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CHAPITRE III

LA CONCENTRATION DE LA PRODUCTION

Les étapes de révolution industrielle

Nous avons vu dans le Chap. I comment se maintient — ou parfois se rompt — l’équilibre de la production et des besoins. Mais nous plaçant maintenant, non plus au point de vue statique, mais au point de vue dynamique, voyons comment la production peut suivre le mouvement sans cesse ascensionnel des besoins. Pour cela, elle a dû passer par des formes diverses.

L’Ecole historique, surtout en Allemagne, a eu, entre autres mérites, celui de découvrir et de dégager les types successifs de l’évolution industrielle.

On s’accorde généralement à en reconnaître cinq : t° L’industrie de famille ou domestique. C’est elle qui règne non seulement dans les sociétés primitives mais même dans celles de l’antiquité et se prolonge jusque dans la première période du Moyen âge. Les hommes sont divisés par petits groupes autonomes au point de vue économique, en ce sens qu’ils se suffisent à eux-mêmes, ne produisant guère que ce qu’ils doivent consommer. L’échange et la division du travail n’existent qu’à l’état embryonnaire (Comparez ci-après Hùtlnrique de l'échange).

Chaque groupe est constitué par une famille : seulement, il faut prendre ce mot dans un sens beaucoup plus large que celui qu’il comporte aujourd’hui. Non seulement la

' Cependant il arrivait souvent autrefois, et encore aujourd’hui dans les campagnes, que l'artisan ne possède pas la matière première qu'il doit transfirmer. C'est le cas de l'ambulant qui va de maison en maison pour exécuter certains travaux — par exemple la couturière, le rémouleur, le raccommodeur de chaudrons ou de paniers, etc. C'est aussi le cas du petit meunier qui moud le grain que lui apporte le paysan : seulement celui-là est sédentaire.

L’école historique allemande (voir notamment les études de Bûcher déjà indiquées) fait de ce mode de travail une phase spéciale (la 2* de l'évolution industrielle) sous le nom de travail loué. On le peut, sans doute, mais il nous semble que ce o'est là qu'une modalité «du métier «, car tous ceux qui louent ainsi leur travail possèdent leurs instruments de travail et travaillent pour le client.

PRINCIPES d’économie POLITIQUE.

3» L’industrie à domicile (qu’il faut se garder de confondre avec l'industrie de famille, quoique l’une et l’autre s’effectuent à la maison)*. Les artisans perdent peu à peu leur indépendance : au lieu de produire directement pour le compte de leurs clients ou du public, ils produisent désormais pour le compte d’un gros marchand, d’un entrepreneur. Voici encore un nouveau personnage, un grand premier rôle, qui apparaît. Ils travaillent chez eux et conservent généralement la propriété de leurs outils, mais non celle de la matière première qui leur est désormais fournie par le marchand. En tout cas, la propriété du produit manufacturé ne leur appartient plus ; c'est le marchand qui se charge de la vente. Et comment cet intermédiaire s’est-il glissé entre eux et le public? Parce que le petit marché urbain ayant été détruit et remplacé par le marché national, ou même international, les artisans se sont

trouvés trop pauvres et trop faibles et produisaient trop chèrement pour sufllre à ce grand marché. Tel est le cas des tisserands de soieries à Lyon, les '< canuts », qui sont propriétaires de leui-s métiers mais reçoivent des patrons (dits faussement fabricants, quoiqu’on réalité ils ne soient que marchands) les fils de soie qu’ils tissent chez eux : ils rapportent au patron l’étoffe faite.

4® La manufacture. L intermédiaire, l’entrepreneur, réunit ces travailleurs dispersés dans un même local. 11 y trouve divers avantages, notamment celui de pouvoir établir entre eux une division du travail savante qui multiplie la puissance productive tout en abaissant tes frais de production (voir ci-dessus, pp. 183 et 185). Dès lors, l’ouvrier ne possède plus ni matière première, ni instruments, il ne travaille

« Le Play, qui a le premier signalé l’importance de celle forme industrielle, l’a baptisée du nom de fabrique collective. Ce nom ne nous parait pas heureux, car il suggère précisément l’idée contraire à celle qu'il veut exprimer, celle d’un groupement des ouvriers dans un même local. Ce qui au contraire caractérise celte phase industrielle, c’est un nombre plus ou moins considérable d’ouvriers travaillant pour un même patron, mais chacun chez soi : la fabrique dispersée.

