peuvent être empruntés à la dissolution en la transformant. Dans la dissolution sucrée (Oi2c^2Hi2), le premier élément ou G, étant repoussé par onze autres semblables, s'en sépare facilement; mais à mesure qu'il en sera enlevé un deuxième, troisième ou quatrième, il n'est plus repoussé que par dix, neuf ou huit semblables; l'équilibre, avec la force agissante, s'établit lorsqu'il a été enlevé quatre molécules d'acide

carboni(jue CO^; ce qui reste, 202C*H^ est l'alcool. On remarquera que c'est l'élément 0, le plus électro-négatif, qui a été le plus atteint, C, ensuite et H pas du tout, ce qui nous montre que le ferment s'est adjoint les éléments qui ont le moins de répulsion et en proportion de leur moindre force; en d'autres termes, ce sont les éléments qui se transmettent le moins de force vive qui se sont approchés du ferment et combinés sous son action ; cela est tellement simple et naturel qu'il n'est besoin d'aucun mystère pour l'expliquer.

On remarquera que la force agissante est assez limitée et qu'elle ne pourrait pas décomposer une molécule fortement unie. Par conséquent, pour que les autres sucres se prêtent à la fermentation, il faut leur enlever les différences de composition qui font leur force d'union et qui leur permettent de cristalliser. Pour cela il suffit de les mettre en présence de corps qui peuvent facilement céder le nombre de molécules HO qui manque au caramel et au sucre de canne ou l'enlever au sucre de raisin, ce qui n'est pas difficile, sachant que la pression éthérée pousse les corps à s'égaliser.

Nous pouvons avoir une idée- de la formation des animaux les plus simples, sauf la direction volontaire, par les phénomènes que nous venons d'examiner. Lorsqu'une dissolution renferme les débris organiques d'un fragment de corps organisé en décomposition, qui réunit les éléments nécessaires, on remarque de fines granulations qui se portent à la surface et qui ont parfois des mouvements oscillatoires résultant, comme nous le savons, des différences de transmissions de force. Lorsque des groupes de granulations sont inégalement répartis ou que la chaleur n'arrive pas également, ils prennent des mouvements d'agitation, d'oscillation ou de rotation comme les astres, en raison des différences de force vive que reçoit cette matière. Ce déplacement.

ou cette rotation, amène la formation d'une pellicule par échange de matière entre les éléments différents qui se rencontrent. Différentes modifications peuvent se produire selon les milieux, alors Tovule qui se trouve ainsi formé peut fonctionner, comme le corpuscule azoté qui provoque la combinaison de l'oxygène et du carbone, et une autre série de phénomènes plus puissants va se produire. Souvent il y a éclosion de ces organismes qui se dégagent de leur enveloppe. On remarque l'agitation du point sur lequel se font les combinaisons; c'est le punctum saliens ou cœur de l'animal qui va se produire. Ce sont ces agitations plus saccadées et variées que nos observateurs appellent mouvements instinctifs, parce qu'il n'en comprennent pas la cause. Alors les matières diverses, en s'éloignant de la source de chaleur, perdent de leur température et s'unissent en conséquence selon leurs tendances, d'abord autour des voies sanguines ou autres et ensuite selon les tendances des divers éléments. L'acide carbonique, en s'échappant, se maintiendra une voie ouverte. Le fluide calorique, dégagé comme excédant des atmosphères combinées, s'éloigne en s'attachantaux corps denses les plus conducteurs, ce qui constitue, comme nous le verrons, le fluide nerveux. Ce fluide s'échappe ordinairement par deux ou plusieurs voies où il se porte alternativement (si le cerveau n'intervient pas), par suite de ce fait que lorsque l'une est saturée du mouvement du fluide dégagé, c'est l'autre qui, par sa plus grande différence d'agitation, le reçoit plus facilement.

11 suffit donc que le centre de mouvement produise un appendice de matières avec deux voies d'échappement symétriques qui sont la conséquence de leur saturation alternative, pour qu'elles entrent tour à tour en'fonction. Il y aura ainsi, alternativement, contraction d'un côté et expansion de l'autre, d'où résulte un mouvement de

natation ou rampant des êtres inférieurs analogue aux actions réflexes. Pour que la résultante de cette action porte le corps en avant, il suffît qu'il y ait décroissance d'épaisseur du corps ou simplement perte. progressive de chaleur, ce qui est la condition ordinaire.

Comme on le voit, il n'y a dans tout cela qu'une force analogue à celle d'une machine qui agit inévitablement en raison de la force calorique qu'elle développe, mais qui ne saurait en aucune façon disposer de ses mouvements qui sont la conséquence mathématique et inévitable de la force développée. Le principe du mouvement et de la force y est tout entier et pourtant il n'y a pas encore d^intelligence; donc Vime n'est pas la conséquence de Vautre,

Le principe du mouvement est si simple, qu'il n'est pas possible de le méconnaître une fois qu'on l'a remarqué. Puis, lorsque les êtres se développent par hérédité et transformations, on remarque l'intervention d'un principe volontaire ou directeur qui ne répond plus à la loi des actions matérielles, si nettement définie. En outre, nous voyons parfaitement que le principe de la volonté est^ évidemment supérieur, puisqu'il dirige et qu'il ne peut être le résultat d'une force matérielle qui a ses conséquences voulues et non volontaires.

Malgré tout notre désir de développer les connaissances humaines, nous nous trouvons donc d'autant plus forcément dans la nécessité de reconnaître l'intervention d'un principe supérieur, que nous constatons avec plus d'évidence le principe des actions matérielles et son mode d'agir, torsque la nature nous nlet en présence d'une barrière aussi infranchissable que celle de la direction volontaire, il est incompréhensible que l'on veuille élever d'autres théories ou systèmes si faciles à renverser et qui, par leurs innombrables fictions, entravent complètement la science, tandis que la vraie théorie, infiniment plus sûre, lui laisse toute liberté.

§ 2. — Principe d'actions matérielles du règne végétal.

La force qui régit le règne végétal est la contre-partie de celle qui régit le règne animal. De môme qu'on obtient de la force et du mouvement par toute différence de température, par le froid comme par la chaleur, le règne animal a pour force initiale la combinaison du carbone et de l'oxygène, qui dégage de la chaleur; le règne végétal, au contraire, a pour principe moteur la désunion de ces deux éléments, qui en absorbe en empruntant la force nécessaire à la chaleur et à la lumière solaire. Pour le mouvement animal, il faut que le milieu favorise le dégagement calorique, en remployant ou en le répandant, afin de faciliter les combinaisons. Pour le mouvement végétal, il faut, au contraire, que le milieu reçoive d'une autre source la chaleur nécessaire pour séparer les éléments combinés sous forme d'acide carbonique, action qui est aussi favorisée par la réunion du carbone à la plante, ce qui diminue la dépense de chaleur en en fournissant une partie.

Lorsque l'acide carbonique CO^à l'état gazeux et peu dense se trouve en présence de l'eau dense H^O, unie à quelques autres éléments et maintenue par la plante solide, cet ensemble très dense différant beaucoup de l'acide carbonique GO^, l'élément G aura plus de tendance h s'unir à la double action différente de H^O unis à la plante qu'à celle de seul. Et, l'oxygène de l'acide étant repoussé par celui de l'eau en même temps qu'il est sollicité par l'agitation lumineuse à reprendre son atmosphère éihéréc, les éléments 0^ et G se sépareront pour obéir chacun à dos tendances plus fortes, et l'oxygène se trouve remis en liberté dans l'atmosphère, tandis que le carbone reste uni à la plante pour fournir avec l'eau les principaux éléments G,0,H, qui constituent

le végétal au moyen de quelques autres éléments qu'il tire du sol.

Telles étaient les déductions faites par le principe des transmissions de force dans notre deuxième édition, lorsque M. Corenwinder a exposé à la Sorbonne ses nombreuses expériences corroborées par d'autres et qui justifient complètement ces déductions. Nous reproduisons ici comme exemple Tun de ces résultats d'analyse sur des feuilles d'érable; ils se confirment tous.

Matières Matières Dates Renseignements et observations azotées cart)onées Eau Cendres

1 mai Feuilles petites (écailles sép.). 40.94 53.06 78.80 6.00 7 mai — étalées 38.56 54.54 77.00 6.90

20 mai — plus grandes, pluie.. 26.25 65.86 79.50 7.89

13 juin — normales 22.87 67.73 72.00 9.40

12 juin. — normales 20.19 68.17 66.00 11.64

2 août — normales 19.59 68.13 64.06 12.28

3 sept. — normales 20.62 65.88 62.50 13.50

3 oct. — jaunissantes 20.00 65.25 58.75 14.75

14oct. — tombées de l'arbre.... 14.80 69.00 14.50 16.20

M. Corenwinder a constaté que les bourgeons, les jeunes pousses, les feuilles naissantes absorbent de l'oxygène et dégagent de l'acide carbonique (Tune manière ostensible et sans interruption pendant un certain temps, non-seulement dans l'obscurité, mais en pleine lumière et lorsque la température s'élève. Car il faut une certaine température pour aider au dégagement de l'acide carbonique qui doit entrer dans une nouvelle combinaison, cette fonction n'avait pas été constatée pendant le jour, parce que la quantité d'acide carbonique absorbée par les parties vertes est alors plus grande que celle exhalée par l'élément azoté. Cette faculté d'absorber l'oxygène et d'expirer de l'acide carbonique très apparente au moment de l'épanouissement des bourgeons, diminue progressivement avec l'âge de la plante.

Rien ne saurait mieux mettre en évidence la fonction du corps azoté dont nous avons fait connaître le mode d'action, que cette fonction proportionnelle à la quantité de matière azotée contenue dans la plante. Lorsque Tazote gazeux s'interpose entre le carbone et Toxygène, il leur aide à se transmettre la force répulsive par sa densité intermédiaire; mais en présence du corps azoté solide, l'azote de celui-ci repousse plus efficacement l'azote du milieu et laisse s'approcher l'oxygène et le carbone plus différents qui se combinent alors sous cette moindre répulsion. Puis la plus grande densité de l'acide carbonique lui donne des vibrations plus lentes et plus semblables à celles du corps azoté solide qui le repasse alors par plus de similitude pour laisser s'approcher d'autres éléments oxygène et carbone qui se combinent à leur tour, ce qui constitue une production de chaleur et de mouvements continus propres au règne animal et dans certaine mesure aux graines, aux jeunes pousses et aux parties blanchâtres ou fauves du règne végétal en raison des matières azotées qu'elles renferment.

Quand à la décomposition d'acide carbonique, elle ne résulte pas seulement de laiumière qui ne peut l'opérer même en plein jour dans l'atmosphère. Cette dissociation est déterminée par la transformation de vibrations que donne la réaction de la lumière sur la chlorophylle. Elle est aijissi favorisée par les éléments de l'eau fixée dans* la plante qui s'emparent du carbone et rejettent l'oxygène en excès. Ces résultats sont mis en évidence par la décomposition de l'acide carbonique, qui répond en même temps aux proportions de lumière, de chlorophylle et d'eau qui concourent à cette action et par la cessation de la décomposition par la disparition de l'une ou de l'autre de ces conditions.

Le tableau précédent nous montre donc, par sa

première colonne, que la fonction oxydante s'exerce en raison de la matière azotée contenue dans le végétal; nous savons qu'elle dépend aussi d'une certaine. quantité de chaleur nécessaire pour dégager le carbone. La désoxydation est, au contraire, en rapport avec la quantité de chlorophylle qui se développe dans les parties vertes. La deuxième colonne nous montre en effet que les matières carbonées croissent avec cette condition malgré l'oxydation plus faible qui s'opère, d'autre part. La troisième colonne nous montre le concours de l'eau, et enfin la quatrième atteste que des courants inverses et propres à neutraliser ces actions, apportent des matières minérales du sol. Ainsi, les conséquences que dans notre deuxième édition nous avions tirées de la nature des forces qui interviennent sont complètement corroborées par ces résultats. M. Corenwinder a pu interpréter ses travaux qu'il avait poursuivis, comme il le dit, vingt-cinq ans sans y arriver. Alors seulement il a pu expliquer ces conditions physiologiques et les a présentées à la Sorbonne, où j'en ai fait ressortir toute Kimportance. '

Ces deux grandes fonctions physiologiques du règne végétal sont exercées, non pas tour à tour, mais simultanément et en raison même des matières azotées et carbonées avec chlorophylle que contient le végétal; et, selon les conditions qui les favorisent d'autre part. Cette simultanéité d'actions inverses, en proportion de chacune des matières qui les provoquent, a été constatée avec soin par M. Corenwinder; ce qui confirme parfaitement l'action des forces que nous avons fait connaître.

A cette occasion, remarquons que la force des vibrations solaires reste emmagasinée surtout dans l'oxygène, qui a recouvré l'étendue de son atmosphère, plutôt que dans le carbone, qui entre dans d'autres combinaisons,

et que c'est en effet l'oxygène qui rendra surtout son atmosphère en se recombinant avec le carbone par combustion soit dans l'animal, soit dans un autre fover.

M. Boussingaulta constaté que la plante, plongée dans l'acide carbonique pur, ne le décompose pas ou presque pas; c'est qu'en effet l'azote de l'air est un élément d'une densité intermédiaire entre l'éther et l'acide carbonique, et qui facilite la transmission calorique de la force vive qui doit décomposer l'acide carbonique.

Les causes d'action qui régissent les deux règnes végétal et animal étant inverses, il s'ensuit que les résultats ou produits doivent aussi êtres inverses; c'est en effet ce qui a été constaté en ces termes par MM. Dumas et Boussingault :

» L'animal est locomoteur, le végétal est immobile.

» L'animal brûle le carbone, le végétal débrûle le carbone.

» L'animal brûle l'hydrogène, le végétal débrûle l'hydrogène.

» L'animal forme de l'ammoniaque par la combustion des matières qui le constituent, le végétal dissout les éléments de l'ammoniaque.

» L'animal exhale de l'acide carbonique, le végétal fixe les éléments de l'acide carbonique.

» L'animal exhale de l'eau, le végétal fixe de l'eau

» L'animal consomme de l'oxygène, le végétal produit de Toxygène.

» L'animal consomme des matières azotées, le végétal produit des matières azotées.

» L'animal produit de la chaleur et absorbe du froid, le végétal produit du froid et absorbe de la chaleur, etc. »

Ainsi, par suite de cette action différente de la chaleur sur les deux règnes, tout est contraste, tout ce que l'animal fait dans un sens, le végétal le fait dans l'autre.

Ce qui montre d'une manière palpable, je dirais môme évidente, que la nature de Taction vient de la manière inverse d'agir delà chaleur sur des éléments donnés; c'est que, sans sortir de la plante elle-même, nous la voyons fonctionner d'une manière directement opposée, selon qu'elle se trouve refroidie par la nuit ou réchauffée par le jour.

Il en est à peu près de même dans le règne animal, lorsque l'organisation est assez simple pour se prêter à cette interversion, comme dans Thydre, dont la poche intérieure repousse insuffisamment les aliments qu'elle reçoit et digère. Si l'on tourne cette poche à l'envers, cette même face devenue extérieure, qui reçoit la force vive, repousse alors les éléments qu'elle recevait auparavant, et ils se portent encore dans la poche interne qui reçoit le mode de vibration qui convient à cette condition. C'est donc le mode de vibration interne qui détermine la fonction en laissant pénétrer telle matière qui devient l'aliment par assimilation des parties convenables.

Le début des organismes végétaux se produit à peu près de la même manière que celui des animaux; mais il n'en est plus de même lorsque la plante a développé sa tige aux dépens du germe. Pour savoir quels sont les rayons ou le mode de vibrations qui convient le mieux à un organisme soit végétal, soit animal, nous pouvons donner une règle très facile. Sachant que les rayons absorbés par l'être pour son utilité sont généralement les rayons complémentaires de ceux réfléchis, nous remarquerons que le corps humain réfléchit les rayons blancs et rouges et qu'il absorbe les rayons verts et chiniiques, qui neutralisent mieux la chaleur dégagée dans le corps en lui offrant moins de résistance en raison de leur plus grande différence. Nous remarquerons que les feuilles vertes usent au contraire de ces rayons rouges

et blancs et qu'elles réfléchissent les verts; que le germe de la plante fait à peu près l'inverse, etc., etc.

Nous aurons donc ainsi une règle générale pour connaître la nature ou la couleur des rayons qui conviennent le mieux au développement d'un organisme quelconque, animal ou végétal : ce sont ceux qui donnent la couleur inverse ou complémentaire de celle qu'ils réfléchissent.

Lorsque la plante reçoit un excès de force vive par les vibrations lumineuses, cet excès de force vive ne.peut se neutraliser que par une communication de la plante avec le sol; il en résultera des coujrants inverses qui, au moyen des matières de nature opposée qu'ils entraînent, constituent les mouvem.ents de la sève, qui, en effet, sont inverses, selon que la plante reçoit pendant le jour une force vive plus forte que celle du sol, ou pendant la nuit une force vive moins forte. On voit que pendant le jour, les éléments les moins denses et ayant telle force vive agissent par la partie supérieure de la plante, tandis que les éléments les plus denses agissent parles racines. La direction des racines serait donc, en somme, celle de la pesanteur, si la nécessité, de venir chercher les éléments divers ne les obligeait à se répartir dans la couche de terre végétale la plus accessible aux actions extérieures. Lorsqu'on dispose une plante dans un fluide ou dans un terreau qui puisse prendre l'air de toutes parts, on voit les racines descendre beaucoup plus verticalement. Si alors on veut expérimenter directement l'action de la force vive sur la direction des racines, il suffit de faire croître la plante dans un vase que l'on a disposé de manière à avoir un mouvement de force centrifuge continu autour d'un axe; cette force tend à faire pousser les racines horizontalement. En combinant son action avec celle de la pesanteur directe, on voit que les racines en général se sont développées selon la résultante de ces

deux forces et que la tige s*incline dans la direction inverse; ce qui montre on ne peut mieux l'action de la force vive et des différences de densité sur les végétaux. Ces expériences de Kneith et de Dutrochet, mentionnées dans divers ouvrages, ont été faites il y a peu d'années.

