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Mais ce sont là des métaphores. Regardons à la réalité. Nous venons de voir comment dans nos sociétés modernes l’équilibre entre la production et les besoins se maintient tant bien que mal. Or ce serait miracle qu’un équilibre qui n’a pour régulateur que le jeu de 1 offre et de la demande fut parfait. En fait, il est très instable.
Sans doute il se rétablit automatiquement quand il est désaccordé, mais il ne se rétablit passans une petite secousse. Quand la secousse est forte elle s’appelle une crise, et elle est d’ailleurs, quoique désagréable, bienfaisante puisqu’elle est précisément nécessaire pour rétablir l’équilibre.
Il est donc très naturel que ces crises constituent un phénomène normal, nécessairement lié à l’organisation économique et se reproduisant, par une loi rythmique, périodiquement. On a même essayé de calculer la durée de ces périodes. Stanley devons a essayé de démontrer que les crises Se reproduisaient régulièrement par cycles de dix ans. Depuis le commencement du siècle, il comptait, en effet, les neuf suivantes : 1815, 1827, 1836, 1839, 1847, 1857, 1866, 1873, 1882. Cette périodicité décennale se rattachait d’ailleurs, d’après devons, à une périodicité analogue dans les mauvaises récoltes, qui avait elle-même pour cause une périodicité décennale dans les taches du soleil 1 En sorte que la question des crises, de leurs causes et de leur développement, se ramenait à une loi astronomique.
Mais ce roman cosmique u’a pas été confirmé par les faits, ni en ce qui concerne la cause attribuée au.x crises, ni même en ce qui concerne la périodicité décennale. Il est vrai que le rythme dont nous venons de parler ne laisse généralement pas un intervalle de plus d’une dizaine d années entre deux crises, mais parfois il est moindre. C’est ainsi qu’à la liste des crises que nous venons de donner, il faut ajouter celle de 1890, une de peu d'importance en 1900, et une très forte en 1907. Cela fait trois en 25 ans.
Ce n’est pas aux taches du soleil mais au capitalisme que les socialistes font remonter la responsabilité des crises.
Ils affirment non seulement que les crises sont une néces-
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sité de l’organisation économique actuelle, du régime capitaliste, mais encore ils affirment que ces crises sont destinées a devenir de plus en plus graves, jusqu’au jour où elles enseveliront sous ses ruines le régime capitaliste et qu’ainsi celui-ci est destiné à périr par les conséquences mêmes qu’il a engendrées. Seulement, pour les socialistes, la crise n’a pas pour unique cause la surproduction due à l’avidité des capitalistes qui, sous la pression de la concurrence et par suite de la baisse du taux des profits, cherchent à « se rattraper sur la quantité », mais plus encore la sous-consommation due à 1 insulTisance des ressources de la grande masse des consommateurs, de la classe ouvrière, des salariés, qui n’ont pas les moyens de racheter les produits de leur propre travail. En elTet, il ne sert à rien de dire que les besoins des hommes sont illimités ou indéfiniment extensibles, il ne suflil pas, pour écouler un article, de trouver des gens qui en aient envie, encore faut-il trouver des gens qui aient les moyens de L'acquérir. Or l’accroissement du revenu de la masse de la population n’a pas marché en général d’un pas aussi rapide que l’accroissement de la production manufacturière. El comme ces deux causes inverses mais aboutissant au même résultat — d une part, la nécessité croissante pour les fabricants d’étendre le plus possible leur production ; d’autre part, le nombre croissant des salariés et I insuffisance du salaire — vont s’intensifiant sans cesse,
1 équilibre troublé, au lieu de se rétablir aulomatiouem^ni
COMMENT SE RÈGLE LA PRODUCTION. t7î
leur. Toutes ces valeurs monteut peudant quelque temps. Huis UD jour on s’aperçoit que tel produit ne peut s’écouler : les litres qui représentaieot la mise eu monuaie de ces entreprises ou, comme dit éloquemment M. Seligman, « qui représentaient la capitalisation de tant d’espoirs » et de tant de revenus anticipés, s’effondrent, et de proche en proche tou^s les titres tombent comme des châteaux de cartes*.