LA CONCENTRATION DE LA PRODUCTION

plus chez lui, il est devenu le salarié. C’est l’intermédiaire . qui possède tout cela et qui est devenu le patron. Mais ce fabricant ne peut être qu’un gros capitaliste puisqu’il a précisément pour fonction de fournir à tous les ouvriers qu'il emploie les capitaux qui leur sont indispensables pour produire. Cette quatrième phase n’a donc pu commencer que lorsque de grands capitaux ont été amassés et réunis entre les mains des marchands.

. C’est vers le xvt® siècle que cette transformation commence à s'accomplir. Ce n’est pas sans lutte que l'organisation plus perfectionnée de l’industrie manufacturière a éliminé l’industrie corporative et a pu conquérir le marché qui lui était fermé par les règlements des corporations. En France, il n’n fallu rien moins que l’intervention de l’État qui a créé — sous Sully et sous Colbert notamment — des manufactures avec privilèges spéciaux, dont quelques-unes même (les tapis des Gobelins, etc.) sont restées encore aujourd’hui manufactures d’Etat. En Angleterre, l’exportation pour l’étranger et les colonies a suffi pour permettre aux manufactures nouvelles de se constituer et de briser les cadres de l’organisation corporative.

5* La fabrique caractérisée par l’emploi du moteur mécanique. C’est la forme-type de l’industrie moderne, la phase dans laquelle nous vivons. Elle a commencé avec l’application de la vapeur à l’industrie, c’est-à-dire à la fin du iviii* siècle. On ne peut guère en effet compter comme inaugurant l’ère de la fabrique des usines hydrauliques qui ont commencé à fonctionner dès le xiii* siècle et moins encore les moulins à eau connus dés la fin de l’empire romain.

Elle a porté au maximum la puissance de production, mais n'a fait guère cependant que développer la plupart des caractères de la période précédente : agglomération sur un même lieu de masses ouvrières de plus en plus considérables, travail de nuit, réglementation quasi-militaire, emploi des femmes et des enl^ants — et comme nécessairement la fabrique exige des capitaux très considérables, elle constitue le trait caractéristique de ce que les socialistes appellent /«

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PRINCIPES d’économie POLITIQUE.

régime capitaliste. Le régime de fabrique a aussi ses maux qui serveutde thème, trop souvent justifié, aux accusations contre le régime actuel ; accidents, chômage chronique, surproduction et crises, création en haut de fortunes colossales, en bas d’un prolétariat famélique contraint souvent à se vendre pour un morceau de pain — et apparition d’une catégorie spéciale de propriétaires qui s’appellent des octtonnaires et qu il n est pas facile de distinguer à première vue de simples parasites. Tous ces traits seront expliqués plus clairement dans les chapitres suivants.

Ce serait une erreur de croire que chacune de ces formes a éliminé définitivement les formes antérieures : chacune a passé tour à tour au premier plan, voilà tout : mais même de nos jours, bien que l’usine soit le mode caractéristique de 1 industrie, toutes les formes antérieures se retrouvent encore. On peut trouver bien des restes d’industries de famille dans ces maisons de paysans où la femme file le lin qui servira à faire le linge de la maison ; et dans les villes on trouve un grand nombre d’artisans se livrant à des métiers divers et travaillant pour le compte de leurs clients comme au Moyen âge. Il va sans dire aussi qu’on trouve encore des manufactures qui n’emploient que la main de l’homme.

Et même, par une véritable surprise de l’évolution, il est un de ces modes de travail qui, loin de disparaître* peu à peu comme on le croyait naguère, reprend une nouvelle vie et un développement inattendu : c’est le travail à domicile. Dans les grandes villes, certaines grandes industries, notamment celle des tailleurs, s exécutent aujourd’hui presque exclusivement sons cette forme. Il est possible que cette curieuse réviviscence n'ait pour cause que l’intervention récente du législateur dans l’organisation du travail et ne soit que provisoire. Comme les nouvelles réglementations législatives ne s appliquent qu’aux fabriques, beaucoup d industries trouvent plus commode de leur échapper en faisant travailler à domicile (voir ci-après le chapitre Industrie à domicile).

Nous venons de voir que, pour pourvoir à des besoins Croissants et pour approvisionner un marché dont la circonférence s’élargit sans cesse, l’industrie tend à évoluer depuis les modes les plus humbles de la production individuelle ou familiale jusqu à ceux de la grande entreprise groupant des milliers de travailleurs et des millions de capitaux. Cette tendance à grouper, à concentrer sur un point le maximum de forces productives, est dite la loi de concentration, et c est elle qui a créé le régime de « la grande production »‘.

Les économistes et les socialistes attachent les uns et les autres — c’est même un des rares points sur lesquels ils se trouvent d’accord — une grande importance à la loi de concentration. Ils la considèrent comme absolument démontrée et comme devant régir de plus en plus le monde économique.