En combinant ces actions d'ensemble avec celle des corps en particulier, on trouvera facilement la cause des différents mouvements organiques. Mais il en est un dont la raison d'être pourrait échapper, et que nous croyons devoir indiquer : c'est la cause de la mobilité d'un règne et de la stabilité de l'autre. Pour la reconnaître, *il faut remarquer que le dégagement calorique qui s'opère dans l'intérieur de l'animal est déjà une cause de force et de déplacement; ensuite, il trouve son pôle négatif ou réfrigérant nécessaire pour neutraliser la chaleur dégagée dans tout le périmètre extérieur du corps, qui, dans une certaine limite, cède le calorique au milieu fluide, air ou eau, dans lequel il vit. 11 aura donc une tendance à se déplacer dans ce milieu, tant pour mieux répartir et disperser la chaleur qu'il produit et qui est la base de sa force, que parce qu'il doit transformer les éléments carbonés dispersés autour de lui, ce qui amène sans cesse une tendance à se porter dans de nouveaux milieux moins modifiés, plus différents que ceux où il a déjà vécu et qui ont perdu de leur différence. A ce double point de vue, les organes locomoteurs devront se développer de manière à être favorables au déplacement utile pour les fonctions animales qui, au début, ne peuvent être que la seule tendance à se porter, par différence de force vive, dans un lieu plus différent d'un milieu fluide.

Le végétal, au contraire, ne pourra être mobile, parce qu'au lieu d'émettre de la chaleur il doit absorber celle du milieu où il se trouve, et qu'il ne peut neutraliser cette force qu'en la transmettant au sol sur lequel il

s'appuie et avec lequel il fera des échanges de matières en même temps que de forces, ce qui l'amènera à planter des racines dans le sol pour faciliter ces échanges. Les éléments différents qui tendent h s'unir et à se neutraliser par l'intermédiaire de la plante ont donc besoin d'une communication avec le sol pour provoquer les échanges, d'où nait le mouvement de la sève et la formation de la plante qui sera nécessairement immobile, puisqu'elle ne saurait vivre sans puiser dans le sol les éléments contraires à ceux de l'air qu'elle neutralise. L'opposition des éléments de l'air avec ceux de l'eau, ou de ceux de l'eau avec ceux du sol peut aussi faire vivre certaines plantes spéciales.

§ 3. — Actions nutritives.

Nous nous bornons ici à indiquer quelques-unes des tendances de la matière propres à guider la médecine et la physiologie. Nous devons remarquer d'abord que la base des actions a toujours lieu en raison des différences d'état de la matière, ou plus exactement en raison des différences de transmission de force vive qui résultent de ces différences d'état.

Dans la cellule qui constitue les organismes les plus simples et qui fait la base des tissus animaux, nous reconnaissons l'action des matières différentes, qui sont des granulations dans une matière amorphe, laquelle se constitue une enveloppe ou pellicule solide, soit en cédant par diffusion les éléments les plus faiblement retenus, soit en s'emparant des éléments extérieurs pour lesquels elle a le plus d'affinité.

Brown considère avec raison le noyau de la cellule comme une condition primaire de son développement organique. Dutrochet remarque que la cellule conserve son activité vitale aussi longtemps que ses parois restent

solides; c'est qu'en effet, dans des fonctions régulières, Tenveloppe ne doit pas se décomposer en agissant sur les éléments dont elle doit provoquer la combinaison sans se les assimiler. Lorsqu'il s'agit des animaux les plus inférieurs de la création, comme les amibes, ils sont simplement constitués par une masse dite sarcodique ou granuleuse; nous y trouvons encore l'action de deux matières différentes principales, mais l'absence d'organisation fait que les mouvements et les formes sont indéterminés. En général, lorsque sous une action accidentelle, une plus grande affluence de granulations se porte d'un côté, l'animal, ou plutôt l'action de cette matière, ne tarde pas à y porter un prolongement, ce qui répond à l'action entre matières différentes.

Chez la gromia fluvialis, dit M. Vulpian, on voit des expansions formées d'une substance très molle et glutineuse sortir d'une extrémité du corps ; elles adhèrent aux corps voisins (par différence), puis elles se contractent (par suite de la même action), et l'animal se trouve ainsi transporté. Ensuite, à mesure que les différences se neutralisent ou s'unifient, survient le relâchement. Si ce prolongement de matière et cette même série d'actions se produisent vers un aliment non adhérent à d'autres corps, par sa différence, il provoque la contraction qui l'introduit dans un estomac qui semble se former à volonté Qi dans lequel il est en partie digéré en raison de ses différences, et le surplus rejeté par plus de similitude d'action. Nous reconnaissons donc parfaitement l'action de la différence, qui tend à contracter, à assimiler, puis l'action de la moindre différence ou plus grande similitude de la matière restante qui tend à la rejeter.

Dans l'hydre ou polipe d'eau douce, qui n'est qu'une espèce de poche servant d'estomac, avec une seule ouverture servant de bouche et d'anus, on constate facilement l'influence de la force vive. Il suffit de renverser

cette poche de manière que la face extérieure devienne interne, pour qu'elle reçoive alors les aliments qu'elle repoussait avant, par cela seul que, étant devenue interne, elle reçoit moins la lumière ou force vive externe qu'elle recevait avant ; comme nous le montre réiectricité d'une poche en toile que Ton renverse. Les aliments sont introduits en raison de leur différence de force vive; puis, après avoir été dissous par l'action de cette poche, les parties différentes sont assimilées, et le reste est rejeté par trop de similitude et par la même ouverture. Mais si l'afflux des aliments était trop abondant et qu'il exerçât une pression continue, comme dans d'autres espèces, il déterminerait une ouverture anale opposée pour le rejet des résidus. Rien ne saurait mieux nous montrer la nécessité des actions matérielles que les fonctions de ces animaux simples qui s'exécutent sans aucun membre spécial. Quant à l'estomac, il sera bientôt saturé lui-même, si ses fonctions n'étaient maintenues en activité par les différences de forces vives de

la poche intérieure avec la paroi extérieure de l'être, qui

puise sans cesse une nouvelle force dans le milieu où il se trouve, fonctions qui, du reste, ont leur analogue dans de simples expériences de physique : M. Becquerel a constaté (Comptes rendus, t. LXX, p. 73) que « les courants sont produits partout où il y a deux liquides différentSy séparés par une membrane cellulaire, » qui leur permet d'agir l'un sur l'autre, ce qui confirme encore l'action des matières différentes les unes sur les autres.

En considérant à leur tour les êtres plus développés, cette action ressort très nettement des faits suivants constatés par Berzélius et d'où résulte une des justifications les plus évidentes de notre loi : » Pour provoquer la sécrétion de la salive ou des autres humeurs concourant à l'action de la digestion, il faut prendre un liquide

ayant une réaction opposée à celle du liquide que Ton veut obtenir. Ainsi le carbonate de soude, sel assez fortement basique, ne provoque jamais la sécrétion de la salive; mais tous les acides le font, quoique avec une énergie plus ou moins grande, parce que la salive est une liqueur alcaline. Au contraire, dit toujours Berzélius, si vous voulez produire dans Testomac une abondante sécrétion de suc gastrique, humeiir nettement acide, il faudra soumettre les parois du viscère à l'action d'un liquide alcalin quelconque. »

Il est superflu de faire remarquer combien ces faits justifient notre loi : pour attirer un liquide, il faut la présence de celui qui a les qualités opposées. Remarquons, en outre, que le médecin doit aussi savoir si ce liquide agira par endosmose ou par exosmose, c'est-à-dire s'il attirera le liquide opposé ou s'il ira lui-même le rejoindre à travers les tissus, ou bien encore s'il n'exercera pas d'action décomposante.

Ainsi les aliments, qui sont généralement des composés ayant plusieurs réactions, trouvent successivement sur leur trajet les réactions diverses propres à les décomposer, et comme ils sont généralement froids ou acides, ils amènent tout d'abord la salive alcaline dans la bouche, puis ils rencontrent le suc gastrique acide dans l'estomac, puis la bile alcaline dans les intestins; de sorte qu'aussitôt que les aliments ont été modifiés par une réaction, ils subissent la tendance à se porter en avant, vers une réaction opposée. D'où il résulte que le transport des aliments s'effectue on peut dire de lui-môme, et l'agitation du corps ne peut guère que faciliter ce déplacement, selon les tendances diverses.

Dans ces conditions, on comprend pourquoi nous n'avons aucun effort à faire pour que la digestion s'opère et pourquoi elle est tout à fait inconsciente. Les mouvements de sécrétion et de digestion dérivant des forces

matérielles involontaires, le système nerveux ne produit en général que des effets de contension, par suite de la dépense de force nécessaire aux dégagements ou aux absorptions caloriques. Partout où les nerfs de ces organes sont coupés, les fonctions s'opèrent avec plus de facilité ou bien d'une manière continue, au lieu d'être temporaire.

Les qualités alcalines se développent lorsque la chaleur des combinaisons ne peut suffisamment s'échapper par les nerfs, et les qualités acides, lorsque l'échappement de cette chaleur est provoqué ou surabondamment employé par les nerfs, ou par le milieu extérieur; ce qui nous montre encore ici que ce n'est pas seulement avec les différences de densité ou de masse qu'il faut compter, mais aussi avec les qualités acides ou alcalines qui représentent les différences de capacité ou de vibrations.

§ 4. — Principe de la génération supérieure

animale et végétale. *

Les dispositions prises par la nature dans le but d'obtenir les différences d'état nécessaires à l'action sexuelle sont si évidentes, que c'est probablement parce qu'elles nous frappent les yeux de toutes parts que nous ne les apercevons pas. Eh bien, regardez, je vous prie, le premier animal mâle qui passera devant vous. Voyez les organes qui sécrètent le fluide prolifique; nulle partie du corps, n'ayant pas de fonction motrice à remplir, ne semble plus évidemment se porter au froid extérieur, comme le ferait une matière alcaline qui cherche à dégager sa chaleur d'une action semblable; mais, si la puissance alcaline est atténuée par un excès de froid, l'organe se resserre; si, au contraire, elle est augmentée par la chaleur, il semble vouloir se détacher davantage. Par opposition, on trouve l'ovaire dans le centre le plus

chaud du corps et le mieux protégé contre le froid extérieur. L'effet de la chaleur sensible s'accuse clairement dans ces résultats, parce que ce mode de vibration est celui qui a le plus d'action sur la matière organique animale.

Des faits spéciaux viennent confirmer le but de ces dispositions; il a été constaté que des hommes dont les organes sécréteurs demeuraient à l'intérieur du corps étaient impuissants, et nous savons inversement que des lotions froides sont un puissant excitant. Nous savons aussi que l'enfant chez lequel ils ne sont pas portés à l'extérieur du corps, n'éprouvera pas plus de désir que l'eunuque, chez lequel ils n'existent plus ou sont paralysés. Le rut ne se prononce, chez quelques espèces, que lorsque ces organes, habituellement internes, se portent à l'extérieur du corps.

Pourtant, ce n'est pas toujours au froid extérieur que se porte ce fluide. Chez l'oiseau, par exemple, où ces organes eussent pu être gênés ou protégés contre le froid par le plumage, la nature a cherché une autre disposition. Ils sont internes, mais accolés au plus gros embranchement de la veine cave, qui ramène à l'intérieur du corps le sang acidifié par ses fonctions et qui» par conséquent, tend à réunir les éléments les plus alcalins près de ce courant acide sans cesse renouvelé. Mais le fluide séminal, bien qu'étant en somme alcalin, doit aussi renfermer des éléments très acides; car, nous le savons, un corps n'est fortement alcalin qu'à la condition de posséder un centre puissamment acide. Le fluide interne des spermatozoïdes doit donc être acide ; condition qui d'ailleurs est nécessaire pour produire la force qui les anime dans un milieu alcalin. Le mécanisme de leurs mouvements doit être celui que nous avons indiqué par les seules forces matérielles.

L'organe de l'autre sexe, l'ovaire, est au contraire

situé dans la partie du corps la plus chaude et la plus alcaline ou la mieux protégée contre le froid... Nous devons en conclure que les éléments prolifiques qui s'y portent ont les propriétés inverses. Par conséquent, les produits sexuels auront Tun sur Tautre une action analogue à celles des bases et des acides, c'est-à-dire une tendance puissante à s'unir d'abord et ensuite à pouvoir exercer telle ou telle action sur les éléments différents qui les entourent. Le jaune ou vitellus de l'œuf est en effet acide et la cicatricule ou tache germinative alcaline.

Le fluide séminal alcalin aura donc une tendance à être expulsée de son lieu de production, tendance qui sera encore augmentée par un excès de mouvement local. Ce fluide tendra à s'éloigner du centre alcalin comme le sang oxygéné ; mais, comme il n'a pas de fonction ni de cours régulier pour se transformer et retourner à l'intérieur, ce sera une satisfaction donnée à l'organisme lorsqu'il sera expulsé extérieurement, et cette tendance sera encore plus forte si elle est provoquée par les humeurs acides de la vulve. A ce point, le fluide alcalin sera neutralisé par les humeurs acides qu'il rencontre, et les spermatozoïdes, dégagés de cette influence, auront alors une tendance à se porter au centre alcalin, en raison de leur acidité. Mais, en arrivant au contact de l'ovule, qui n'est plus le milieu propre à leur existence, leurs mouvements cesseront; la force sera employée inversement, leur enveloppe devra abandonner son fluide acide, qui se portera sur la cicatricule alcalijie et lui donnera des propriétés nouvelles. Il est à remarquer que ce n'est ni une puissante acidité ni une puissante alcalinité que doit posséder cette tache germinative ou corpuscule azoté, pour provoquer la combinaison du carbone et de Toxygène en même temps. En effet, si le corpuscule azoté était trop acide, il ne tendrait pas à réunir l'oxygène, et s'il était trop alcalin, il ne repousserait plus l'acide carbo-

nique formé. Il faut donc la réunion des deux qualités opposées pour provoquer les combinaisons et le mouvement nécessaires à la vie.

Nos traités de physiologie sont si peu explicites sur les causes d'action, qua c'est en partie avec le secours de notre loi que nous analysons ces 'nécessités d'état et d'action ; il est possible que des études plus complètes de ces fonctions nécessitent quelques modifications dans cette description succincte. Quoi qu'il en soit, nous comprendrons parfaitement que les deux éléments repro- 'ducteurs, étant élaborés dans des conditions tout à fait opposées, auront une puissante tendance à s'unir, et par conséquent il ne faut pas s'étonner si l'un d'eux va rejoindre l'autre. Lorsque l'organe mâle de certains animaux marins se détache et va porter la fécondation à la femelle, il faut bien aussi reconnaître que le hasard n'agit pas seul dans cette rencontre.

La force nécessaire à provoquer le mouvement et les combinaisons résulte nécessairement du contact de ces deux éléments lorsqu'ils sont placés dans des conditions caloriques convenables, c'est-à-dire immédiatement chez les vivipares et moyennant l'incubation chez les ovipares. C'est donc toujours la même loi d'action matérielle qui combine sa force avec l'influence héréditaire, car il est bien certain que la force matérielle, qui résulte seule de cette cause d'action, ne produirait pas un être déterminé ou perfectionné.

Si maintenant on se demande pourquoi l'œuf reste indéfiniment inactif s'il n'est pas fécondé et pourquoi il entre en activité aussitôt après la fécondation pour l'œuf demeuré interne, ou moyennant certain état calorique que donne l'incubation pour l'œuf externe, en voici la cause : chacun des fluides prolifiques, étant de nature opposée, repousserait l'un des éléments qui doivent se combiner en acide carbonique; mais, après la féconda-

tion par leur union, qui atténue chacune des actions extrêmes, Toxygène est sollicité à se combiner avec le carbone qui est en contact avec la cicatricule, pourvu qu'une température suffisante permette au carbone de se dégager de la matière de Tœuf. Dès lors la série des actions de la force vive que nous avons fait connaître commence à se produire. De Tacide carbonique se forme et il dégage de la chaleur, qui a ses conséquences précises, comme nous l'avons vu.

Cette action matérielle sera la même dans la généralité des germes des animaux, depuis l'éléphant jusqu'au vermisseau et au ferment; rtais c'est là que cesse son règne exclusif. Désormais l'action matérielle aura à compter avec un nouveau partenaire, qui est l'influence héréditaire, et qui fait qu'avec les trois ou quatre atomes ou molécules, toujours les mêmes, que nous montre la chimie, l'influence héréditaire va produire ici une baleine, là un animalcule microscopique; ici le chêne, là le végétal imperceptible. A ce point, la barrière est nette, précise ; il faut s'incliner et reconnaître notre impuissance. L'imagination nous dira peut-être que si nous pouvions discerner les infiniments petits, nous pourrions nous éclairer; mais ce n'est là qu'un si impossible et à sa suite un peutêtre. Maintenant, remontons encore plus haut et abordons le principe de l'intelligence et de la volonté. Là, nonseulement se présentent' les mêmes difficultés insurmontables de l'influence héréditaire, mais en outre nous nous trouvons dans l'impossibilité même de concevoir comment une force matérielle qui a ses conséquences précises, inévitables, pourrait devenir une action volontaire qui peut ou non avoir ses conséquences... Et c'est quand nous sommes en face de barrières aussi infranchissables que la philosophie se perd dans les banalités les plus accessibles.

Voyez ce qu'elle fait encore pour le sujet qui nous

occupe. Lorsqu'il s'agit de la chimie inorganique, nous trouvons partout en avant les qualités basiques ou alcalines d'un côté avec les qualités acides de l'autre comme formant le grand mobile de l'action des corps. Puis, dès qu'on passe à la chimie organique et surtout lorsqu'on aborde la question de la génération et des matières prolifiques, il n'est plus question de ces qualités si essentielles des corps : acide ou alcalin. Il en est de même dans nos traités de physiologie et de médecine les plus répandus. J'ouvre aussi une ontologie qui donne plusieurs chapitres sur l'ovulation ; ces mots sont absolument prohibés, etc., etc. D'abord, comment voulezvous que le lecteur ne fasse pas cette remarque, qu'on néglige les qualités les plus essentielles qui font la base des actions chimiques? Puis, à quoi servent ces si savantes réticences, lorsqu'il suffit d'un petit morceau de papier de tournesol et de casser un œuf qu'on a toujours sous la main pour constater les qualités des différentes parties, etc., etc.? Gela sert évidemment à confirmer dans des idées inverses de celles qu'on a voulu obtenir. Un aussi déplorable système, à côté d'une situation aussi inexpugnable que parfaitement appropriée, ne se conçoit que par l'ignorance qui a présidé aux débuts de ce système.