b) Soit à une restriction de la consommation, si, par exemple, un pays étant ruiné par une guerre ou simplement appauvri par une mauvaise récolte, tous se trouvent obligés de réduire leurs dépenses. Mais le plus souvent ces crises de sous-consommation ne sont que consécutives à une crise de surproduction. C’est après que celle-ci a ruiné beaucoup d industriels par la faillite, privé de salaire beaucoup d ouvriers par le chômage et flnnfliivri .J»
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mément. D’ailleurs, en admettant même que la classe salariée continuât à être spoliée indéfiniment du produit de son travail, nous ne voyons pas pourquoi il devrait en résulter une insuffisance générale de la consommation, car il n’y aurait là en tout cas qu’un simple transfert de la puissance de consommation d’une classe à une autre : et dés lors, pourquoi les voleurs ne pourraient-ils pas consommer, autant que les volés?
Laissons donc de côté ces deux théories systématiques des crises, et bornons-nous à voir en elles des phénomènes inhérents à la vie économique, nullement signes de mort, mais plutôt d’une vitalité excessive, et qui seront d’autant plus fréquents que l’organisation économique sera plus compliquée et plus sensible.
La rupture d'équilibre qui prépare et caractérise la crise peut se présenter sous deux aspects inverses : surpro(liicli.<n ou déficit, mais le premier est beaucoup plus important.
§ 1. Les crises de surproduction peuvent tenir :
a) Soit à un excès de production parce que les fabricants ont anticipé des besoins qui ne se sont pas réalisés. Remarquons qu’il n’est point nécessaire que la surproduction soit générale et que même si la surproduction était absolument générale et proportionnellement la même pour tous les produits, y compris la monnaie (hypothèse d'ailleurs absolument invraisemblable), il n’y aurait pas de crise, ainsique nous l’avons montré p. 170. Ce sont des surproductions spéciales à certaines industries qui déclanchent la crise puis elle se généralise.
Remarquons qu’il est très possible que l’excès de production ne soit pas réel, mais virtuel, c’est-à-dire non point encore sous forme de produits créés par des fabricants mais sous forme d'entreprises lancées sur le marché financier par des spéculateurs. Ceci suffit très bien pour provoquer la crise. C’est même une des causes les plus fréquentes. On croit que les besoins des automobiles, ou du caoutchouc, ou des phosphates, etc., vont être énormes. On crée une foule de ces entreprises : on émet dos liasses de titres de toute cou-
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hausse de taux de rintérêtel de l’escompte, peut-être la suspension des paiements ou le cours forcé des billets de banque.
Que la crise de surproduction entraîne un avilissement de prix des marchandises, cela s’explique assez, mais on s’explique moins qu'elle entraîne ce second effet, qui au premier abord paraît tout contraire, à savoir un renchérissement de I argent.^ — Cela s explique pourtant parce que les commerçants, ne pouvant plus faire d’argent par la vente de leurs marchandises, sont bien obligés de chercher à s’en procurer par l’emprunt ou l’escompte, et la crise de surproduction des produits crée ainsi par contre-coup une crise déficitaire du capital-argent.
§ 2. Les crises de déficit, avons-nous' dit, sont beaucoup moins importantes. Sans doute elles l’ont été dans le passé puisqu'elles s’appelaient la famine ou du moins la disette, et elles le sont encore aujourd’hui dans les pays qui n’ont pas dépassé l'àgede la production agricole, comme les Indes ou même la liussie — mais elles ne préoccupent plus guère les pays arrivés au régime de la grande industrie parce que la production industrielle n’a pas à craindre de rester en deçà du besoin, mais plutôt d'aller au-delà. Cependant il peut arriver, s'il y a une poussée imprévue et subite d’un besoin déterminé, que l’industrie se trouve prise au dépourvu — cela est arrivé par exemple au début de l’industrie des automobiles — mais même en ce cas, la crise reste localisée.