• La conceotration n’implique pas nécessairement la réunion de tous les ouvriers et des machines dans un même local : elle n’esl pas incompatible avec la manufacture à domicile dont nous avons parlé dans le chapitre précédent. Cependant elle tend à ce groupement toutes les fois que des causes accidentelles n'agissent pas pour l'empêcher (voir ci-après l’/nciu,vfrie à domicile).

On parle souvent aussi de la loi de concentration, non plus dans le domaine de la production mais dans celui de la répartition ; on entend par là une tendance ^d’ailleurs non tout à fait démontrée) de la rich^-sse (terres ou capi aux) à se concentrer entre les mains d'un nombre de plus en plus resireint de personnes et à créer ainsi, par la disparition des cla.sses moyennes, des fortunes colos.sales.

Il ne faut pas confondre ces deux aspects de la conceniration. Ils ne sont pas toujours solidaires, car d'une part les plus grande.s entrepri.ses, sous forme de grandes Compagnies, impliquent au contraire la division du capital sous forme d'acdons et obligaiions — et d'autre part la concentration de la propriété nesi pas incompatible avec la petite production . par exemple un grand domaine peut être découpé en un grand nombre de fermes indépendantes.

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Il est incontestable que la grande production, en groupant tous les facteurs de la production, main-d’œuvre capitaux, agents naturels, emplacement, réussit à leséconomiser, cesl-à-dire qu’elle arrive à produire la même quantité de richesses avec moins de frais, ou, ce qui revient au même, a en produire davantage avec les mêmes frais.

l* Economie de travail d’abord.

Ce premier avantage tient surtout à la possibilité d’établir une division du travail plus perfectionnée, comme nous venons de le voir. Mais il résulte déjà du simple fait du groupement des travailleurs. Dans la production morcelée. Il y a beaucoup de temps perdu. Les heures pour chaque travailleur restent souvent inoccupées. Voici 100 maisons de commerce qui entretiennent chacune 10 employés. Réunissez-les en une seule : il ne sera pas nécessaire évidemment pour faire un chiffre d’affaires égal à celui de ces 100 maisons séparées, de conserver tous leurs employés. Point n’est besoin de 100 caissiers ou de 100 teneurs de livres. Chaque employé, pouvant travailler désormais d’une façon continue, pourra faire deux ou trois lois plus de travail et par conséquent remplacera lui seul deux ou trois travailleurs. 2® EcoDomie A'' emplacement.

Pour avoir cent fois plus de place dans un magasin ou dans une usine, il n’est pas nécessaire d’occuper une superficie centuple, oi d’employer cent fois plus de matériaux pour construire le local. Le calcul le plus simple démontre que lorsque les volumes de deux cubes sont entre eux comme 1 est à 1.000, leurs surfaces sont entre elles comme 1 es a 100. Or ce sont les surfaces seules qui coûtent.

P a. leurs, à défaut de ’calcul mathématique, l’expérience suffit a apprendre que le coût d’une construction, ou le prix du loyer, ne grandit pas proportionnellement à la place occupée. Le moindre magasin à Paris, faisant pour .'500 francs d affaires par jour, paiera 6 ou 8.000 francs de loyer. Mais e loyer du « Bon Marché », lequel vend, un jour dans l’autre, pour plus de oOO.OOO francs par jour et fait par conséquent mille fois plus d’affaires, est loin d’être mille fois plus

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élevé, ce qui le porterait à 6 ou 8 millions : il est évalué à moins de 1 rnilhon de francs, ce qui ne représente donc que 1 équivaleDt de deux journées de vente,

3* Économie de capitaux.

Une puissante machine à vapeur consomme relativement beaucoup moins de charbon qu’une plus faible, la différence peut aller du simple au décuple. L’éclairage électrique est plus économique que l’éclairage au gaz, mais seulement quand on 1 emploie pour éclairer de vastes espaces : sur une petite échelle, il est plus onéreux. Les résidus de la fabrication, les sous-produits, ne peuvent être utilisés — précisément parce qu’ils sont en proportion infinitésimale — que quand on opère sur de grandes masses.