Maintenant se présente la cause de distinction des sexes, qui n'appartient pas au principe supérieur, ni à l'influence héréditaire, puisque les deux sexes se développent d'abord avec les mêmes caractères. Dès lors, cette action appartient à notre principe et elle est facile à saisir. Dans les premiers temps du développement de l'être au sein de la mère, on constate une identité absolue des deux sexes. Le même organe se dévoloppe ensuite selon les caractères de l'un ou de l'autre sexe, suivant qu'il demeure h l'intérieur du corps du nouvel être ou qu'il est repoussé à l'extérieur, et nous savons mainte-

nant qu'il suffit d'un excédant d'acidité ou d'alcalinité plus ou moins prononcée pour que l'un ou l'autre des cas se réalise. Par conséquent, les fonctions deviennent inverses par suite de l'action inverse de la chaleur, selon que l'organe se développe intérieurement ou extérieurement. On sait que, malgré le renversement, l'anatomie constate facilement les similitudes des organes sexuels.

Quant à la cause qui détermine la production à peu près égale des individus de chaque sexe, nous croyons apercevoir la raison de cet ÉQUILIBRE ; mais la question n'est pas encore assez étudiée pour être exposée.

Les organes de la reproduction chez les plantes ont également des affinités très distinctes. Lorsque le pollen est emporté par le vent, il est difficile de constater la part que peut avoir dans leur rencontre la tendance des deux éléments à se réunir. Mais lorsque ces deux éléments sont réunis sur la môme fleur et qu'on voit l'anthère qui contient le pollen s'ouvrir du côté du pistil et lancer sa poussière sur cet organe avec une sorte d'explosion, ou bien lorsqu'on voit l'étamine se pencher vers le pistil pour poser l'anthère sur le stigmate ou le stigmate se pencher vers l'étamine en faisant fléchir peu à peu leurs tiges, puis se redresser après la communication, il serait difficile de récuser cette action, bien qu'elle n'agisse qu'avec lenteur et faiblement à distance.

Le milieu ambiant ne paraît pas avoir toujours eu la même action sur la distinction des organes de la reproduction des végétaux. Les naturalistes, en tête desquels se trouve, sous ce rapport, M. Brongniart, ont dû classer les végétaux qu'a produits le globe depuis les temps primitifs en six classes, qui ont les organes de la reproduction de plus en plus apparents dans la série des âges géologiques. Ce sont : les agameSy les cryptogames cellulaireSy les cryptogames vasculaires, les phanérogames gymnospermes, les phanérogames monocotylédonés et

enfin les phanérogames dicotylédones^ qui dnt les organes de la reproduction les plus accentués. Ce résultat indique que Taction du milieu ambiant extérieur, en perdant Tunité de température que lui donnait une épaisse atmosphère, a fait concourir de plus en plus les différences de température diurne sur l'un des deux sexes, nocture sur l'autre, dans la cause de distinction des organes de la reproduction.

§ 5. — Ganses motrices du sang.

Nous avons déjà vu que le carbone et l'oxygène, qui ne se combinent pas librement entre eux, se combinent, au contraire, lorsqu'ils sont en présence d'un corps azoté solide, tel que les poumons. Ce corps, qui tend à les comprimer l'un et l'autre, leur prête un supplément de compression propre à les faire combiner ; ce qui amène un dégagement de chaleur, qui repousse le sang rendu alcalin loin du centre oii se dégage cette chaleur répulsive. En outre, ce sang emporte une provision d'oxygène qui n'a pu se combiner entièrement, faute de dégagement calorique propre à diminuer la tension qui s'oppose à de plus abondantes combinaisons immédiates, mais qui redonnera en temps opportun de la force vive de répulsion à ce sang pour lui faire achever sa course. Ce sont, compae on le voit, des corps alcalins ou semblables qui s'éloignent par excès de répulsion; puis, lorsque le sang est devenu moins alcalin ou acide, il prend la tendance inverse et retourne, au contraire, vers le centre alcalin où il est comprimé alors par différence. Cette double tendance constitue la force de la circulation rudimentaire chez les animaux simples, comme, par exemple, chez ceux où la circulation se fait dans de simples lacunes où les parties alcalines tendent plus à s'éloigner, tandis que les parties acides se rapprochent.

Pour connaître la puissance que donne la force de combinaison, il est bon de rappeler que 1 gramme de carbone combiné avec son équivalent d'oxygène dégage ,8.000 calories, dont chacune est l'équivalent d'une force pouvant élever 1 kilogramme à 425 mètres à peu près. Par sa respiration, un homme ordinaire fournit un dégagement d'une force de 5 calories et demie par minute, pouvant l'élever à une trentaine de mètres de hauteur, si elle était toute employée utilement dans ce but.

Lorsqu'une circulation simple s'établit, on comprend que la répulsion, qui agit indifféremment dans tous les sens, combat en partie la tendance du sang acide à s'approcher, et que la force développée n'agit plus qu'avec la différence de ces deux actions. Cette force suffit cependant à amener la formation d'organes qui lui permettent d'agir avec plus de puissance. Ainsi, dans le cœur comme à l'entrée des artères, il se forme des membranes annulaires ou valvules, qui s'inclinent dans la direction où va le sang. Puis, lorsqu'après s'être chargé d'oxygène aux poumons, le sang a franchi cet obstacle, et qu'il combine ses éléments, cette valvule se ferme comme l'intérieur d'une nasse sur un poisson pour empêcher le sang de revenir en arrière au moment de la pression du dégagement calorique, de sorte que, cette pression trouvant un point d'appui en arrière, le sang est alors obligé de refluer en avant avec toute la force de la tension calorique. Cette tension détermine la formation d'une cavité qui est le ventricule du coeur, et en arrière, pendant que la valvule est fermée, il se produit aussi une pression par l'afflux du sang qui forme l'oreillette. Comme chaque combinaison dégage une chaleur équivalente à l'excès des atmosphères caloriques mises en liberté, cette chaleur qui a besoin de s'échapper, détermine sur ce point la formation de nerfs -conducteurs de ce fluide, qui sont les pneumo-gastriques. Par ce seul

dégagement calorique, une contraction ou plutôt une .réduction de volume peut déjà se produire, puisque les corps combinés ont moins de volume qu'étant séparés. Il y a donc déjà pulsations et circulation. Mais ce n'est pas tout : l'organisation se perfectionne encore. L'échappement du fluide nerveux que les pneumo- gastriques doivent transmettre à presque tout l'organisme, ainsi que nous le démontrerons plus loin, détermine à son tour dans l'enveloppe cardiaque la formation de fibrilles musculaires, dont nous ferons aussi connaître la structure et le mécanisme. Il en résulte un muscle puissant dont la contraction est provoquée par l'échappement régulier du fluide nerveux par les pneumo-gastriques, qui obéissent eux-mêmes à la transformation du sang, contraction qui, par conséquent, n'a pas besoin de la volonté pour s'exercer, et cette contraction aide puissamment à chasser le sang dans les artères. Lorsque la contraction du ventricule se relâche, le sang artériel pourrait s'y introduire en partie en môme temps que celui de l'oreillette, si la valvule artérielle ne se fermait à son tour pour s'y opposer; alors le sang ne peut arriver au ventricule que du côté des poumons. Il s'y introduit par deux causes : d'abord par la tendance qu'à le sang alcalin à s'éloigner du centre pulmonaire où se produit l'alcalinité par l'adjonction d'oxygène et l'expulsion d'acide carbonique. En outre le ventricule tend aussi à se remplir par le propre relâchement de ce muscle, qui produit une sorte d'aspiration du sang contenu dans Toreillette lorsque la contraction cesse (1). Des influences analogues à celles que nous venons de

(1) Dans quelques espèces, l'oreillette paraît aussi avoir un mouvement de contraction propre, ce qui supposerait alors que des combinaisons d'acide c9,rbonlque s'y forment au^si et que le produit calorique est enlevé par les pneumo-gastriques. M. Collin fait remarquer que la contraction débute dans le sinus qui précède l'oreillette. En effet, la pression du courant entrecoupé y devient forte et l'oxygène y abonde.

décrire peuvent former un double cœur pour Tarrivée du sang aux poumons, et alors nous sommes conduits à l'organisation cardiaque des ôtres supérieurs. Ce sont les deux modes de contractions très distinctes qui agissent simultanément dans le cœur des êtres supérieurs qui ont si complètement dérouté les physiologistes. Nous voyons donc :

1° Que le sang possède, par les combinaisons qui s'y produisent, une force suffisante pour imprimer le mouvement dans les fermentations, la circulation dans Tœuf et dans les animaux les plus simples, d'une manière tout à fait analogue à la force qui produit la circulation de la sève, et sans qu'il soit nécessaire de recourir à aucun mouvement musculaire ;

2* Que la complication des organismes amène divers perfectionnements, tels que les valvules, qui s'opposent au recul du sang et emploient plus efficacement la force des combinaisons à le faire circuler; puis vient l'action musculaire du cœur, qui dérive également de la force des combinaisons du sang, et qui augmente la force de la circulation pour une nombreuse classe d'êtres;

3*» Puis un double cœur, dont la force dérive de la

tendance qu'a le sang acidifié à revenir aux poumons, augmente aussi la force produite dans les êtres supérieurs, en s'opposant au recul accidentel du sang, et comme quelques combinaisons défavorables à la circulation pourrait s'y produire, il se trouve enveloppé dans le même muscle et les mêmes ramifications des pneumogastriques, qui font tourner cette force au profit de la circulation ;

4° Enfin, diverses combinaisons qui se produisent dans l'organisme au moyen de l'oxygène que le sang y entraîne complètent la force de la circulation et déterminent de nombreuses fonctions musculaires et autres.

Mais la force des combinaisons n'est pas la seule qui agisse dans l'organisme. Kendosmose, pour laquelle les poumons sont admirablement constitués, établit entre deux fluides différents séparés par une membrane une force assez puissante, sans que Ton puisse attribuer cette force à aucune organisation dite vitale. Cette base d'action étant connue, remarquons que dans les nombreuses cellules des poumons Tair se trouve en contact par endosmose avec le sang noir qui arrive par les veines. Avec les seules forces de diffusion et d'endosmose, l'air s'empare de l'excédant d'acide carbonique dont le sang noir est chargé, mais non pas de la totalité, puisque le principe même de la diffusion des fluides est qu'ils tendent à s'égaliser jusqu'au point où les forces sont en équilibre. En môme temps, et en raisoîi du même principe, Tair cède au sang une partie de son oxygène, environ un quart. Les autres éléments des deux fluides tendent aussi à se diffuser, mais dans de moindres proportions. Bien que la puissance de Faction ait lieu en raison des différences d'état, les échanges ne peuvent être entièrement réciproques, parce que la membrane à travers laquelle se produit l'endosmose ne permet pas aux globules du sang ni à d'autres matières plus denses de les traverser.

La cause motrice directe du sang sans autres combinaisons d'action j ette immédiatement la plus vive lumière sur ce difficile problème. Elle nous explique pourquoi dans l'œuf ou l'ovule le sang entre en mouvement avant que les organes soient formés ; pourquoi dans certains êtres la circulation se fait dans des lacunes, sans cœur ni vaisseaux; pourquoi la circulation capillaire continue chez certains animaux à respiration cutanée, même après Fablation du cœur; pourquoi le sang pénètre dans le cœur de certains animaux de la même manière que l'eau dans une éponge, etc., etc.

La surface extérieure du corps joue aussi un grand rôle dans le mouvement de la circulation, puisqu'elle sert de réfrigérant; c'est en partie pour cela que Cl. Bernard a constaté que la circulation s'embarrasse et que la mort survient lorsque l'on couvre le corps d'un animal d'un vernis qui entrave le refroidissement. Les résultats suivants confirment l'action des différences de température : « Les animaux à sang chaud, c'est-à-dire à température fixe, dit M. Longet, 1. 1, p. 176, ont une respiration d'autant plus active que la température ambiante est plus basse. Cette influence est générale sur l'organisme, pourvu que ses limites ne dépassent pas les conditions qui sont propres à sa nature. »

(Suivent nombre de faits dont voici un extrait).

Expériences de Letellier :

Production par heure d'acide carbonique.

Température extérieure. Cochon d'Inde. Souris Tourterelle. Serin.

On voit combien la chaleur extérieure ôte de puissance à mesure qu'elle se rapproche de la température intérieure. La plus ou moins grande dépense, et par suite le degré d'activité de la circulation du sang, selon la quantité de chaleur dépensée, ressort de ces expériences de Lavoisier :

Dépense (ï oxygène d'un homme adulte pendant

une heure.

Au repos et à jeun 24',0 pesant 34b,5

Pendant la digestion 37 ,7 » 54 ,0

A jeun, en travaillant (5.874'"»). ... 63,5 >» 91 ,0

En digestion et en travail (6.197"^™) . 91 ,0 » 131 ,0

Dans ces mêmes conditions, Lavoisier signale aussi une dépense plus forte d'oxygène quand la température ambiante s'abaisse. Par des expériences très simples, on peut d'ailleurs s'assurer du résultat des différences de température. En chauffant une partie quelconque de notre corps, nous remarquons que cet excès de température empêche les combinaisons d'acide carbonique de s'effectuer; le sang reste rouge et abondant dans cette partie, sans éprouver la tendance à se reporter vers les poumons pour se renouveler. Si, au contraire; telle partie de notre corps est exposée au froid, les combinaisons d'acide carbonique se font abondamment; cette partie, bleuie par l'acidité et le sang qui a perdu sa force vive, retourne avec facilité vers les parties alcalines internes pour renouveler sa provision d'oxygène. Nous reconnaissons ainsi la cause d'équilibre de la température du corps, puisque la circulation et les combinaisons sont d'autant plus actives que le froid extérieur est plus puissant.

Bien que ces nombreux faits paraissent déjà surabondants pour démontrer la cause motrice du sang, citpns encore une expérience de Bichat {Recherches physiologiques sur la vie et la mort, p. 173). Ouvrant la même artère carotide sur deux chiens, il s'arrange au moyen d'un tube pour que ce soit le sang artériel de l'un des chiens qui pénètre au cerveau de Tautre, ce qui réussit très bien. Ensuite, par une opération analogue, il veut y faire parvenir le sang veineux par la même voie. Ce sang, quoique poussé par une force égale, s'y refuse complètement; « le sang noir ne parvenait pas au cerveau », ce qui nous montre très bien que le sens du mouvement du sang dépend de sa nature.

Maintenant nous comprendrons parfaitement pourquoi on peut enlever le cerveau sans arrêter de suite les mouvements du cœur; pourquoi celui-ci est Vultime

moriens; pourquoi les fonctions organiques qui dépendent de la circulation simple sont communes au règne animal et au règne végétal; pourquoi le cœur constitue un organe involontaire par excellence ; pourquoi Tanimal meurt dans Tacide carbonique ou autres gaz qui ne peuvent pas développer de la chaleur par leurs combinaisons dans l'organisme; pourquoi le cœur, même détaché, continue à battre dans Tair ou Toxygène, tant qu'il a assez de matière pour provoquer les combinaisons, etc.

Les actions du cœur, qui subissent fatalement les conditions de la loi matérielle, ne procèdent donc pas du même principe que celles du cerveau, qui ne répondent pas aux effets de cette même loi matérielle, et Ton comprend combien est regrettable un état scientifique qui enveloppe dans un même voile d'ignorance les fonctions les plus élénxentaires de l'organisme, si éminemment utiles à l'armée de médecins à laquelle nous sommes livrés, et les fonctions supérieures du cerveau, qui seules doivent faire au dogme une part infiniment plus efficace.

Lorsqu'on voit la force matérielle agir sous mille formes dans l'organisme, les réticences ne sont bonnes qu'à conduire sûrement au matérialisme. En voici encore des exemples : le 28 juillet 1873, M. Marey apporta dans la salle des Pas-Perdus de l'Académie des sciences, un cœur de tortue séparé de tout autre organe. L'origine des veines est reliée par un tube avec robinet à un récipient placé au même niveau et qui contient du sang veineux tiré d'un veau. A la sortie artérielle est adapté un autre tube de caoutchouc qui va déverser le sang que lui envoie le cœur à un autre récipient placé à une vingtaine de centimètres en contre-haut, ce qui montre qu'il faut une force bien déterminée pour élever le sang. On ouvre le robinet qui met le sang veineux en communication

avec ce cœur inerte, et immédiatement des battements se produisent et le sang est chassé dans le réservoir supérieur.

En voyant cette expérience, que tout étudiant peut exécuter- dans son cabinet et qui est constatée partout, chacun comprend parfaitement qviMl n'y a là qu'une force de combinaison matérielle et que cette force porte ainsi le sang et son action dans tout l'organisme ; et, en voyant aussi le sang agir au cerveau, il ne peut nullement distinguer les fonctions puisqu'il ne connaît pcLS le mode dagir de V action matérielle. Puis, quand il voit la science et les livres classiques dissimuler l'action si remarquable du sang ou divaguer à son égard en ne parlant que de la force du cœur (voir Comptes-rendus , t. LXXVIl, p. 367), alors qu'il faudrait faire connaître la force des combinaisons qui s'y opèrent et le seul mode d'action qu'elle puisse produire, que voulez-vous que dise le jeune savant qui est témoin de ce fait si remarquable et de sa dissimulation? Il est inévitablement confirmé dans son idée que cette expérience montre l'action matérielle qui régit la vie entière et qu'on la dissimule pour ne pas arriver au matérialisme; dès lors, son opinion est faite. Il ne voit plus que la force matérielle, qu'il importe au plus haut degré de connaître pour les études médicales, et il veut en profiter. Voilà comment notre déplorable philosophie fabrique les matérialistes I

Pour que le miracle du cœur ait toute sa puissance, il faut naturellement que ce soit lui qui produise toute la force, et c'est en effet le sens de la communication académique de M. Marey. Il est bien certain que c'est dans le cœur que se produit la plus .grande partie des combinaisons, et que, par conséquent, cette force contribue le plus puissamment à pousser le sang dans les organes et le fluide nerveux à travers les pneumogastriques pour animer l'organisme. Mais il n'est pas

moins certain que le sang a une force directe et qu'une partie des combinaisons d'acide carbonique se produit dans divers autres organes et que cette force supplée à celle qui se dégage dans le cœur. Nous en donnons diverses preuves, on peut dire superflues, puisqu'il suffit de constater qu'il s'est produit des combinaisons dans ces autres organes pour être certain qu'une force équivalente s'y est développée.

