‹ Principes d'économie politique [microform]Chapitre 15 sur 64 · I.E CAPITAL · texte numérisé non relu

I.E CAPITAL

celui de quelqu’autre qu’il faut chercher plus loin Par exemple, les coupons de titres de rentes sur l’État ne représentent pas généralement^ des richesses produites par le travail ou 1 industrie de l’Etat, puisque celui-ci a l’habitude de dépenser improductivement la plupart des capitaux à ui prêtes, mais ils représentent le produit du travail de tous les h rampais qui, sous forme de contributions, a été versé annuellement dans les caisses du Trésor et passe de là dans les mains des rentiers. Et quand un fils de famille emprunte de 1 argent pour le manger, les intérêts qu’il paie à l’usurier ne représentent certes pas le produit de son travail, mais peut-être celui de ses fermiers ou bien, s’il doit payer sur son héritage, le produit du travail de son père. Et longtemps apres que I argent aura été dissipé en débauches par le (ils de lami l e ou qu’il se sera dissipé en famées sur leschamps de bataille il pourra rester tout de même en tant que capital lucratif pour I usurier ou pour le rentier sur l’Etat.

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Capitaux fixes et capitaux circulants.

Le capital de production n’est pas éternel. Généralement même il ne dure pas très longtemps parce qu’il se détruit par lacté même de production, mais, selon que sa durée ! sera plus ou moins longue, il pourra servir à un nombre d actes de production plus ou moins considérable.

On désigne sous le nom de capitaux circulants ceux qui ne peuvent servir qu’une seule fois, parce qu’ils doiv^t isparaitre dans l’acte même de production, par exemple le blé qu on sème, l’engrais qu’on enfouit dans le sol, la houille ; qu on brûle, le colon qu’on file; - et sous le nom de capitaux /iTM ceux qui peuvent servir à plusieurs actes de production, depuis les instruments les plus fragiles, comme une aiguille ou un sac, jusqu’aux plus durables, comme un tunnel ou un canal, lesquels néanmoins ne peuvent subsister Gin». — Ér. PoL. O

qu’à la condition d’être entretenus, c’est-à-dire refaits sans cesse.

Le capital lucratif au contraire a une durée illimitée car, bien loin de s’user par la production, il se renouvelle constamment par le remboursement ou l’amortissement. Qu’estce en effet que le capital lucratif? Une valeur prêtée à un emprunteur qui doit payer éternellement l’intérêt, tel le prêt fait à l’État en rente perpétuelle, ou qui doit la rendre intégralement à l’échéance, ce qui permettra de la prêter de nouveau et ainsi de suite indéfiniment; ou bien c’est une valeur mise dans l’industrie ou le commerce par son propriétaire, laquelle doit reproduire non seulement un revenu, mais aussi une plus-value suffisante pour se reconstituer ellemême en cas de perte. C’est ce qui explique la comparaison mythologique, appliquée fréquemment au capital par les économistes, de Protée ou du phénix renaissant de ses cendres.

Il y a un grand avantage pour la production à employer des capitaux à longue durée. En effet, si considérable que soit le travail exigé pour leur établissement et si minime que l’on veuille supposer le travail épargné annuellement par leur concours, il doit arriver nécessairement un moment, un peu plus tôt ou un peu plus tard, où le travail épargné égalera le travail dépensé. Ce moment arrivé, le capital se trouvera amorti, pour employer l’expression consacrée, c’est-à-dire que dorénavant le travail économisé constituera un gàin net pour la Société. A dater de ce jou-, et pour tout le temps que le capital durera encore, le service rendu par lui sera désormais gratuit. Aussi les progrès de la civilisation tendent-ils incessamment à remplacer des capitaux de moindre durée par des capitaux plus durables.

Toutefois il ne faut oublier :

1* Que la forination de semblables capitaux exige généralement d’autant plus de travail qu'ils doivent durer davantage, que, par conséquent, il y a ici une balance à établir. On peut dire seulement que l’augmenlalion dans la quantité de travail dépensé n’est pas en général proporlionnelle a

LE CAPITAL

l’accroissement de durée obtenue et c’est là justement et qui rend profitable l’emploi de semblables capitaux.

2“ Que la formation des capitaux fixes exige un sacrifice immédiat sous la forme d’une grande quantité de travail ou de frais, tandis que la rémunération qui doit en résulter, sous forme de travail supprimé ou de frais économisés, est ajournée et en général d’autant plus reculée que la durée du capital est plus longue. Si la construction d’un canal maritime, tel que celui de Panama, par exemple, doit coûter 3 milliards et ne doit être amortie qu’au bout de 99 ans, il faut alors mettre en balance, d'une part, un sacrifice immédiat de 3 milliards, d’autre part une rémunération qui se fera attendre tout un siècle. Or, pour établir une semblable balance, il faut être doué à un haut degré de prévoyance et de hardiesse et avoir une foi inébranlable dans l’avenir, toutes conditions qui ne se trouvent réunies que dans les milieux très civilisés. C’est pour celte raison que les peuples dont l’étal social est peu avancé et dont la constitution politique offre peu de sécurité, n’emploient guère de capitaux fixes. Toutes leurs richesses affectent la forme d’objets de consommation ou de capitaux circulants*.

3® Enfin, il faut remarquer encore, au désavantage des capitaux fixes, que si leur durée est trop longue ils risquent de devenir inutiles, et que par conséquent il faut une grande prudence dans les prévisions que nous indiquions tout à l’heure. En effet, la durée matérielle du capital n’est pas tout, c'est la durée de son utilité qui seule nous intéresse; or, si on peut compter jusqu’à un certain point sur la première, on ne le peut jamais absolument sur la seconde. L’utilité, nous le savons, est instable, et au bout d’un certain temps, celle que nous croyons la mieux établie peut s’évanouir. Kien ne nous garantit, quand nous perçons un tunnel ou que nous creusons un canal, que d’ici à un siècle ou

* Comparez, par exemple, les royaumes de l’Inde ou de la Perse, où l’on trouve encore tous les trésors des Mille et Une Nuits, mais ni chem'as de fer, ni roules, ni mines, ni machines.

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