Le capital circulant ou fonds de roulement d’un ffrand magasin peut être très inférieur à celui d’un petit mSrasiii proportionnellement au chiffre de ses affaires : pour deux raisons : — a) parce qu’achetant ses marchandises en grandes quantités, ou même les faisant fabriquer directement il a moins d argent à débourser pour se les procurer: — b) parce que ses rnarchandises ne restent que quelques jours ou quelques semaines sur ses rayons, au lieu d’y rester des mois et des années comme dans le petit magasin, et que par conséquent son argent lui rentre beaucoup plus rapidement.

non ‘"'r à un capital de

1.000 s II se renouvelle dix fois plus vite. De plus, c’est un

attrait pour les consommateurs, car les marchandises seront d autant plus fraîches, d’autant plus à la mode, d’autant plus des nouveautés, que le renouvellement sera plus rapide- — c) et enfin la grande entreprise se procure le capital dont elle a besoin a meilleur compte que la petite, car généralement elle obtient, ayant plus de crédit, un taux d’intérêt ou U escompte plus bas.

La tendance à la concentration s’explique donc très bien par les avantages qu’elle procure aux entrepreneurs et même a la bociété, puisqu’en somme tout le monde a intérêt à ce

que les forces productives soient employées de la façon la plus économique. ’

pî^incipbs d èconomïe politique, *

Neannooms il y a le revers delà médaille, car la persoecive qui s offre a nous, si le mouvement que nous vendons U ler devait aller toujours progressant, ce serait de voir

travamènt oo^ scène économique tous ceux qui

iravailleot pour leur propre compte : petits artisans, petits

boutiquiers, petits propriétaires, Ions producteurs autonomes

pour les voirreparaitre sous la figure de commis, d’employés’

c est-a-dire de salariés travaillant pour le compte d’immen-

es entreprises dirigées par des capitalistes milliardaires ou par des sociétés anonymes. «loaires ou

tienuL7«“^ précisément pourquoi la loi de concentration bent tant a coeur aux socialistes marxistes et pourquoi jusqu a ces derniers temps, ils en taisaient la pierre Lgûkire de leur doctrine I C’est parce qu’ils pensent^e duTour où loi de concentration aura aggloméré tous les instruments de production entre les mamsde quelques individus et réduit tous les producteurs indépendants au rôle de salariés des ^emiers - a ors l’édifice capitaliste sera comme une pyra!

ide reposant sur sa pointe! Au moindre choc elle culbutera pour se remettre sur sa base. Il sufïlra d’exproprier ces quelques gros capitalistes au profit de tous, sans rien chan ger d ailleurs a 1 organisation de la production. Les coIlLi- V istes applaudissent même aux trusts parce qu’ils y voient

au cXSiviit '■oyalequioonduildirecleraenl

D’ailleurs, ils professent un souverain mépris pour la petite Pr'^^'Jctwn, pour l’entreprise individuelle. <f Ce régime, dit Karl Marx, exclut la concentration, la coopération sur une grande échelle, le machinisme, ’la domTnaS sa-

‘ Ce raisonnement pèche par une observation incomnlète II «iinrw,

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LA CONCENTRATION DE LA PRODUCTION

vante de l'homme sur la nature, le concert et l’unité dans les fins, les moyens et les eflorts de l’activité collective. Il n’est compatible qu’avec un état de la production et de la société étroitement borné. Perpétuer le régime de la production isolée, ce serait décréter la médiocrité en tout ».

Nous nous permettrons d’en appeler de ce jugement un peu sommaire.

^ Le régime de la petite industrie (nous ne disons pas de l’industrie à domicile — ce qui est très différent, voir ci-après, p. 203) serait très favorable à la paix sociale et à une bonne répartition des richesses. A raison de sa simplicité extrême, il préviendrait la plupart des confiits qui surgissent aujourd’hui entre les divei-ses classes de copartageants, notamment entre le travail et le capital. Il ne ferait

pas régner l’égalité absolue — et ce serait fort heureux

mais il ne connaîtrait guère d’autres inégalités que celles qui tiennent à la puissance inégale des terres et des instruments de production employés, ou celles aussi qui tiennent aux vicissitudes bonnes ou mauvaises intimement liées à tous les faits de l’homme’.

Même au point de vue productif. la petite production n’est pas si impuissante et si arriérée qu’on le pense. Des producteurs autonomes peuvent s’associer et adopter certains procédés de la grande production et de la division du travail sans sacrifier leur indépendance, leur initiative, leur responsabilité, leur intérêt personnel, tous ressorts puissants de la production que l'entreprise collective risque toujours de détendre un peu. Nous le voyons en France pour les paysans dans les associations agricoles. On peut le voir en Allemagne pour les artisans qui s’associent pour acheter en commun les matières premières ou pour vendre en commun, 11 est possible aussi que les nouveaux procédés de distribution de force motrice à domicile par les usines hydroélectriques fournissent aux métiers de la petite industrie le

» Voir le livre très impartial et très documenté de BranU, La petite tnduUrie oontemporaine, ^