Si, au lieu de ces singulières interprétations qui déroutent la science sans la convaincre, vous mettez à nu, comme nous l'avons fait, la nature même de la force njatérielle qui se produit, si vous montrez que cette force ne peut pas plus donner une direction intelligente, réfléchir et juger que la force qui se produit dans une chaudière à vapeur, immédiatement vous voyez se séparer de cette force matérielle les phénomènes de l'intelligence si étonnants et si impénétrables.

Avec cette distinction aussi facile que naturelle et évidente, le dogme aura sa part sûre et la science toute liberté de répandre le bien-être avec connaissance de cause. Quand donc admettra-t-on des choses aussi simples ? Quand donc vous déciderez-vous à éclairer la science et surtout ce que vous appelez Vart médical, dont vous ferez une véritable science, afin que le scalpel ne taille pas dans nos organes sans connaître les causes d'action, comme l'ébauchoir du sculpteur dans un bloc d'argile ?

Maintenant, voici d'autres expériences au moyen desquelles notre demi-science sans principe conduit au matérialisme par ignorance des lois d'action. Ecoutons M. Cl. Bernard {Cours scientifiques) : Pour empêcher l'afflux du sang dans la partie postérieure du corps sur ce lapin, on a passé un fil sur l'aorte au niveau des artères rénales, on a recousu l'abdomen et l'on va opérer la ligature de l'aorte en serrant la ligature sur le dos de

ranimai. Immédiatement la moelle perd ses propriétés, et le train postérieur est paralysé complètement du mouvement et de la sensibilité. » Pour empêcher l'afflux du sang oxygéné au cerveau, Astley Cooper « liait sur un chien en même temps les deux carotides; il y avait une perte incomplète des fonctions cérébrales. S'il comprimait les artères vertébrales, la circulation du ceryeau étant complètement suspendue, Vaniynal tombait comme foudroyé, et s'il faisait cesser cette compression des artères vertébrales, en ayant soin de ne pas trop la prolonger, il voyait l'animal récupérer rapidement rintégrité de ses fonctions cérébrales. » M. Brown- Séquart ranime, c'est-à-dire rend ses propriétés à un bras séparé et déjà rigide avec son propre sang. Il fait mieux : il tranche la tête d'un animal et la sépare complètement du tronc; alors il est parfaitement c^ertain que le sang oxygéné n'y arrive plus; « puis, au bout de huit à dix minutes, alors que depuis plusieurs minutes toute trace d'excitabilité a disparu dans le bulbe rachidîen et le reste de l'encéphale, il pratique à Taide d'un appareil approprié des injections de sang oxygéné et défibriné (pour empêcher qu'il ne se coagule) à la fois dans les carotides et dans les vertébrales. On peut voir, après quelques moments, les manifestations de la vie se montrer de nouveau : il y a dans les muscles des yeux et dans ceux de la face des mouvements qui paraissent prouver que les fonctions cérébrales se sont rétablies dans cette tête complètement séparée du tronc... » Et cette exclamation matérialiste s'échappe de la poitrine de M. Cl. Bernard comme de celle de ses devanciers : « Cette expérience est bien faite pour inspirer de sérieuses réflexions sur la nature des facultés cérébrales !,,. »

Or ces savants commettent là une grosse erreur, qui n'est possible qu'avec Tignorarice du principe des actions matérielles. Ils ne s'aperçoivent pas que dans

Tar ri ère-train du lapin, comme dans le bras détaché, il n'y a que la force matérielle sans direction; tandis que dans la tête détachée du tronc, le sang a apporté de la force à deux choses distinctes : d'une part aux organes qui n'obéiront que s'ils sont commandés et d'autre part au cerveau, qui commandera lui-même pourvu qu'il ait une force matérielle à diriger. Ainsi, les membres n'ont acquis que la force passive nécessaire pour obéir, tandis que la tête a aciquis celle nécessaire pour obéir et d'autre part celle nécessaire pour commander et diriger; rien n'est donc plus distinct que ces deux ordres de phénomènes, comme nous l'avons déjà montré dans les conclusions du paragraphe 18, première partie.

Le sang oxygéné est un élément de force mis à la disposition du cerveau; si cette force disparaît, il est tout naturel qu'il ne puisse plus en user et que ses fonctions matérielles cessent; mais la direction de cette force ne dépend pas d'une impression extérieure analogue à là force excito-motrice réflexe, comme on le dit par ignorance même de la cause de ces phénomènes.

Puis, disent les hommes de science qui ne remarquent qu'une face des choses : « Si je donne une potion soporifique à un chien, à un chat ou à un homme, ils dormiront les uns comme les autres; si je leur donne une potion aphrodisiaque, ils en subiront de même les conséquences. » Ils ne remarquent pas que le cerveau dirigera cette action matérielle ou luttera d'autant plus contre elle qu'il aura plus de puissance, et que l'animal s'y abandonnera d'autant plus facilement que son instinct est moins puissant. Il y a donc là deux choses, deux tendances distinctes, et nos demi-savants, dans l'aveuglement où on les maintient, confondent le tout. Gomment ne seraient-ils pas matérialistes avec la confusion des phénomènes?

§ 6. ^ Cause calorique des courants nerveux.

En prenant les conditions moyennes de la circulation du sang, on trouve que dans une minute il passe environ 10 litres de sang aux poumons, contenant 2 litres d*acide carbonique, dont moitié est expulsée par la respiration pendant son passage aux poumons. S*il ne s'en formait pas d'autre pendant le passage dans le cœur, il n'en resterait que moitié dans le sang rouge. Mais comme il est constaté, au contraire, que le sang rouge en contient souvent un cinquième de plus que le sang noir, il en résulte que 1^40 d'acide carbonique s'est formé pendant le passage du sang dans les organes de la respiration, ce qui résulte aussi de 1^25 d'oxygène absorbé, dont il ne reste que 0S526 de disponible dans le sang rouge artériel. Les combinaisons secondaires étant très peu importantes, on voit qu'une notable quantité de chaleur a été dégagée, et comme elle ne laisse, on peut dire, pas de trace appréciable au thermomètre, il faut nécessairement qu'elle se soit échappée par une voie que nous n'allons pas tarder à reconnaître.

Rappelons d'abord les lois de conductibilité par ce passage des Comptes rendus, 28 mars 1870 (Jamin) : « La loi de Joule fait connaître la chaleur qui se développe dans les conducteurs traversés par des courants. Un fil métallique peut être considéré comme un foyer. On peut lui donner toutes les formes possibles et le placer où l'on voudra, au milieu des corps liquides ou gazeux, il y versera une quantité de chaleur proportionnelle au temps, à sa résistance et au carré de l'intensité des courants. D'autre part, la machine électrique de Holtz nous montre d'une manière très précise la transformation du mouvement ou de la chaleur en électricité. Enfin, rappelons encore que M. Becquerel, ainsi que nous, constate, notamment p. 68, t. LXX, des Comptes rendiiSy

que les courants nerveux ont une origine chimique, comme Télectricité.

Si maintenant nous remarquons que ce sont les ramifications des conducteurs de premier ordre de Torg-anisme, les pneumo-gastriques, qui aboutissent au cœur où se produit la plus puissante contraction ou condensation, nous comprendrons qu'ils doivent enlever cette chaleur, et comme les pneumo-gastriques aboutissent à la moelle épinière, nul débouché, en effet, ne saurait mieux expliquer l'emploi de la chaleur disparue.

Cherchons maintenant des confirmations par d'autres voies.

Les courants nerveux ou électriques ne peuvent se produire que s'il existe, aux extrémités opposées des conducteurs, des actions inverses qui tendent à se neutraliser. Dans les êtres animés, nous voyons les nerfs sensitifs aboutissant aux parties périphériques du corps où ils font des déperditions de chaleur; ils constituent donc le pôle négatif, et il faut, par conséquent, chercher la source calorique ou le pôle opposé à l'intérieur du • corps, où il se produit des combustions. Suivons ces nerfs sensitifs; nous les voyons aboutir à la moelle épinière, qui leur sert de voie commune; il faut nécessairement que cette moelle tire elle-même la chaleur de quelque source puissante, puisqu'elle fournit à la déperdition de nombreux nerfs sensitifs. Si, pour savoir d'où part l'action nerveuse, on sectionne la moelle épinière du système cérébrospinal, en commençant tantôt par les parties inférieures, tantôt par l'extrémité supérieure, on arrive de part et d'autre, au faisceau de substance grise situé dans le bulbe rachidien avant d'éteindre l'action nerveuse et la vie ; c'est donc là que doit se produire ou arriver la source calorique positive de l'action nerveuse.

Pour préciser davantage ce point, Legallois, « sur un jeune lapin, procède à l'extraction du cerveau en enlevant

des tranches successives, jusques et y compris une petite partie de la moelle allongée ; mais la respiration cesse subitement lorque Ton arrive à comprendre dans une tranche VorigiriP des nerfs pneumo-gastriques. » C'est donc par cette extrémité des nerfs pneumo-gastriques que débouche le dégagement propre à constituer le courant positif.

Ainsi nous voyons que les nerfs pneumo-gastriques, qui forment une communication directe entre le cœur et le bulbe au nœud vital, doivent nécessairement apporter le fluide calorique ou positif au système nerveux. Le bulbe puise précisément au cœur, où l'on constate une production de chaleur disparue. La route de ce calorique se trouve donc toute tracée.

La conclusion est si simple à tirer : une production de calorique, un conducteur et le point où il se distribue en fluide nerveux!... Il semble presque superflu d'ajouter que la source du fluide nerveux est toute trouvée dans la chaleur transformée des produits de la respiration. Voilà donc l'action chimique insaisissable du fluide nerveux que cherchent M. Becquerel et tant d'autres; voilà le conducteur de MM. Joule et Jamin qui verse cette chaleur; voilà enfin la source de ce fluide sans origine trouvée.

Celte solution s'impose, on peut dire, d'elle-même, puisque, sans cette conclusion, il faudrait admettre d'un côté une cause de chaleur sans résultat, de l'autre une dépense de fluide sans cause productrice, et entre les deux un conducteur sans usage.

Nous pouvons d'ailleurs montrer par l'expérience directe : 1° que le fluide nerveux est réellement une forme de calorique; 2' qu'il se transmet par les nerfs; 3** que c'est bien réellement de la chaleur, sous une de ses formes, qui est transmise des organes de la respiration au nœud vital par les nerfs pneumo-gastriques.

Nous avons montré page 18, en touchant du doigt des corps de différente température, que la transmission nerveuse est proportionnelle aux différences de température. La sensation n'existe pas avec la similitude de température, elle naît et augmente avec les différences de température; donc la transmission nerveuse est due à ces différences de température.

Mais, direz-vous, lorsque je touche un corps résistant, quelle que soit sa température, je le sens très nettement. Si je reçois un soufflet de la main de mon voisin qui a la même température que moi, je le sens parfaitement. Si je me fais une piqûre, une blessure, je la ressens également.

Il est facile de reconnaître que toutes les sensations dépendent également des actions caloriques. Nous savons que tout dérangement moléculaire, comme toute combinaison ou décomposition, produit des mouvements caloriques, qu'il y a dégagement ou absorption de chaleur chaque fois qu'un corps est plus ou moins comprimé. Ce résultat n'est pas seulement constaté dans les phénomènes inorganiques, mais encore dans les phénomènes organiques. Il forme un principe de physiologie ainsi énoncé : Partout où les propriétés vitales sont en activité, il y a un dégagement ou une perte de calorique. Dès lors on reconnaît que tout contact, et par suite tout dérangement moléculaire, produira des mouvements caloriques, et par conséquent des sensations. De plus, pour le choc ou soufffet, qui produit une faible sensation s'il est faible, une forte sensation s'il est fort, nous savons que le mouvement mécanique est un équivalent de chaleur; par conséquent, il y aura peu de chaleur développée par un faible choc et beaucoup par un choc puissant. C'est donc encore en raison de son développement calorique que le choc est ressenti. En passant successivement en revue toutes les sensations que nous recevons par les

divers sens, on constate, comme nous Tavons déjà remarqué, que toutes sont le résultat de vibrations transmises par les nerfs spéciaux de chacun de nos sens. Nos deux premières propositions se trouvent donc démontrées en même temps.

Pour éclairer la troisième et nous assurer expérimentalementque la chaleur développée pendant la respiration s'échappe par les nerfs pneumo-gastriques, qui aboutissent au bulbe rachidien ou nœud vital, il nous suffira d'examiner le résultat des expériences de M. Cl. Bernard {Cours scientifiques, 1865, p. 842). En mesurant sur ranimai vivant la température dans le cœur droit et dans le cœur gauche,- où le sang arrive après la respiration, on trouve toujours la température de ce dernier un peu inférieure à celle du ventricule droit; de nombreuses expériences en font foi. Mais, au contraire, « en sacrifiant immédiatement Tanimal par la section du bulbe rachidien (ou nœud vital), et ouvrant de suite la poitrine, on trouvera toujours le sang du ventricule droit plus froid que celui du ventricule gauche. » Ainsi, en coupant d'abord le bulbe rachidien, qui interrompt l'écoulement calorique, il suffit du faible temps qu'a duré Topération pour que le sang du ventricule gauche, où se produisent les combinaisons et les contractions, ait pris une température plus élevée que celle de l'autre ventricule ; ce qui nous montre nettement que dans l'état normal la chaleur s'écoule sous forme de fluide nerveux par les nerfs pneumo-gastriques, et que chaque fois qu'on les coupe et que la chaleur ne peut plus s'écouler au bulbe par ce conducteur spécial, le résultat est infailliblement une augmentation de chaleur dans le cœur gauche, même en peu de temps.

Du moment où il est reconnu que c'est le calorique des combinaisons du sang oxygéné qui constitue le courant chaud ou positif du fluide nerveux ou électrique, on

comprend que Télectricité doit, par réciprocité, produire des effets analogues. Les expériences de M. Remak, de Berlin, faites à Thospice de la Charité de Paris, sont en effet des plus concluantes : « Le pôle positif (qui enlève de la chaleur) possède sur les nerfs une influence à peu près identique avec l'action du courant descendant (qui Tenlève ou l'écoulé également en la portant vers la périphérie du corps), et le pôle négatif (qui reçoit de la chaleur) exerce une influence identique avec Faction du courant ascendant (qui apporte du froid et reçoit de la chaleur). On observe au pôle positif {qui enlève de la chaleur) une dépression de la peau, et au pôle négatif {qui en reçoit) un gonflement de Tépiderme » ce qui est parfaitement conforme à la contraction par suite d'un échappement de chaleur et à la dilatation par son abord.

Voici encore un fait qui montre de la manière la plus claire l'action de la chaleur sur les muscles : « le courant constant, agissant par l'électrode négative (qui reçoit de la chaleur) sur les rameaux nerveux qui se répandent dans le muscle, produit un gonflement des fibres musculaires. » Ainsi, on voit encore ici que l'abord du fluide positif qui se dégage vers l.'électrode négative, agit comme la chaleur des combinaisons du sang. Ils prodiiisent l'un et l'autre un même résultat en dilatant les organes. Dès lors on conçoit que, chaque fois que ce fluide parviendra à s'échapper par les nerfs qui sont ses conducteurs spéciaux, il en résultera Une contraction. . Il résulte des phénomènes que nous venons d'examiner, que le système nerveux n'est que la conséquence du développement calorique qui se produit dans l'intérieur de l'organisme, par suite de la combinaison de l'oxygène apporté par la respiration avec les éléments hydrocarbonés qu'il rencontre dans le sang, et que, par suite, la chaleur doit trouver un débouché pour se dégager ou se transformer. Les faits suivants confirment

cette conclusion. Je lis : « On sait que le système nerveux des animaux qui respirent par trachée est moins parfait et présente toujours des dispositions particu- ' lières; que là où il n'y a plus de système nerveux, celui de la respiration disparaît aussi, »

C'est que, en effet, le système nerveux est la conséquence des phénomènes chimiques de la respiration, qui, par conséquent, n*a pas besoin de lui comme moteur, mais seulement comme dégagement pour se produire. Elle peut donc dans certains cas s'effectuer sans le système nerveux, tandis que celui-ci ne peut fonctionner sans respiration, c'est-à-dire sans les combinaisons chimiques des matières hydrocarbonées avec l'oxygène, dont les dégagements caloriques donnent naissance aux courants nerveux.

Les mouvements de contraction, dont nous allons nous occuper ci-après vont donner une nouvelle preuve des combinaisons d'où naît la force vive qui constitue les courants nerveux et nous donner aussi l'indication des organes dans lesquels se forment les combinaisons.

Les physiologistes ont été un peu déroutés par ce fait, en apparence paradoxal, que .l'excitation d'un nerf moteur provoque la contraction du muscle correspondant, tandis que l'excitation des pneumo-gastriques, quand elle parvient à déterminer un résultat sur le cœur, ne produit que son relâchement; il s'arrête en diastole. Pour se rendre compte de ce résultat, il faut remarquer que le dégagement calorique du muscle est ordinairement fermé, et que toute secousse peut l'ouvrir. Au contraire, le dégagement calorique des pneumo-gastriques est rhythmiquement ouvert par la chaleur dégagée au cœur. Un courant qui tend à enlever de la chaleur à ces conducteurs est insensible ou ne peut que l'activer un peu; mais un courant qui apporte de la chaleur à ces nerfs ne peut que s'opposer à l'échappe-

ment de celle du cœur et le laisser en diastole, c'est-à-dire dilaté par la chaleur, et nulle contraction ne peut se produire sans dégagement calorique.