Il va sans dire que la crise de déficit entraîne des effets inverses de ceux de la surproduction — en général le renchérissement des marchandises. Cependant il peut arriver quoique ceci paraisse très paradoxal, que cette crise par insulfisance de production produise indirectement les mêmes effets que la crise par excès de production, à savoir un engorgement général sur le marché et une dépréciation des marchandises! 11 suffit de remarquer (|ue, puisque l’insuffisance dans la récolte du blé, par exemple, va entraîner une hausse dans le prix du blé — par suite, tous les consommateurs de blé dont les ressources sont limitées, c’esl-a-dire
COMMENT .SE RÈGLE LA PRODUCTION. \’J’J
rimmense majorité des hommes, seront obligés de restreindre leurs dépenses sur tous les autres articles de leurs budgets . dès lors une masse d’objets n’étant plus demandés, ne pourra plus s écouler ou ne le pourra qu’avec perte. C’est ainsi que les disettes dans l’Inde se répercutent généralement par une crise pour les manufactures anglaises. On se rappelle encore en Angleterre les désastres causés par la
disette de coton {cotton famine) à la suite de la guerre de sécession des États-Unis. ^
Quoique les crises doivent être considérées comme saluai res, en fin de compte, puisqu’elles ont pour rôle de rétablir 1 équilibré troublé, néanmoins il va sans dire que ces secousses sont douloureuses et par conséquent très redoutées Heureusement les conséquences des crises en sont en même temps les remèdes; elles fonctionnent à la façon des freins automatiques des chemins de fer.
U é'^i‘^ent que la mévente, la baisse des prix
fain£ et Je spectacle des
failhtes, constituent précisément les meilleurs moyens
Mais c’est justement parce que le remède est efficace nue les crises de surproduction ne sont pas aussi redoutables qu on pourrait le croire et n’eotraîneront vraisemblablement aucun des cataclysmes dont les socialistes nous menacent Les conséquences des crises de déficit tendent a„«: à
enrayer ces crises, mais avec moins d’efficacité, car la hausse du prix du charbon par exemple, ne réussira pas à supprimer la disette du charbon si les mines sont épuisées.
Quand la rupture d’éaiiilihro no
ne porte que sur un seul pas de crise générale*. Cependant ü
]>roduit, elle n’entraîae
L-es crises qui ne portent que sur un seul en France et au Portugal pour Je vin, en Grèce
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est un produit pour lequel la rupture d’équilibre entre la production et les besoins entraîne une crise qui se répercute sur tous les autres produits sans exception, mais pour lequel les conséquences sont inverses de celles inhérentes aux crises affectant tout autre produit : en effet sa surabondance entraîne une hausse générale des prix et une baisse de l’intérêt ou du moins de l'escompte, et sa disette une baisse générale des prix et une hausse de l’escompte 1 II est facile de deviner cette énigme : c’est de la monnaie qu’il s’agit (métallique ou de papier). Ces crises spéciales, qu’on appelle les crises monétaires^ sont les plus dangereuses en ce sens qu elles paraissent avoir au plus haut degré le caractère épidémique, mais ce sont aussi celles qui ont été le mieux étudiées, dont on peut le mieux prévoir la venue et que, par suite, on peut le mieux conjurer (voy. ci-après La hausse du taux de l'escompte)^.
Nous venons de voir comment la production se règle tant bien que mal, et plutôt mal que bien, par la loi de la concurrence. Mais celle loi n’est pas la seule qui gouverne l’évolution industrielle; il en est d’autres, et notamment trois qu’il convient d’étudier séparément :
La loi de la division du travail;
La loi de concentration ;
La 1 d’association.
* Voir pour plus de détails sur les crises et quant aux explications qu on peut en donner, le livre de M. Lescure, De» crises générale» et périodiques de surproduction.