200 PRINCIPES d’économie politique.

moyen de produire à bon marché et même fassent surgir des formes nouvelles de petite industrie. Entre la grande et la petite industrie il n’y a pas nécessairement concurrence mais il peut y avoir division du travail. ’

D autre part, même dans les entreprises qui se prêtent le mieux à la concentration, il n’est pas démontré que l’évolution dans le sens de la grande production soit indéfinie. 11 est probable.au contraire qu’elle ne dépassera pas certaines limites. La croissance des organisations sociales, tout comme celle des organismes vivants, paraît astreinte par la nature a certaines limites'. De grands magasins comme le Louvre ou le Hon marché paraissent avoir atteint depuis déjà un certain nombre d’années, l’état stationnaire. On peut d ailleurs en donner une raison économique, c’est qu’au delà dune certaine limite la proportion des Frais généraux grandit au lieu de diminuer et qu’ainsi l’économie résultant de la grande production s’évanouit^.

En tout cas, les faits, plus décisifs que les raisonnements ne nous montrent nullement la disparition de la petite industrie ou du petit commerce ni, bien moins encore celle de la petite culture . Et cela est si vrai qu’une partie de l’école marxiste, avec Bernstein, a abandonné la fameuse loi de Fa ' I concentration des entreprises.

La spécialisation et l’intégration de l’industrie.

La grande industrie n’a pas pour unique caractère la concentration des capitaux et de la main-d’œuvre. Elle a deux

* Voir Vilfredo Parelo, Cours d'Éoonomie politique.

On commence à reconnaître aujourd’hui que les frais généraux sont à peu près les mêmes dans la grande que dans la petite indu8trie"îon que les causes d économie ci-dessus indiquées soient inexactes, mais palce

* V ' ® publicité, surveillance, coulage, etc.

gricZurr industrielle dam Va-

LA CONCENTRATION DE LA PRODUCTION. ÎOl

antres traits distincts : le premier qui est de se cantonner de plus en plus dans une branche déterminée de la production, le second, à première vue contradictoire, qui est d’accaparer toutes les industries complémentaires de la production spéciale dans laquelle elle s’est engagée. C’est ce qu’on appelle la spécialisation et Vinlégration de l’industrie.

La spécialisation croissante de l’industrie n'est qu’une application de la loi de la division du travail : elle s’explique par les mêmes causes. Naturellement un entrepreneur qui se consacrera uniquement à la production d’un seul article sera mieux en situation de pousser cette production j'usqu’aux approches de la perfection. Ainsi non seulement l’horlogerie formera une Tndustrie spéciale, mais dans cette industrie les uns s’occuperont des montres, les autres des horloges dites coucous, les autres des réveille-matin; et, dans les montres elles-mêmes, tel fabricant se consacrera aux montres de précision, tel autre aux montres à bon. marché faites à la- mécanique. — Et de même aussi, dans le commerce, on voit dans les grandes villes tel magasin uniquement pour les bronzes, tel autre pour la vannerie, tel autre pour les malles et articles de voyage, etc.

Mais en même temps qu’on voit cette spécialisation s'ac- . centuer, on voit aussi par un phénomène singulier certaines fabriques et certains magasins qui semblent prendre le contre-pied des précédents en multipliant les branches de leur industrie ou les rayons de leurs magasins.

Dans la grande industrie de plus en plus nombreuses aujourd’hui sont les fabriques qui s'annexent toutes lesopérations ou consécutives à la production propre qui fait I objet de leur entreprise. Si c'est une fabrique de chocolat, elle aura un atelier de menuiserie pour la fabrication de ses caisses d emballage, une papeterie et une imprimerie pour ta conlection de ses boîtes et de ses étiquettes, peutêtre même aura-t-elle outre-merdes plantations de cacao et des navires pour les apporter. Si c’est une filature de laine, elle aura une usinechimiqiie pour le traitement des matières extraites du suint de la laine et même une savonnerie pour

faire avec ces matières grasses du savon L’iiiilîBafmr. sous-produils est. comme nous l’avoL dii 7 de la supériorité de la grande iulslrS""’ '

Dans le commerce le phénomène est bien plus annarent encore. Il se manifeste avec une publicité incomparable dans 1 apparition de nos grands magasins appelés bazar-i où ie client peut trouver absolument tout ce dont il a besoinnon seulement comme au Louvre ou au Bon Marché tout

w',t, cotme’cSéz

VVitheley a Londres qui prenait le titre de pourvoyeur uni

versel {universal provider), un éléphant s’il le désiVe.

La contradiction entre ces deux mouvements n'esf mi’nn

pareule. L'iolcgraliou De porte pas atteinte àla sScialisT'

tion. Dans la fabrique comme dans le magasin chique a te

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