Lorsque Ton provoque la contraction, en excitant un nerf séparé du corps avec son muscle, et que les éléments de combinaisons perdent peu à peu leur force en s'épuisant, on observe alors plusieurs phases d'action qui sont d'un grand enseignement. Voici le tableau de ces actions, nommées loi de Ritter, et qui ont été répétées par plusieurs autres physiologistes.

Le courant électrique est appliqué au nerf tantôt de manière que le courant positif ou chaud se porte au muscle, tantôt dans le sens inverse.

Les signes -h et — que nous ajoutons à l'indication des effets produits indiquent si le sens, soit de l'action, soit de la réaction du courant excitant, est de nature à apporter au muscle de la chaleur +, ou à en ôter — .

Voici le tableau de ces différentes phases et de leurs

résultats.

Période.

Sens du coarant.

CommeDcemeot.

Fin.

Direct

+ Rien.

— Contraction.

Inverse.

— Contraction.

+ Rien.

Direct.

+ Contr. faible.

— Contr. faible.

Inverse.

— Contraction.

+ Contraction.

Direct.

+ Contraction.

— Contraction.

Inverse.

— Contraction.

+ Contraction

Direct.

+ Contraction.

- Contr. faible.

Inverse.

— Contr. faible.

+ Contraction.

Direct.

H- Contraction.

~ Rien.

Inverse.

— Rien.

+ Contraction.

Direct.

+ Contr. faible.

— Rien.

Inverse.

— Rien.

+ Rien.

La signification de ces résultats est demeurée comme une énigme. Pourtant, avec le principe qui nous guide,

ces résultats sont rationnels. Lorsque le muscle possède toute sa tension calorique, c'est le courant qui apporte de la chaleur, ou la réaction du courant inverse qui est repoussé sans résultat, puisque chaleur et chaleur se repoussent. Ensuite, lorsque les actions s'équilibrent à peu près, toute secousse peut parvenir au muscle et y porter l'excitation. Mais plus tard, au contraire, lorsque le muscle a perdu de sa chaleur, ou mieux, les éléments qui la produisent, par les dépenses qu'il a faites, il se trouve plus froid ou acide, et par conséquent, ce sont les excitations négatives ou froides qui ne peuvent plus y parvenir pour l'exciter, puisque froid et froid se repoussent. En effet, M. Claude Bernard dit (p. 631) : « Si l'on prend un muscle fatigué, le suc musculaire est de moins en moins alcalin et finit par devenir acide. » De sorte que ces résultats différents, qui au premier abord semblent contradictoires et inexplicables, sont, au contraire, une conséquence très logique, selon notre loi. Il résulte de ces faits que, dans l'état normal, c'est la secousse du courant excitateur qui favorise l'échappement de la chaleur par le nerf, qui détermine la contraction musculaire, et cela devrait être en effet; et lorsqu'il s'épuise, c'est le contraire.

Avec cette origine commune des forces musculaires et nerveuses, nous pouvons parfaitement nous rendre compte des embarras de la science. Nous lisons dans la Physiologie d'Hermann (trad. franc., 1869, p. 315) : « On ne sait encore que fort peu de chose sur l'état actif du nerf ; on ne connaît ni la nature des forces qui deviennent libres dans le nerf pendant son activité, ni les phénomènes chimiques qui leur servent de fondement. » (Ce phénomène est, comme nous Tavons vu, le dégagement calorique de la transformation du sang dans le muscle.) « La seule différence chimique constatée jusqu'ici entre le nerf en repos et celui qui a été actif, c'est que ce dernier montre

une réaction acide (Funke). » (Lorsque le muscle est fatigué, c'est qu'il n'a plus de combinaisons à produire.) « Quel que soit l'état du nerf, aucune consommation d'oxygène n'est encore démontrée. » (Cette consommation, se faisant dans le muscle, ne peut en effet être constatée dans le nerf.) « Pour ce qui est des forces mises enjeu, on sait seulement qu'aucune chaleur ne se forme (Helmholtz). » « Et pourtant, répondent, d'autre part, Valentin, Obel, puis Schiff [Archives de physiologie, mars-avril 1869), par des expériences faites avec beaucoup de rigueur : le nerf, pendant son activité, dégage, de la chaleur!,,.» Voilà décidément les physiologistes au comble de l'embarras : le nerf ne consomme pas d'oxygène, il ne s'y forme aucune chaleur, et pourtant il en dégage I... Eh bien, oui, tout cela est vrai. Il n'en forme pas et il en dégage, parce qu'il dégage celle qui est rendue libre dans le muscle.

Lorsqu'un corps mort ou un membre détaché se refroidit, on sait qu'il perd la qualité alcaline pour devenir acide; mais nous savons aussi qu'il suffît de réchauffer un corps qui commence à devenir acide pour qu'il redevienne alcalin.

Ces transformations alcalines et acides s'opèrent donc par la seule influence de la chaleur ou du froid. Ce fait, bien établi, nous permet aussi de reconnaître que les fluides positifs et négatifs ne sont que des courants de chaleur ou de froid relatif, puisqu'en appliquant les électrodes d'un courant sur les tissus, les qualités alcalines se développent sous l'électrode négative, qui reçoit la chaleur que lui envoie le pôle positif, et, au contraire, la qualité acide se développe sous l'électrode positive, qui soustrait la chaleur pour la porter au pôle négatif. Ainsi encore les courants positifs ou négatifs agissent exactement comme l'acquisition ou la perte de chaleur.

Les expériences de M. Remak conduisent à une con-

clusion analogue : » On observe, dit-il que le courant constant, agissant par Télectrode négative sur les rameaux nerveux qui se répandent dans le muscle affecté (de paralysie incomplète), rendra immédiatement à ce muscle sa corrélation avec la volonté et sa force morale. Il produit un gonflement des fibres et apporte de la chaleur qui permet la contraction.

Lorsqu'en dehors de l'intervention du cerveau il se présente un débouché pour cette chaleur, tel qu'un nerf conducteur et une excitation ou une matière pouvant l'absorber par ses propriétés différentes, l'action ou la fonction qui en résulte est dite réflexe; elle est toujours la conséquence obligée, inévitable de la propriété des éléments qui se trouvent en présence.

Le cerveau reçoit aussi ces mêmes éléments d'action ; il reçoit du sang oxygéné un élément de force sans lequel il ne pourrait remplir aucune fonction matérielle. Le dégagement calorique qui se fait aux poumons le met en rapport par le système nerveux avec toutes les impressions extérieures qu'il reçoit fatalement, selon que le hasard des circonstances les produit; et, d'après la cause du mouvement que nous venons de, reconnaître, la sensatiofi agit nécessairement sur le cerveau avec une intensité proportionnelle à la force et dans le sens voulu par elle. Pourtant il n'en résulte pas du tout, comme dans les autres organes, une action obligée, inévitable, selon la loi précise qui est l'attribut de la matière... Au contraire, le cerveau use à son gré de la force dont il dispose et de ces mêmes communications nerveuses pour déterminer librement la production des actions volontaires. Il y a donc nécessairement au cerveau quelque chose qui n'existe pas dans les autres organes, puisque ceux-ci doivent subir ces mêmes forces conformément à une loi à laquelle ils ne peuvent échapper.

Ainsi la chaleur ou force vive développée par les combinaisons est en môme temps une force mise à la disposition du cerveau et une sentinelle vigilante qui l'avertit de toute impression qui peut menacer la sécurité de l'individu ou lui être utile. Mais cette sentinelle est indépendante de la volonté, son action agit fatalement, c'est-à-dire que si une impression froide ou chaude, un contact, un choc impressionne notre corps, il ne dépend pas de nous, de notre volonté de dire : Je le sentirai ou je ne le sentirai pas; bien que le cerveau puisse en user ou ne pas en user, il y a donc une difTérence radicale entre ces deux choses; la force matérielle mécanique, a une cause indépendante de notre volonté et par conséquent fatale, obligée dès que la force est développée. En un mot elle obéit à la loi matérielle et ne possède pas la faculté par elle-même de s'arrêter ou de fonctionner à volonté, de prendre telle ou telle direction, d'agir faiblement ou avec force, selon une intention, caractère exclusivement réservé à la volonté.

Ainsi, ce qui arrive au cerveau est obligé, inévitable, c'est la force matérielle; ce qui en sort ne l'est plus, c'est le principe supérieur de la volonté. Confondre deux choses aussi distinctes est impossible en présence de la loi que nous développons.

§ 7. — Causes des mouvements de contraction.

Les mouvements de contraction sont de deux sortes : l'une, la contraction musculaire, n'est qu'une diminution de longueur du muscle, qui, en même temps prend plus d'épaisseur et garde sensiblement le même volume. L'autre mode de contraction résulte de la combinaison de l'oxygène gazeux avec le carbone et il y a réduction subite de volume comme en chimie, chaque fois que des corps gazeux se combinent réellement, c'est-à-dire avec

réduction de volume, dégagement de chaleur et diminution de capacité calorique par suite de la chaleur dégagée. Nous savons, en effet, que dans les combinaisons de carbone et d'oxygène en acide carbonique, il y a diminution de volume, dégagement de chaleur et perte de capacité calorique. Cette chaleur dégagée apporterait des troubles dans l'organisme si elle n'était amenée à se produire sur les points où elle peut être dégagée par les nerfs et employée à des fonctions utiles. Les contractions simples sont celles ou il y a simplement réduction du volume par suite de combinaisons. Les contractions complexes sont comme celles du cœur, où il y a en même temps chute de volume par combinaisons et contraction du muscle. Mais aussitôt après la chute de volume, Tabord du sang tend à rétablir le volume primitif et la tension par un nouvel apport de carbone et d'oxygène. Il en résulte une sorte d'équilibre entre la force qui se produit et les combinaisons qui tendent à s'effectuer plus abondamment, selon que la tension augmente et que l'emploi de la chaleur ou son dégagement est plus facilité. Les contractions que l'on remarque dans les tissus amorphes et que nulle organisation spéciale ne peut expliquer sont le résultat des contractions simples par combinaisons.

Remarquons maintenant que les mouvements de contraction ne sont point particuliers aux muscles ou au cœur, mais qu'ils se produisent partout où il y a du sang oxygéné à transformer en acide carbonique, c'est-à-dirè de la chaleur à dégager. Ainsi on a constaté les contractions dans le cœur, dans les artères, dans les artérioles, dans les muscles et même dans les veines, qui ne se contractent pas avec le sang;veineux, mais qui se contractent quand du sang rouge ou oxygéné y arrive accidentellement. Par contre, tous ces organes cessent de se contracter lorsqu'ils reçoivent du sang veineux,

qui n*a plus à se réduire en dégageant de la chaleur et en formant de l'acide carbonique dans les conditions où il se trouve.

Ces contractions doivent en effet se produire dans les organes involontaires par pulsation^ intermittentes, puisqu'il suffit d'un instant à un nerf conducteur pour écouler le calorique, dont le sang apporte moins vivementles éléments. Puis la communication peut et même doit se refermer par la viscosité des fluides jusqu'à ce qu'une nouvelle tension soit assez puissante pour la rouvrir.

Lorsqu'il s'agit des contractions musculaires, qui ont une force beaucoup plus puissante que celles que pourrait donner une simple dépression, nous sommes conduits à rechercher un supplément de force dans une autre combinaison d'action dont voici le mécanisme :

Les muscles peuvent être déchirés dans le sens de leur longueur en faisceaux de fibrilles toujours plus fines jusqu'aux faisceaux primitifs, Genesont point cependant des faisceaux, mais des tubes remplis (Tune masse liquide^ la substance propre des muscles qui devient solide sous l'action de certains réactifs et se décompose en fibrilles longitudinales et en stries transversales (cette demi-solidification, sous l'action du froid ou des acides, doit être la cause de la rigidité cadavérique). La paroi de ces tubes consiste en une membrane élastique complètement fermée, le sarcolemme (Hermann). Le contenu, examiné au microscope, montre des stries transversales, fines, régulières, qui proviennent de globules biréfringents (Bruche) disposés par couches et plus épais que la substance fondamentale, qui est d'une nature différente, à réfraction simple. En général, les tubes musculaires parcourent le muscle dans toute sa longueur sans se ramifier, et se fixent directement aux tendons et aux os

(G. Pouchet). Le contenu passe au pôle négatif dès qu'on y fait passer un courant électrique (Kuhn).

Ainsi Tensemble de ce liquide se porte au pôle négatif, c'est-à-dire du côté ou se dégage le calorique par le nerf; il en résulte nécessairement par la pression du liquide qui se jette à une extrémité, une augmentation de la largeur des tubes aux dépens de leur longueur. Ce résultat viendrait donc concourir avec la déperdition calorique pour produire une diminution de longueur de ces fibres et par conséquent la contraction du muscle. Puis, Taction cessant, le liquide tend à se répartir également dans toute la longueur des tubes en leur permettant de s'allonger selon leuB forme normale.

En effet, en devenant plus court, le muscle devient en même temps plus épais et il perd un peu de son volume (Hermann) en raison de la chaleur dégagée. En conséquence de ce mode d'action, si Ton applique une petite électrode négative sur un muscle, il se contracte parce qu'elle tend à réunir le liquide des tubes sur un même point; mais si Télectrode est grande, il ne se contracte pas, parce qu'elle tend aie répartir plus également.

C'est le courant qui tend à enlever de la chaleur au muscle, directement par les nerfs, qui a le plus d'action pour provoquer la contraction. Mais, comme l'action a lieu en raison des différences de calorique, elle peut aussi avoir lieu par le courant inverse, pourvu qu'il soit assez fort pour renverser la polarisation. En appliquant le pôle positif sur le tronc du nerf facial d'un cheval et le pôle négatif sur le nerf facial opposé, si le courant est suffisamment faible, le muscle qui répond au nerf siir lequel repose le pôle négatif se contracte seul. Il importe ici de bien analyser la nature du phénomène : le pôle négatif est. celui qui reçoit le calorique^ et par conséquent qui l'augmente sur. le point oii il agit, puis de proche en proche h l'entour. A ce titre, il ne serait pas favorable au

phénomène de contraction musculaire, si celui-ci était le résulat d'un courant fort ou continu qui déverse de la chaleur; mais comme la contraction n'est que le résultat d'une secousse instantanée, il en résulte en effet que le pôle négatif, qui- attire la chaleur du pôle positif, tend aussi en même temps, au moment de l'établissement du courant, qui est le moment actif, à soustraire celle du muscle qui est plus chaud, plus positif, par suite de Taction du sang, et par conséquent a provoquer la contraction. Il en résulte que c'est le pôle négatif au début du courant qui doit provoquer le plus facilement la contraction, quand le courant, plus faible que Faction musculaire, ne verse guère de chaleur et que les deux électrodes sont placées sur le nerf. Cela doit être le contraire si le courant est disposé de manière à introduire tout d'abord de la chaleur au muscle, ou bien si le courant est fort et que le calorique, porté trop subitement au muscle, empêche le résultat de la contraction, ce qui paraît être le cas de diverses expériences de Ritter.

Par conséquent, un muscle (tendu ou non) ne s'allonge pas le moins du monde si l'on coupe son nerf moteur (Averbach, Heidenhain), qui ne peut plus ni apporter ni emporter de chaleur. Mais il peut s'allonger si le sang continue à lui apporter cette force. Une certaine contraction peut aussi avoir lieu lorsqu'on laisse fonctionner le nerf sensitif ; cela prouve que cette contraction est de nature réflexe, et que ce sont les fibres sensitives qui dégagent ce mouvement réflexe (Brondgeest). L'excitation de ces dernières paraît avoir son point de départ dans la peau (Gohnslein). » On voit que ces faits sont des plus concluants, puisque nous savons que la peau reçoit une impression froide en opposition avec le dégagement calorique qui se fait dans le muscle.

Le calorique, comme cause du mouvement de contraction, en s'échappant, se déduit avec la même facilité

des remarques du docteur Marey, tirées de ses conférences de 1866.

« Malgré les efforts des naturalistes et des physiologistes, dit-il, on n'a pu jusqu'ici ramener à un élément unique Torigine du mouvement. L'observation microscopique nous montre la contraction dans les tissus amorphes et dans les tissus organisés. Les animaux inférieurs, les méduses, par exemple, sont éminemment contractiles, sans qu'on découvre en elles le tissu spécial qui est le siège de la contraction chez les animaux les plus perfectionnés. Les amibes nous montrent la matière contractile sous son apparence la plus singulière, car il n'existe pour cette matière aucune forme déterminée; on la voit dans le champ du microscope jorenrfr^ spontanément les formes les plus bizarres, sans qu'on puisse saisir d'où lui vient ce mouvement. »

On voit que « les efforts des naturalistes et des physiologistes » recherchent la cause du mouvement dans la forme de la matière ou des tissus, où elle n'est que secondairement, et que cette préoccupation les détourne de la vraie cause. Il suffit de continuer cette citation pour la mettre on peut dire en évidence : « Cependant il existe des conditions physiques ou chimiques qui agissent de la même manière sur tout ce qui est contractile. Ainsi la chaleur augmente la contractilité, le froid la diminue y V action des alcalis la favorise y celle des acides la détruit. » En effet, les éléments chauds ou alcalins peuvent se contracter en perdant cette chaleur. Les éléments acides qui l'ont perdue ne peuvent plus le faire dans les mêmes conditions. Quant à la forme des tissus, son influence n'est que secondaire; néanmoins, elle se manifeste nettement dans les tubes striés contractiles et dans les corps lisses qui permettent un écoulement plus régulier.

Le dégagement calorique est d'ailleurs la conséquence

de ces phénomènes constatés par Ludwig Sézelkow et par Cl. Bernard (1864, Cours, p. 531) : « Le suc musculaire contient des substances albuminoïdes et beaucoup d'autres, de Toxygène en assez grande quantité. // disparaît par la contraction du muscle, ou plutôt il s'use dans Taccomplissement de cette fonction, car on n'en trouve presque plus, ou même plus du tout, dans un muscle fatigué (p. 625). Le sang veineux est beaucoup plus noir que d'ordinaire lorsqu'il sort d'un muscle en mouvement. Le muscle en mouvement consomme beaucoup plus d'oxygène et rend bien plus d'acide carbonique. » Il en est de môme pour l'organisme tout entier (Regnault et Reiset); mais si un muscle est détaché, sa consommation d'oxygène n'augmente pas, ses contractions ne peuvent se continuer que jusqu'à épuisement de ce qu'il contient (Hermann).

On sait que le courant électrique va de la surface longitudinale du muscle ou des fibrilles du muscle à leur section transversale artificielle. Ce fait nous montre que les éléments sanguins rutilants de la surface du muscle se combinent plus facilement avec l'oxygène de l'air et deviennent le pôle positif et que les liquides axiles de la section du muscle ne se combinent pas ou peu et deviennent pôle négatif.

Le calorique pouvant s'échapper subitement, tandis que le sang, qui a une densité notable, ne peut être renouvelé que progressivement, malgré les nombreux canaux capillaires qui l'apportent, la tension du muscle résultera nécessairement d'une série de petites secousses. Au moyen du myographe, on constate en effet que dans le cœur la contraction est subite, tandis que le relâchement est progressif.

Lorsque le nerf est en communication avec tout l'organisme, le fluide nerveux ou calorique s'échappe avec une telle rapidité qu'il est (Jifflcile d'en constater la

marche instantanée, qui se confond avec la secousse. Voici ce que *dît Bernstein du courant nerveux : « Au moment de Texcitation (par un courant qui se porte au muscle), le courant tombe tout à coup fortement, se renverse et se relève ensuite un peu plus lentement pour revenir à l'état régulier. La durée entière d'une variation négative comporte, pour un point du nerf, de 0,0005 à 0,0006 de seconde. »

.tt La variation négative est toujours une diminution du courant nerveux direct, persistant, que ce courant soit naturel ou modifié par Tétat électrotonique. » Puis on lit (Longet, 2* édit., t. II, p. 323) : « La variation négative nest pas une modification du courant primitif; elle résulte de l'influence d'un autre courant agissant au moment de Virritation, courant dans le sens invariable est opposé à celui du courant normal (qui va au muscle). La variation négative paraît appartenir exclusivement à la moelle nerveuse. » (Valentin et Schifî.) Ainsi il n'est pas difficile d'en conclure que la contraction ne se produit que moyennant un courant qui en sort invariablement par Uaxe conducteur du nerf, ce qui permet la contraction et donne ce qu'on appelle la variation négative.

§ 8. — Influence héréditaire et principe supérieur

de la vie animale.

L'influence héréditaire se transmet par un germe, et pourtant dans le développement de ce germe nous ne pouvons saisir que les effets de la force matérielle. « L'œuf, l'ovule, le germe, n'ont pas d'organisation déterminée, dit le docteur Bouchut [Revue des cours scientifiques, 1864, p. 638) ; ce sont des cellules remplies de granulations nageant dans une matière amorphe... Ils n'ont pas de structure appréciable, pas de tissus ni d'organes

susceptibles d'expliquer leur sensibilité inconsciente ni leur mouvement. A peine ont ils été fécondés et placés dans des conditions convenables, qu'ils attirent à eux l'oxygène et qu'ils rejettent de Tacide carbonique. Leur température s'élève, des mouvements s'accomplissent au milieu de la matière amorphe. Du sang se forme et il circule sans vaisseaux et sans cœur, qui ne se forment qn'après cette mise en mouvement. Les rudiments du centre nerveux apparaissent à la suite de cette circulation. Puis l'être est graduellement formé. »

Dans ces résultats, on reconnaît parfaitement l'action matérielle, qui est la môme pour toutes les espèces. Mais si la force matérielle agissait toujours directement dans les êtres organisés comme elle le fait pour le règne minéral, les mômes éléments formeraient toujours les mêmes combinaisons. Touteslesplantes, qui puisent leurs éléments au même sol sous l'action du même air, d'une même température, pour agir sur le même acide carbonique parle même mode d'action, se ressembleraient ou tout au moins ne feraient qu'une espèce, et il n'en est rien. Tous les poissons qui vivent dans une même eau, les animaux qui vivent des .mêmes éléments, respirent le même air, etc., se ressembleraient si l'influence héréditaire ne maintenait pas les qualités acquises par chaque espèce. De tels œufs, dont la matière amorphe n'accuse aucune différence, il sortira un aigle ou un pinson, un crocodile ou un goujon. Nous sommes donc forcés de reconnaître que l'élaboration du germe, tout insaisissable qu'elle est, apporte une influence spéciale qui modifie considérablement les résultats de l'action matérielle.

Toutefois il n'y a rien là de contraire à la loi matérielle. Il s'agit d'organes qui se développent avec plus ou moins de puissance et de matière, pendant 'plus ou moins de temps, etc. Il nous est impossible de nous rendre compte comment un germe si petit, parfois imperceptible, peut

renfermer les éléments plus ou moins perfectionnés d'un être souvent très développé. Nous sommes donc obligés de reconnaître la possibilité de cette influence qui permet aux êtres de se perfectionner indéfiniment en se transmettant les qualités acquises par les .générations antérieures selon les conditions dans lesquelles elles ont vécu.

Cette influence héréditaire employant de longues séries de générations, c'est-à-dire des siècles pour se modifier, il nous est on peut dire impossible d'établir expérimentalement son action. Seulement nous reconnaissons par sa manière d'agir qu'elle obéit aux lois d'action de la matière et qu'elle appartient au règne végétal comme au règne animal.

Mais lorsqu'on remonte au règne animal séparément, là seulement nous rencontrons une influence, un principe nouveau. C'est le principe de la pensée, du jugement et de la volonté qui commande à l'action matérielle, même contrairement à l'impression de force vive reçue.

Nous constatons que le règne animal et le règne végétal sont, sauf le sens du courant calorique, régis par les mêmes forces matérielles et qu'ils subissent l'un et l'autre l'influence héréditaire; ils nous montrent tous deux la puissance de ces actions, seules ou combinées. Or, lorsque nous rencontrons dans le règne animal des fonctions intelligentes d'un autre ordre, il faut bien en conclure qu'elles sont le résultat d'un autre principe, puisque sans cela l'influence héréditaire jointe à l'action matérielle aurait donné d'un côté comme de l'autre des résultats analogues. Tant que l'on ignore la cause du principe matériel, on conçoit que l'on puisse lui prêter toutes sortes de vertus imaginaires; mais quand nous découvrons cette loi et que nous reconnaissons qu'elle agit en raison des différences de force vive qui résultent de la.masse multipliée par la fonction des vitesse MV'^, il

serait complètement absurde de supposer que la conséquence obligée des ditTérences de force qui agissent comme un poids qui tombe par terre, va délibérer, va produire des fonctions intelligentes et raisonnées : la pensée, la volonté, comme si le produit de deux nombres était une somme facultative !

D'ailleurs, chacun connaît l'influence de l'éducation, qui change si considérablement l'homme depuis sa naissance jusqu'à l'âge mûr, et celle de l'instruction sur le moral. Or, s'il n'y avait que l'action matérielle en jeu, il est évident qu'elle agirait toujours de la même manière et qu'il n'y aurait aucun perfectionnement possible. Rien ne saurait donc mieux montrer l'existence d'un principe supérieur que le développement même de la loi matérielle qui montre sa limite d'action, loi qu'il faut développer, développer encore, au grand profit de toute chose.

Les actions matérielles et mécaniques sont si évidentes, qu'il n'est pas possible de les confondre avec des actions occultes. Reléguer les deux ordres de phénomènes dans le même mystère, c'est évidemment conduire au matérialisme l'homme qui constate une action matérielle quelconque de l'organisme, et qui dès lors n'a plus aucune raison pour retrancher des actions matérielles aucune partie des fonctions de la vie qu'il ne distingue pas. Si, au contraire, nous mettons en évidence le principe des actions matérielles, si précises, si absolues et inévitables dans leurs conséquences, comment oserait-on prêter les fonctions libres que chacun ressent en soi et qu'il peut vérifier à l'instant à une conséquence mathématique qui agit inévitablement en raison des différences de force vive ?

M. Ghevreul rappelait avec finesse à l'Académie que, pour combattre l'hétérogénie, van Helmont la soutenait en lui prêtant des impossibilités : il affirmait que, pour

obtenir des souris de génération spontanée, il Suffisait de placer dans un angle un vieux pot rempli de linge sale, au bout de quelque temps le phénomène était réalisé. Joignez à cela tel autre fait que vous voudrez, et le tout aura le môme sort et sera rejeté comme absurde. Eh bien, nos philosophes font aujourd'hui la même chose en confondant sous un même voile, dans un même mystère, les phénomènes de Tintelligence les plus inaccessibles et les phénomènes matériels les plus faciles à démontrer, parfois les plus évidents.

§ 9. — Phénomènes de la mémoire.

La mémoire est le résultat de deux ordres de phénomènes bien distincts dans leurs causes : l'un qui dépend seulement des actions matérielles, et dont nous pouvons nous rendre compte; l'autre qui se manifeste par des résultats indubitables, mais que les actions matérielles sont impuissantes à expliquer.

Le premier ordre de ces phénomènes est celui des perceptions du cerveau par les organes des sens, perceptions qui s'opèrent par le mécanisme des actions nerveuses ou caloriques que nous avons déjà examinées. La vue apporte au cerveau des impressions lumineuses. L'ouïe y apporte l'impression des vibrations de l'air, nuancées par les mille causes qui les déterminent. L'odorat et le goût y apportent encore assez directement leur tribut de sensations. Enfin, le système nerveux de la moelle épinière y apporte une foule d'impressions périphériques. ^

L'anatomie du cerveau nous montre dans la substance blanche une infinité de fibres délicates s'épanouissant dans les circonvolutions de la substance grise, où elles s'entre-croisent avec une multitude de petites cellules. Mais, comme les transmissions nerveuses des sens

pénètrent au cerveau par une sorte de faisceau commun dans lequel les fibres se multiplient tellement, qu'il est imposible de les suivre, on n'a pas pu déterminer si chaque sens correspond à des régions spéciales du cerveau ou s'il correspond à la généralité de cet organe, ce qui semble nécessaire, puisque les sens s'entr'aident.

Gall,dans son système de phrénologie, indique comme le siège de la mémoire le développement prononcé de l'arcade sourcilière ; d'autres indiquent de gros yeux saillants comme un signe de mémoire. D'après ce que nous venons de voir, ces savants confondent encore l'instrument avec le résultat : de gros yeux dont le développement soulève l'arcade sourcilière sont en effet l'indice d'une puissante vue, ou mieux, d'une vue recevant largement la lumière, qui impressionne fortement le cerveau; delà une mémoire développée par de fortes impressions. D'autres considérations nous disent que c'est dans l'ensemble du cerveau qu'il faut chercher le siège des facultés, comme tendent à le démontrer diverses observations, et notamment celles de M. Plourens.

Nous voici donc en présence d'un organe qui peut recevoir des sensations par les forces matérielles des courants nerveux qui peuvent se transmettre au bulbe et au cerveau par toute action positive ou négative, qui en modifiant l'état d'équilibre y est nécessairement ressentie soit comme augmentation, soit comme diminution d'action. Ceci est le rôle de l'action matérielle.

Voyons maintenant jusqu'à, qurt point l'action matérielle peut agir seule. L'action de la lumière, qui'produit la plus grande partie de nos souvenirs par les vibrations lumineuses, peut agir de deux manières sur la matière, d'abord en agitant telle partie ou telle cellule selon une modalité acquise. Dans ce cas on comprend qu'elle. sera

déplus en plus apte à vibrer dans les conditions voulues; mais alors, cette cellule passant selon le besoin de Tétat actif àl'état de repos, ilest absolument impossible de comprendre comment elle gardera le souvenir de tous les mouvements qu'elle aura exécutés, surtout si, comme par la lumière seule, elle en reçoit quelques centaines de millions par seconde. On aura beau répéter qu'une perception (vibration) renouvelée phend le nom de perception de souvenir, cela n'explique rien du tout. Si, au contraire, nous admettons que les vibrations modifient l'état de la. matière d'une manière persistante, alors l'impression, le souvenir peut être persistant, malgré toute la délicatesse de l'impression. Ce mode d'action nous est donné journellement par les opérations photographiques. Lorsqu'une très mince couche de matière impressionnable a été exposée à la lumière, répartie par une lentille, à l'instar de l'œil, cette couche où le regard ne distingue encore rien du tout, contient pourtant les traces d'une infinité de contours et de nuances parfaitement rendus, ainsi que chacun peut s'en rendre compte par les produits de cette industrie. Si la trace des sensations pouvait indéfiniment s'imprimer et se superposer d'une manière analogue dans la matière du cerveau, le phénomène de la mémoire serait une simple action matérielle. Mais il ne faut pas se presser de conclure ; les difficultés se présentent bien vite. Lorsque, par erreur ou autrement, les photographes exposent une même couche à plusieurs points de vue différents, avant de faire paraître l'image, le résultat est de plus en plus confus et indéchiffrable. L'analogie nous dit encore qu'il en serait de même dans le cerveau, si l'action matérielle agissait seule. Au contraire, lorsque dans cet organe, la vue s'est beaucoup exercée, a reçu beaucoup d'images, la perception et le jugement sont beaucoup plus nets. Nous retrouvons donc encore la même différence entre

la fonction matérielle qui ne se perfectionne pas, qui perd plutôt dans certains cas, et la fonction du cerveau, où intervient le principe supérieur qui perfectionne Taction. Il faut encore en conclure que dans le cerveau Faction matérielle n'agit pas seule, et qu'elle est dirigée par quelque chose de supérieur.

A part ces difficultés, s'il ne s'agissait que de quelques sensations, nous comprendrions facilement que le cerveau sera impressionné d'une manière analogue par tous les sens, et qu'il possède ainsi un fonds persistant d'impressions qui constitue la mémoire. Nous comprendrions que les choses qui nousont frappés dans l'enfance, alors que la matière du cerveau n'était pas surchargée d'impressions, aient laissé des impressions plus vives que certaines autres qui datent d'une époque moins éloignée; nous comprendrions encore que les impressions les plus récentes sont en général les plus présentes à notre mémoire, et enfin que les objets qui nous ont frappés par plusieurs sens sont, toutes choses égales, aussi les mieux saisis.

Voilà bien les principaux traits des phénomènes matériels de la mémoire, et certes je ne sache pas qu'on ait abordé plus franchement les phénomènes de l'action matérielle. Mais nos sensations sont loin de se prêter à cette simplicité d'action. Si l'impression consiste dans l'acte du mouvement momentané, on ne comprend nullement ce qui fera les souvenirs de tous ces mouvements et les reliera. Si le souvenir consiste dans le fait persistant d'une modification de la matière, on ne comprend pas la possibilité de distinguer, môme approximativement, une aussi prodigieuse foule d'images, dont chacune est excessivement complexe ! Laissons encore ces difficultés et supposant la chose possible; nous voici donc en présence d'une foule d'impressions de tous les temps, de tous les âges, de tous les jours, qui meublent

le cerveau et qui constituent une sorte de bibliothèque des impressions de notre vie. Mais si rien ne réglait Tordre dans lequel elles se présentent à notre pensée, elles auraient toute une tendance à se présenter en même temps ou à recevoir en même temps une action provocatrice, et ne donneraient pour résultat qu'une image confuse, un chaos indéchiffrable; ou bien encore, si l'action de ces impressions était un phénomène purement matériel, on pourrait voir toutes les impressions de même nature se présenter en même temps, ou bien encore les impressions se présenter par ordre de date ou par ordre de force. Il n'en est rien : nous avons la faculté de nous arrêter ou de nous reporter à telle ou telle de ces impressions, selon notre volonté. Il faut donc un bibliothécaire qui cherche au point voulu l'impression à laquelle nous voulons nous attacher, et qui nous la mette sous les yeux, c'est-à-dire sous les yeux de notre pensée, soit en la combinant, soit à l'exclusion de toutes les autres. Nous savons parfaitement que notre pensée s'attache à volonté à tel ou tel fait de notre vie, seul ou en le combinant à d'autres. Ainsi, même en admettant que toutes les impressions puissent être reçues dans les cellules des couches corticales du cerveau, et qu'elles doivent être réveillées ou retrouvées par l'action d'un ou de plusieurs groupes de cellules centrales, cela ne lève nullement la difficulté de l'action volontaire. Il faut toujours recourir à un choix, à un discernement, à une fonction intelligente.

Mais comment définir ce bibliothécaire incomparable qui sait lire des caractères aussi délicats et exposer clairement des images aussi imperceptibles que confusément entassées, si elles ne l'étaient que par l'action matérielle? Pour cela, et quelque volonté que l'on y mette, il faut exclure le hasard, il faut reconnaître la liberté de fouiller dans toutes ces impressions, il faut la

faculté de les choisir et de les comparer avec intelligence, il faut quelque chose qui dépasse en subtilité tout ce que notre imagination peut concevoir. Quel nom voulez-vous donner à une semblable faculté?... Le nom importe peu,

la chose reste. Nous voici donc encore ramenés aux deux principes que nous avons déjà rencontrés, à l'action matérielle et à la faculté de s'en servir.

Pour distinguer une faculté aussi extraordinaire, on ne voit rien de mieux que de conserver le vieux nom donné instinctivement par les peuples, et (lue chacun comprend en rappelant Vàme,

§ 10. — Mouvements volontaires et réflexes.

Tous les mouvements de l'organisme sont produits au moyen des forces matérielles que nous avons décrites; le plus grand nombre de ces mouvements est la conséquence directe de ces forces. Un petit nombre seulement est déterminé et réglé par la volonté, dont le siège ou l'organe de direction dans les animaux supérieures est le cerveau, ou pour quelques espèces inférieures un ganglion cervical, quelquefois un organe moins caractérisé encore, si toutefois certaines actions que Ton considère comme volontaires ne sont pas simplement des actions réflexes.

La moelle épinière, qui reçoit sa principale source de chaleur par les pneumo-gastriques, est en communication directe avec le cerveau, et reçoit aussi par groupes les nerfs qui, d'une part, portent leurs branches dans les muscles sous le nom de nerfs moteurs^ et qui, d'autre part, sous le nom de nerfssensitifs distincts des premiers, étendent leurs ramifications vers les parties périphériques du corps. Elles se terminent le plus souvent dans les petites éminences de la peau nommées papilles ou corpuscules du tact, qui, étant exposées au froid exté-

rieur, doivent être considérées comme formant les pôles négatifs du système nerveux. Par conséquent, il y a là un élément de force ou de courant nerveux et de sensation qui n'a rien d'hypothétique et dont le cerveau use pour produire les mouvements selon la volonté.

Les nerfs moteurs et sensitifs d'un membre se terminent au sein de la moelle épinière dans des cellules qui communiquent entre elles par une fibre nerveuse; d'autres fibres mettent cette paire de racines en communication avec la paire symétrique qui lui fait face. Puis, ces différents étages ou quadrilatères de cellules sont également en communication les uns avec les autres par d'autres fibres longitudinales de la moelle, de sorte que si l'on excite les nerfs sensitifs, la sensation peut s'étendre non-seulement vers les nerfs moteurs, mais aussi vers le cerveau, qui e^vise à ce qu'il convient de faire. Il peut s'opposer ou non au mouvement, le diriger, le modifier ou te faire répéter. En un mot, il y a là une direction dont on ne peut pas saisir la cause. Mais, si l'on interrompt les communications nerveuses avec le cerveau, les mouvements restent toujours possibles, en raison de la force matérielle qui se produit dans les organes; alors ils deviennent la conséquence directe de la sensation extérieure ou de l'excitation artificielle; les mouvements se produisent et s'étendent inévitablement en proportion de la puissance de l'excitaton et de la vigueur des musr des. Dans ces conditions, le cerveau ne peut plus ni s'opposer à ces mouvements ni les provoquer et les diriger.

Néanmoins ces mouvements conservent ordinairement une grande coordination, car il faut bien se figurer que le corps de l'animal est une des machines les plus perfectionnées que Ton puisse concevoir, car elle a été perfectionnée par l'usage de l'action matérielle dirigée par l'intelligence; mais cette coordination des mouve-

ooo

ments ne les empêche pas d'être automatiques ou de même ordre que les mouvements parfaitement coordonnés aussi do nos machines industrielles, qui tricotent, tissent, fabriquent mille produits ou exécutent de grands travaux tant que la force nécessaire continue à se produire.

Pour nous rendre compte exactement des mouvements produits dans l'animal par les actions réflexes, nous allons exposer les résultats de quelques expériences les plus remarquables :

« On coupe progressivement le cerveau d'une grenouille ou de tout autre animal qui puisse résister assez longtemps à cette mutilation, dit M. Cl. Bernard {Cours scientifiques^ 1864, p. 12). Dès qu'on arrive à supprimer tout ou partie des lobes optiques, les actions réflexes (c'est-à-dire sans la participation du cerveau ou involontaires) deviennent immédiatement plus faciles et plus promptes, et la force excito-motrice augmente considérablement... L'influence paralysante qu'exerce le cerveau sur les mouvements réflexes n'est pas un fait isolé... Prenons maintenant une grenouille et coupons-lui simplement la moelle épinière pour détruire l'influence du cerveau. Si nous plongeons une des pattes postérieures de cet animal dans de l'eau acidulée^ il retire d'abord cette patte; c'est donc le premier point excité par le contact de l'acide. Puis il agite l'autre patte, et si la force excito-motrice est suffisante et l'acide assez concentré, les mouvements réflexes se propageront ensuite dans le reste du corps, et notamment aux membres antérieurs. Gela prouve bien qu'il y a des entrecroisements dans ces mouvements et des communications dans tous les sens entre les divers éléments nerveux qui y prennent part. Cette propagation des mouvements réflexes dans tout le corps se fera avec une grande rapidité si la force excito-motrice est considé-

rable. Mais, quand l'excitation est faible, la vibration nerveuse ne se transmet qu'au membre soumis à l'action de l'acide ou même à la seule racine antérieure du nerf moteur correspondant à la racine postérieure du nerf sensitif irrité. L'irritation du nerf optique, faite par un moyen quelconque, n'occasionne jamais aucune douleur, mais elle produit une sensation toute particulière, la sensation lumineuse. »

Dans ces faits, nous voyons d'abord que l'excitation est faite au moyen d'un acide, c'est-à-dire d'un corps qui augmente l'action négative de la partie périphérique des nerfs, et il en résulte un mouvement de fluide qui peut dégager le calorique des muscles, polariser le fluide des tubes musculaires et déterminer la contraction. Cette action s'étendra d'autant plus loin qu'elle sera plus forte, et sa puissance sera pliis grande si la communication avec le cerveau est retranchée, puisqu'elle se répartira sur une moins grande quantité de matière conductrice. Il n'est pas difficile de reconnaître que les mouvements ainsi produits n'ont absolument rien de volontaire et qu'ils dépendent entièrement du moment et de la puissance de l'excitation.

Il est d'autres mouvements réflexes qui nous étonnent davantage et que l'on pourrait confondre avec les mouvements volontaires, si l'on ne se rendait pas bien compte des conditions dans lesquelles ils se produisent. On sait, et nous en avons cité des exemples, que l'usage façonne et modifie les organes, surtout avec le concours du temps, et par l'influence héréditaire : par exemple, le pianiste qui débute a d'abord une peine infinie pour ajuster ses notes au bout les unes des autres; mais il finit, avec l'habitude, par le faire avec une telle facilité, que ses doigts exécutent les airs sans presque qu'il en ait conscience et même en pensant à autre chose. Par conséquent, si dans l'organisme il s'établit une succès-

sion de mouvements habituels avec le concours des forces matérielles dirigées jmr la volonté, ces mêmes mouvements, par suite de leur succession selon une voie tracée, auront beaucoup de chances de se reproduire dans le môme ordre si la cause de Taction se reproduit ensuite sans Tinfluence de la volonté, puisque la voie est on peut dire tracée, indiquée par Tusage.

On va voir que dans divers animaux privés de leurs lobes cérébraux, c'est l'action la plus habituelle qui se produit de préférence, avec ses enchaînements ordinaires, même pour une certaine suite de mouvements nécessairement coordonnés.

« Examinons attentivement ce coq auquel on a enlevé les hémisphères cérébraux, dit M. Vulpian (1865, p. 454) : il est maintenant debout sur ses deux pattes; tout h l'heure, sans doute, il va fléchir une patte et la replier sous son îxWq potér se reposer, ou bien encore il va lisser ses plumes avec son bec. Si nous poussons l'animal, il fait quelques pas, puis s'arrête. Si l'on soulève ce coq, dès qu'il perd la sensation du sol, il étend les ailes et vole pour se maintenir et retomber sur ses pattes. Ces mouvements, surtout les premiers, ressem blent bien à de véritables mouvements volontaires; mais en réalité ils sont déterminés soit par des excitations provoquées par un travail morbide dans la plaie ou bien par la fatigue, ou encore par des impressions intérieures diverses. En un mot, ce sont des réactions automatiques et non volontaires. »

Ces explications, comme on le voit, sont fort indécises, et il ne saurait en être autrement tant que l'on ignore la cause et le mécanisme de ces mouvements. Mais avec les révélations que vient de nous faire notre principe, nous pouvons être plus explicite : nous voyons que l'hématose prépare incessamment une source de force, que le sang réparti dans les organes, tarit sous forme de

fluide nerveux que sous forme de sang oxygéné à combiner dans les muscles ; donc, cette force possède par elle-même une tendance à entrer en activité. D'autre part, nous avons vu que les sensations sont involontaires, qu'elles se font automatiquement et malgré nous. Voyons maintenant les conséquences. Si la dépense qui se fait dans les muscles extenseurs des pattes pour soutenir l'animal debout est insuffisante pour équilibrer la production, cet excès de force se reportera naturellement sur un autre organe, et le mouvement de tête qui porte le bec dans les plumes, étant un des plus habituels de l'animal, pourra très bien être celui sur lequel se reportera cet excès d'activité. Si on soulève le coq, ce n'est pas parce qu'il perdra la sensation du sol que ses deux pattes se replieront à la fois, mais parce que, la tension des muscles extenseurs cessant d'agir, la force se reportera sur les muscles fléchisseurs; mais, leur action étant beaucoup moins importante que celle des muscles extenseurs qui soutenaient le corps tout entier, l'action se reportera en outre sur les muscles non fatig-ués des ailes, puisque d'habitude les ailes entrent en action lorsque les pattes cessent de soutenir le coq. Il n'y a donc rien là en efl'et que l'emploi, selon le mode le plus habituel, de la force qui n'a pas cessé de se produire par la respiration lorsque Ton a enlevé les lobes cérébraux. Nous savons de plus, par les recherches des physiologistes, que l'animal privé de cerveau se laissera mourir de faim devant sa nourriture sans y toucher, parce que cette nourriture ne peut déterminer aucune action réflexe; que, même en la plaçant dans sa bouche, il ne l'avale pas, et qu'il faut la pousser jusqu'au pharynx afin que le mouvement de déglutition étant commencé, il se continue par l'enchaînôment des actions réflexes.

Tous les mouvements réflexes rentrent dans les mêmes règles : « Chez ce jeune lapin q.ui vient d'être opéré,' il y

a aussi des mouvements qui pourraient passer pour volontaires. Dès qu'on le place à terre, il se meta courir.

« Ce rat privé de cerveau reste dans Timmobilité complète, mais si je viens à faire un bruit d'appel avec les lèvres, il saute brusquement. » C'est qu'en effet ce rat est habituellement mis en alerte par le bruit qui agit par vibration et le lapin par la réaction de la secousse.

« Cette grenouille privée des lobes cérébraux, reste dans une immobilité parfaite (il s'agit en effet d'un animal à sang froid, chez lequel la vie est peu active) ; elle y demeurerait encore pendant des heures entières. Mais il est à ce sujet un fait bien intéressant que je dois rappeler. Si on jette cette grenouille dans un bassin rempli d'eau, on voit la grenouille se mettre à nager jusqu'à ce qu'elle ait atteint le bord de ce bassin; elle y grimpe et alors rentre dans une immobilité parfaite jusqu'à ce qu'une cause nouvelle vienne la déranger. »

On voit ici que la secousse est la moindre résistance de l'eau font sur les pattes de la grenouille comme le soulèvement du coq qui modifie Tétat des muscles. « Chez la salamandre, il semble au premier abord que l'opération n'a modifié en rien la locomotion. » Il importerait d'ailleurs de s'assurer si chez cet animal les fonctions du cerveau sont remplies exclusivement par cet organe, ou si, comme chez certains êtres inférieurs, d'autres ganglions y suppléent « Chez les poissons, l'étude est bien difficile; cependant observez celui que je place sous vos yeux et qui n'a plus de lobes cérébraux : il nage en tournant le nez fixé sur les parois de ce vase, il continuera yw5y«/'à ce que la fatigue V arrête; mais il n'a pas cette spontanéité capricieuse qui est le véritable indice de sa volonté. »

« Il y a pour ces animaux, et peut-être pour les premiers, ajoute M. Vulpian, une comparaison à rappeler (elle a déjà été faite) entre les mouvements en apparence

spontanés, ou peut-être tout à fait spontanés, et les mouvements respiratoires, qui eux aussi continuent en l'absence des lobes cérébraux, et alors qu'on a supprimé les causes principales d'action réflexe auxquelles on pourrait les rattacher. Ce ne sont certainement pas des mouvements volontaires. » Nous savons maintenant en elTet que les mouvements de la respiration sont provoqués par des forces matérielles.

« Quand on a retranché Tencéphale, dit Cl. Bernard (1864, p. 15), les mouvements réflexes font vivre l'animal encore pendant un certain temps. » On voit qu'ici l'effet est en grande partie pris pour la cause; c'est l'action du sang qui permet aux mouvements réflexes de se produire, et même qui les provoque. <i Mais sans cerveau l'animal est réduit à un état complet d'automatisme. S'il se meut encore, ce ne sera plus que sous l'impulsion des influences extérieures; tant que vous le laisserez en repos, il n'aura pas la moindre envie d'en sortir et ne bougera jamais tout seul, car on lui a enlevé l'excitant physiologique par excellence de tous les mouvements spontanés, à savoir : le cerveau, l'organe de la volonté... L'animal qui en est privé ne sait plus chercher sa nourriture ou faire usage de ses sens, et il est devenu incapable de prévoir comme d'éviter les dangers. » Il en est de même pour l'insecte, dit à son tour M. Vulpian (1865, p. 609). Si Ton enlève tout le ganglion cérébroïde, l'insecte, d'après M. Paivre, continue encore à nager ou à marcher, mais il cesse de se diriger à volonté. Le grillon marche vers un point, un obstacle, et ne sait plus s'en détourner. Si l'on sépare la chaîne nerveuse en deux parties à peu près égales, les mouvements des membres de la partie postérieure ne sont plus coordonnés avec ceux de la partie antérieure (Gersin); si, au lieu décela, on enlève en outre du ganglion cérébroïde le ganglion sous-œsophagien, les mouvements ne sont plus coordonnés entre

eux; l'animal s'agite irrégulièrement, sans pouvoir pro- *gresser, ni dans Tair, ni dans Teau, ce qui permet d'assimiler le premier de ces ganglions au cerveau et le second au cervelet des vertébrés.

Ces expériences, qui ont été variées de bien des manières, nous permettent de reconnaître : !• que Texcitation nerveuse produite sur un membre ou sur une partie du corps détermine d'abord les mouvements des muscles les plus directement excités; ces mouvements s'exécutent sans intention, quoique avec une certaine coordination, et avec les seuls éléments de force nerveuse et autres que fournissent les dégagements musculaires; 2*» que les mouvements déterminés sur un animal privé seulement du cerveau, mais jouissant encore du cervelet, sont provoqués par les courants nerveux alimentés par le cœur et les pneumo-gastriques, lesquels, en traversant le cervelet se coordonnent dans leur ensemble d'une manière remarquable, selon les voies qui déterminent les mouvements les plus habituels. Et, comme cette force nerveuse et musculaire continue à se produire par suite des combinaisons chimiques du sang oxygéné, il en résulte que les mouvements se continuent jusqu'à ce qu'un obstacle ou certain degré d'épuisement dans les mêmes voies les arrête; 3° si le cerveau existe, ces mêmes forces, peuvent au contraire être empêchées par lui, ou déterminées dans un sens ou dans l'autre sans être astreintes- aux voies les plus ordinairement suivies; il y a donc là une direction volontaire qui ne répond plus à un simple dégagement de force matérielle dans des voies les plus directes ou habituelles. Par conséquent, la cause déterminante de l'action volontaire reste distincte de la force matérielle, puisqu'elle n'en subit pas la loi. Les assimiler devient une affirmation absolument gratuite.

Pour donner la preuve que le mouvement volontaire

n'est pas le résultat inévitable d'une influence matérielle cela n'est pas difficile : qu'une personne tienne la main dans une position telle qu'à un signal donné à certaine distance elle puisse la mouvoir, selon l'indication, dans tous les sens, en haut, en bas, à droite, à gauche, en avant, en arrière ou bien pas du tout. La persone pourra immédiatement conformer son mouvement au signal donné, sans que ce signal puisse être en rien une cause déterminante, comme l'est une force vive, car il est évident que ce signe n'aura pas créé immédiatement la force matérielle qui aura déterminé le mouvement dans tel ou tel sens contraire, ou bien qui aura suspendu ce mouvement.

Une foule de remarques peuvent nous confirmer cette indépendance d'action. Lorsque pendant la nuit nous nous trouvons en repos, presque sans dérangement ni sensations extérieures, notre pensée s'arrête ou passe d'un sujet à un autre selon notre volonté. Elle ira de la cave au grenier, d'une extrémité à l'autre de nos voyages, du plus ancien de nos souvenirs au plus récent, du plus agréable au plus désagréable ; elle aboutira ou non au mouvement immédiatement ou plus tard, sans que survienne la moindre sensation extérieure. Ensuite levons-nous, éclairons-nous, ouvrons les fenêtres au vent et au bruit, et nous pourrons encore reprendre la même série de pensées, de souvenirs ou d'actions. Donc elles ne dépendent pas des impressions extérieures, qui ne font qu'enrichir le fond ou puise notre volonté.

On peut dire que, s'il en est ainsi, c'est que la nature tient en réserve une provision de force pour toute espèce de mouvement, mais alors il faut toujours quelque chose qui dégage la force voulue ou établisse la communication dans telle ou telle direction.

Quand on nous dit que la volonté ne peut pas s'exercer sans cause excito-motrice ou excito-volitionnelle préa-

lable, il ne nous est pas difficile de montrer que ces mots ne sont qu'une présomption, non justifiée pour Faction volontaire. Nous savons maintenant que la cause excitomotrice est une action précise. Lorsque le sang a porté au muscle les éléments nécessaires à la combinaison, l'excitation est produite par un courant négatif ou positif, qui est une action matérielle parfaitement déterminée. Et, bien certainement, le signe que nous venons de mettre en œuvre comme cause externe d'un mouvement volontaire ne peut apporter ni emporter aucune action calorique ou nerveuse.

Il ne reste donc comme cause excito-motrice que la volonté interne qui précède l'action; mais admettre que la volonté agit sans trouble matériel venant de l'extérieur, c'est admettre implicitement qu'elle dispose à son gré des forces organiques, c'est admettre l'action volontaire indépendante de l'excitation matérielle. Là est toute la question : puisque l'action volontaire peut agir ou conformément ou contrairement à l'impression matérielle qui règne en souveraine dans tout le reste de l'univers, elle procède nécessairement d'un autre principe.

Nous allons maintenant rapporter des tentatives d'explication matérialiste : lune d'Hermann, qui n'a pu que douter et essayer des explications hypothétiques; l'autre de M. Vulpian, qui, pour être plus affirmative, ne repose pas moins sur des suppositions vagues qu'il est impossible de justifier. « On peut admettre sans invraisemblance, bien qu'on ne puisse le prouver, dit Hermann, que toutes les idées forment des séries ininterrompues, des chaînes de pensées dont le point de départ se rattache à une excitation nerveuse, une sensation, et dont le point terminal est à son tour une idée unie à une excitation nerveuse ou volonté. Entre ces deux termes, on est aussi porté à admettre une série de dégagements.

Cette hypothèse ferait disparaître la difficulté de chercher dans Torgane central le commencement et la fin d'une série de dégagements non rhythmiques et non continus. » Cette hypothèse où nulle modification n'est motivée ne fait qu'accroître la difficulté.

« Je veux prouver que la volonté n'agit jamais primitivement, dit M. Vulpian (1865, p. 480), contrairement à ce que l'on pense. Pour employer le langage métaphysique, ce n'est jamais une force primitive : elle n'agit que par suggestion. Pour bien comprendre ce raisonnement, il faut envisager les faits les plus simples de la volonté. Jo veux toucher cette table, la volonté n'est pas primitive. Il se présente tout d'abord à l'esprit l'idée de la table, puis l'idée de mon doigt, et presque simultanément l'idée suggestive de l'action. Je veux faire telle chose. L'idée de la chose et de l'action que je vais faire précède nécessairement l'action elle-même. Cela a lieu si naturellement et d'une façon tellement simultanée en apparence, que Ton s'y trompe facilement... Pour la volonté, il faut nécessairement des causes excito-volitionnelles. » Il est facile de constater que l'idée précède l'action volontaire. Mais revenons à votre doigt : l'idée excito-volitionnelle est là qui va présenter tour à tour l'idée de s'abaisser, de rester, de s'élever, tout de suite ou plus tard, vivement ou lentement, etc., etc. Si l'idée de tous ces mouvements en était la cause excito-volitionnelle, ils s'exécuteraient tous à mesure que l'idée les présente, et il n'en est rien : la volonté reste libre. Dès lors quand vous dites idée suf/ffestive^ccld ne signifie pas autre chose que : idée d'un côté et volonté de l'autre. De plus, l'idée peut être légère, fugitive, forte ou persistante, sans que l'action volontaire cesse d'être facultative, indépendante; la volonté ne dépend donc pas de ces conditions comme dans l'action matérielle. Si ce n'est pas là une action indépendante, qu'est-ce donc ?

Nous voyons ainsi que la volonté reste libre devant la pensée, comme elle reste libre devant l'excitation matérielle des sensations dont elle dispose, bien que partout ailleurs les conséquences en soient inévitables. La pensée n'est qu'une proposition mise en face de la volonté, comme l'étalage du marchand qui rappelle à vos souvenirs les objets, sans vous obliger à les acheter.

M. Vulpian dit encore : « Je me résume en un mot : sans hémisphères cérébraux, plus de moi animal, il n'y a plus de perception (c'est-à-dire plus de jugement ni de volonté), mais les sensations de toute nature persistent » (parce qu'elles dépendent comme nous l'avons vu, de l'action matérielle). Ce résultat nous dit encore qu'il n'y a que les actions du cerveau qui viennent du moi animal, et que les autres actions ne sont que des actions matérielles, inconscientes, appartenant à des causes différentes.

« Un fait éminemment intéressant, dit M. Vulpian, c'est que le cerveau, qui est le siège des perceptions véritables, est par lui-môme totalement insensible, comme l'ont prouvé les expériences de Larrey, de Flourens et de tous les expérimentateurs depuis eux. » Mais il ne faut pas en conclure que les excitations du cerveau se produisent sans force. Au contraire, il est certain que le sang oxygéné qui entre au cerveau en sort aussi noir que s'il sortait d'un muscle; il s'y transforme donc sous une pression à peu près égale à celle qu'il subit dans le reste du corps, en dégageant de la force, et c'est la direction seule de cette force qui appartient à l'âme, qui agit d'une manière qui ne répond pas à la loi des actions matérielles.

Nous voyons donc parfaitement que c'est le sang oxygéné, ainsi que les autres sensations, qui apportent au cerveau l'élémentde force dont il dispose; nous voyons de même que c'est le sang qui fournit au cerveau le fluide

nerveux qui servira à transmettre les ordres de la volonté, et il est évident que si l'on empêche le sang oxygéné d'arriver au cerveau, la volonté sera privée de son. plus puissant moyen d'action matérielle, absolument comme l'ouvrier qui ne peut travailler si on lui ôte ses outils, comme le musicien qui ne peut plus jouer si on lui ôte son instrument.

La grande objection aux yeux de divers philosophes* est, dit Hermann, « la difficulté d'attribuer à un phénomène, indéfinissable pour la science naturelle, une action sur des particules matérielles qui obéissent à des lois physiques. » Pourtant il faut se rendre aux faits : voici un exemple qui montre ce résultat en apparence absurde. L'ordre écrit d'un directeur de chemin de fer, que nous ayons cité, n'est pas une force réelle ou de dégagement; et pourtant il suffit de cet ordre, de cette volonté, pour qu'un dégagement de force parfaitement réelle lance le train dans telle ou telle-direction voulue par cette volonté qui n'apporte aucune force matérielle... On répondra nécessairement : Gela tient aux facultés intellectuelles des personnes. Eh bien, oui, c'est précisément ce que nous sommes obligés de reconnaître, cela est le privilège des facultés intellectuelles de la pensée' et de la volonté. Lorsque la volonté et l'exécution partent du même individu, il est possible de supposer des chaînes de dégagement. Mais lorsque la volonté part d'une personne et l'exécution d'une autre, il faut bien se rendre à Tévidence et reconnaître que la volonté peut être exécutée sans qu'elle apporte de force matérielle.

D'ailleurs, remarquons bien qu'il ne s'agit pas seulement d'une chose simplement inexpliquée et qui pourrait l'être par la même loi, puisque dans les êtres animés le principe matériel qui régit les phénomènes organiques dans ses fonctions involontaires agit dès le début de la vie avec la même conséquence d'action et de résultat,

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tandis que le principe de Tintelligence débute avec une maladresse, une inexpérience manifestes pour atteindre une supériorité de prévision, de jugement, de pensée qui n'a rien de commun avec le principe de Taction matérielle et aveugle. Pour confondre deux choses aussi essentiellement distinctes, il faut véritablement n'avoir reconnu les lois d'action et de développement ni de l'une ni de l'autre.

Ainsi les forces organiques persistent en l'absence du cerveau; elles ne sont donc pas nécessairement liées avec lui. Il y a par conséquent dans l'être animé deux choses : l'une toute matérielle, l'autre que nous ne comprenons pas; qu'on l'appelle âme, intelligence, instinct, ou de tout autre nom, le fait existe, et ce principe supérieur demeure d'autant plus distinct de la loi matérielle, qu'elle est mieux connue par ses conséquences inévitables.

§11. — Recherches sur les conditions propres à rezercice

de la volonté.

Nous avons constaté que le développement calorique des combinaisons du sang oxygéné qui produit la force, et les courants nerveux, sont deux modes de force vive parfaitement caractérisés, qui exercent de nombreuses actions involontaires dans l'organisme, et que nulle part ils ne manifestent ni ne peuvent manifester par euxmêmes la moindre trace d'action volontaire. Une partie de cette force vive est mise à la disposition du cerveau, tant par le sang oxygéné non encore combiné que par les courants nerveux nés de la combinaison. C'est donc en dehors d'elle qu'il faut chercher les causes de la volonté.

En constatant le mode d'agir de chacun de nos sens en particulier, nous reconnaissons qu'il s agit là encore de

transmissions de force vive très faibles, et qu'elles sont perçues selon le hasard des circonstances qui les font se manifester; elles se présentent sans ordre et non coordonnées au cerveau. Ce ne sont donc pas ces forces, individuelles, involontaires, non libres, ni prévues, ni coordonnées, qui peuvent produire la volonté libre, prévue et coordonnée.

Pour ceux qui veulent discuter ou chercher la cause de la volonté, se présente d'abord la question préalable : Est-il possible qu'une force obligée dans ses conséquences puisse donner une action libre? Pour tout esprit droit et non prévenu la réponse est : Non. Mais si, malgré cette raison si nette et, selon nous, sans réplique, on veut chercher encore, voici les conditions qui s'imposent ; la volonté participe des facultés héréditaires, et elle puise non-seulement dans les sensations les plus récentes, mais dans celles de toute notre vie. D'où cette conclusion : la volonté serait la résultante de toutes les actions matérielles perçues pendant notre vie et même au-delà par influence héréditaire, et cette résultante d'actions doit pouvoir s'exercer sur toutes nos facultés volontaires.

Voyons ce que peut donner la résultante des actions matérielles de nos perceptions qui fournissent un fond h l'intelligence. En ce qui concerne les actions passées depuis longtemps, nous l'avons vu, on est aussi embarrassé pour en conserver la trace dans une substance modifiée à l'infini que par des facultés de vibrations de telles ou telles cellules qui ne pourraient pas plus garder la trace des vibrations qu'un autre corps quelconque, surtout si ce corps est l'un de ceux qui en subissent des millions par seconde. Nous sommes donc forcés de renoncer à éclairer ce mode de souvenir d'action, pour nous. borner à examiner comment des actions présentes ou peu éloignées pourraient produire la volonté.

Lorsque nous disons qu'il est impossible d'expéri-

menter la loi des actions matérielles par les phénomènes du cerveau, cette affirmation ne repose pas seulement sur une ignorance du mécanisme de ces actions, qui pourrait être dévoilée. Nous Taffirmons, au contraire, en nous fondant sur une conjséquence précise des forces mises en œuvre. L'action des combinaisons du sang n'est qu'une force brute incapable de toute direction facultative. L'action calorique ou éthérée, si puissante sur les atomes ses pairs, n'est qu'un pygmée dans la part d'action qu'elle peut communiquer h l'ensemble de la matière dense; notre loi nous en montre la cause. Pour qu'une action aussi subtile que celle de la lumière ou du fluide nerveux puisse accumuler une somme de force suffisante pour agir et maintenir la tension potentielle dans la matière du cerveau, il faut que cette action s'accumule pendant longtemps, et d'autant plus longtemps que cette somme d'action fait des pertes continuelles qui ne permettent pas de discerner la part de force immédiate ou directe. Toute action est donc une résul- • tante très complexe, soumise aux conditions de l'organisme. De plus, les organes sont constitués de telle sorte qu'un trop grand afflux de force devient trouble et non pas perception régulière. Si, en outre, nous remarquons que toutes ces complexités d'action de chaque sens se multiplient par les différents modes de perception et d'action de chacun de nos sens, qui tous aboutissent au cerveau, on comprend que dans un ensemble aussi complexe il est bien plus impossible encore de connaître une part quelconque d'action aussi faible. Une des actions matérielles, directes et involontaires, les plus faciles à remarquer est celle d'un bruit vif et subit, transmis par l'air, dont la densité atteint la huit-centième partie de celle de la matière du cerveau; mais alors on ne peut constater d'autre conséquence directe qu'une sorte de trouble ou d'action réflexe que cette force pro-

duit, faute d'avoir pu mettre en jeu le principe de la volonté. Il en est de même pour toute sensation vive ou douloureuse. Ainsi, en admettant, ce que rien ne justifie, qu'une action obligée puisse devenir une action volontaire, il serait impossible d'expérimenter l'action volontaire, puisqu'elle serait la résultante d'une foule de petites actions dans laquelle l'une quelconque ne peut être distinguée, et que toute action trop vive trouble la volonté et lui échappe pour passera l'action réflexe non volontaire. Dès lors les phénomènes du cerveau sont un point d'appui certain. Ils posent une barrière au matérialisme, et une base parfaitement raisonnable et logique pour la philosophie spiritualiste.

Les faits qui ont inspiré le plus la crainte du matérialisme sont les localisations du cerveau présentées d'une manière trop générale par Gall, puis précisées davantage pour quelques facultés seulement : par M. Plourens, pour le cervelet; par M. Bouillaud, pour les lobes de la parole, etc. C'est à tort qu'on s'est éniu de ces localisations ; elles ne constituent nullement la fonction directrice du cerveau, qui ne peut exister sans être une résultante de la totalité des perceptions du cerveau. Ces localisations ne doivent être considérées que comme des membres spéciaux, mis au même titre que d'autres à la disposition des facultés volontaires du cerveau, et qui ne peuvent agir sans cette direction supérieure. Il n'y a donc pas à s'en préoccuper davantage.

Lorsque, dans la séance du 30 juin 1873, le président de l'Académie coupa la parole à M. Bouillaud jusqu'à quatre fois, et que l'insertion de sa communication fut différée, c'était là le résultat d'une crainte mal fondée. Je transmis une note pour faire connaître les vues où j'étais conduit par la loi qui me guide, et pour faire remarquer qu'il n'y avait rien de plus à craindre à l'égard de cette faculté que dans celle de percevoir la

lumière, que possèdent les yeux, ou dans celle de marcher, que possèdent les jambes.

Les craintes, les réticences, les malheurs de la situation scientifique et philosophique qui nous régit, viennent entièrement des fausses idées que l'on s'est faites relativement aux conditions nécessaires à Texercice de la volonté. D'ailleurs les appréciations les plus autorisées attestent cette ignorance. Par exemple, M. Flourens {Comptes rendus, t. LXXVII, p. 9) confond les facultés extrêmement distinctes de vouloir et de percevoiry et s'imagine que chaque lobe ou localisation non-seulement coordonne, mais veut ei pense. La volonté ne peut être exercée que par une faculté ayant une action générale; la coordination seule de telle ou telle faculté peut appartenir à des lobes spéciaux. Une action artificielle exercée sur une localisation de faculté serait une action réflexe non volontaire. Les énoncés de M. Flourens, qui appréciait ses expériences sans connaître la loi et les nécessités des transmissions de force vive, ne sont propres qu'à inspirer un matérialisme irréfléchi et toutes sortes de craintes non fondées. Agir ainsi c'est confondre les deux principes d'action, si essentiellement distincts, dans la même ignorance. Sachons donc au moins ce qu'il nous importe au plus haut point de savoir.

Il est absolument et mathématiquement impossible que les actes du jugement et de la volonté s'exercent sans que nos perceptions et nos facultés soient reliées sous une même puissance d'action; et, si cette puissance est une tension de force vive, nous vovons bien comment elle l'emportera sur les forces présentes plus faibles, mais nous ne voyons pas davantage comment il en résultera la volonté libre. Malgré la facilité avec laquelle nous pouvons expliquer tous les phénomènes matériels de la nature au moyen de notre principe d'action si simple, nous voyons que, devant la volonté

et rintelligence, ce principe se trouve dans une complète impuissance. Il n'y a pas à en douter, puisque la force ne peut être qu'une résultante inévitable des actions, tandis que la volonté agit d'après un principe greffé sur l'hérédité.

En conséquence de cette situation, il est impossible de produire, par expérience, une faculté qui s'est développée par une longue série de générations. On pourra expérimenter les fonctions spéciales de coordination par l'ablation de l'organe ou par une action spéciale, mais on ne pourra pas expérimenter l'action volontaire, puisque nulle partie ne peut agir seule, et que l'ablation d'une seule des parties nécessaires à la tension de son ensemble ferait disparaître cette puissance et cesser les fonctions volontaires, communes à toutes les facultés.

Ces résultats, ces nécessités, ces complications disent assez qu'il y a là les conditions d'un principe supérieur qui ne se trouve nulle part ailleurs dans la nature, et que la plus grande faute que l'on puisse commettre serait de ne pas s'y rattacher, pour se tirer de la confusion déplorable où nous sommes plongés.

§ 12. — Conséquences opposées du principe matériel et du principe de rintelligence.

Si, avec la loi simple et si précise qui nous a fait pénétrer facilement les secrets les plus variés de l'action matérielle, nous ne pouvons pénétrer ceux du principe supérieur de l'intelligence et de la volonté, nous pouvons, pour y suppléer, comparer les résultats fort distincts de ces deux principes, et reconnaître ainsi qu'ils sont tout à fait opposés dans leur essence. En prenant même ce qui, dans le principe matériel, est considéré comme le plus mystérieux, sous le nom de principe vitale nous allons voir par quelles différences et

par quels caractères opposés il est séparé du principe supérieur de rintelligence. Ne pouvant pas constater le principe supérieur par sa cause d'action, nous avons ainsi le moyen de le constater par ses résultats :

Comparaisons.

Principe de l'intelligence.

Vun, au cerveau, sent, juge, agit ou se réserve.

Vun ne représente que l'esprit et la volonté.

Vun a une puissance supérieure dans l'homme, la- ({ueile disparaît de plus en plus en descendant l'échelle des êtres.

Vun accuse l'unité d'âme et d'action intellectuelle.

L'wn, phénomène spécial d'ordre moral.

Vun, inaccessible par l'expérience, comme étant d'essence supérieure.

Vun, résultat étonnant dont la recherche expérimentale est d'autant moins suivie qu'elle échappe à nos moyens.

Vun, protégé par un triple concours de circonstances, phénomène non tangible, inaccessible, et organe inexcitable.

Vun ne répond pas à l'action matérielle, etc., etc.

Principe matériel dit vitaL

Vautre, l'action vitale ou matérielle, agit sans volonté ni conscience.

Vautre se vautre partout dans la matière.

Vautre ne perd rien de sa puissance en descendant l'échelle des êtres il devient au contraire plus absolu.

Vautre accuse la multiplicité d'action vitale ou matérielle.

Vautre, phénomène général d'ordre matériel.,

Vautre, accessible par l'expérience comme étant d'essence matérielle.

Vautre, but des recherches générales et de la plus haute utilité comme action matérielle à notre portée.

Vautre, démontrable par tous les phénomènes matériels, et agissant de toute part et sous mille formes.

Vautre y répond rigoureusement, etc., etc.

Avec des oppositions aussi tranchées, il n'est pas difficile de distinguer le principe supérieur du principe de l'action matérielle. Quant à la comparaison, au point

de vue général et scientifique, elle est extrêmement défavorable pour le système actuel ; mais comme l'étendue même de Terreur philosophique et de ses funestes conséquences a été pour une très grande part dans toutes nos institutions, comment espérer que tant d'hommes qui l'ont épousée, soutenue ou pratiquée,' voudront bien s'accuser d'une pareille énormité?

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